Blog de Jamal Berraoui

L’Egypte regarde les espoirs tomber par ( Jamal Berraoui )

Les élections présidentielles en Egypte devaient avoir lieu en deux jours, c’est une particularité que partagent certains pays. La commission électorale a décidé de faire du second jour, un jour férié. C’est que le taux de participation n’était pas fameux. Alors, la même commission a décidé qu’il y aurait un troisième jour, le mercredi. Elle a annoncé en même temps que tout électeur Egyptien qui ne se rendrait pas aux urnes paierait en amende 500 livres, soit le salaire moyen et que par contre, tous ceux qui sont obligés de se déplacer pour voter, auront des tickets gratuits. 


En même temps, les médias égyptiens se sont ridiculisés. Les journaux, la presse écrite parlait de triomphe. Datés de mardi, ces journaux avaient été imprimés le lundi après-midi. Les télés ont eu un autre comportement. Les chaînes internationales montraient des bureaux de vote vides, les observateurs sont là, le mensonge n’est pas possible. Alors les télés ont traité les électeurs qui ne se sont pas déplacés de traîtres, d’inconscients. Un grand politologue des télés égyptiennes a dit textuellement « ceux qui profitent d’une journée fériée sans aller voter doivent être exécutés ».

Ce n’est pas une blague parce qu’il s’agit d’un grand pays, mais surtout de vies humaines. Nous sommes face à un drame qui se noue sans réaction de l’opinion internationale.

Abdelfattah Sissi voulait un plébiscite. Il ne l’a pas obtenu. Face à la télé, il a déclaré qu’il n’avait pas de programme, qu’il n’avait rien à donner. Dans une posture churchillienne, il a dit « l’Egypte doit sacrifier deux générations pour reconstruire l’Etat ».

Au-delà des frères musulmans, ce sont toutes les forces ayant participé à la révolution du 25 janvier qui refusent ce scrutin. A l’exception du parti salafiste « Annour » qui est dans les pompes de Sissi, espérant peut-être un label « Islamiste de service » en retour.

Dans ces conditions, l’Egypte va dans le mur. Sissi n’aura aucune légitimité malgré le soutien de tous les appareils d’Etat, de multiples partis, ou plutôt sectes. C’est une tentative avortée de légitimer la contre-révolution de Sissi.

L’avenir ne peut être que sombre parce que Sissi est clair « Il n’y aura aucune réconciliation avec les frères musulmans, je n’aurais pas de paix tant qu’il y a un frère musulman en Egypte ».

C’est une manière réductrice de voir le problème. Toutes les forces laïques, chrétiennes, démocrates, conservatrices, même celles qui ont manifesté le 30 juin, refusent le scénario actuel. C’est une dictature militaire qui se profile. La révolution égyptienne est à refaire, dans le sang. Morsi a une responsabilité morale. Mais Sissi, c’est la contre-révolution. L’un des peuples les plus ancrés dans l’histoire devra encore payer de sa chair pour voir la lumière de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, valeurs suprêmes de l’humanité, dont l’Egypte est un pilier de l’histoire.

Challengenews
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