Sport

Lekjaâ est-il usé ?

La fin des certitudes


Il plane une drôle d’ambiance sur le foot marocain, et cela rejaillit sur la personne de celui qui «garde le ballon» à la tête de la FRMF.

Le président Fouzi Lekjaa, c’est de lui qu’il s’agit, est-il fatigué, déçu, usé, lassé par l’effondrement de toutes ses certitudes, et songerait-il à laisser la main ? Ou bien, sans que cela ne se déclare ouvertement, est-il poussé vers la sortie par tous ceux qui, tapis dans l’ombre, en ont marre de cet homme qui a cumulé les succès mais aussi quelques déconvenues ?

On est désormais loin de cette ambiance où, le pétulant Berkani faisait la une en étant le chouchou des médias. C’était l’automne 2018  et le Onze national retrouvait une phase finale de Coupe du Monde. Cela n’était pas arrivé depuis 1998 et l’époque Housni Benslimane; l’évènement avait été salué comme il se doit. 

Le Mondial de Moscou qui s’ensuivit, même raté sur le plan des résultats (2 défaites et un match nul pour les 3 rencontres du premier tour), n’a pas laissé d’amertume auprès des supporters marocains qui, à Moscou, ont continué sur la même gamme d’enthousiasme né en Abidjan le jour de la qualification au Mondial. 

Fouzi Lekjaa, triomphant et dominateur, pouvait même asséner en conférence de presse publique et en interviews privées, les commandements du football marocain. Il symbolisait une nouvelle ère du football national, celle des sacres et des triomphes avec le titre africain du Wydad et les qualifications de plusieurs clubs nationaux, dont la RSB, équipe de sa ville natale.  

«Ravi » de son prestige et de ses accointances avec les principaux dirigeants du foot marocain et africain (sa complicité avec Ahmad Ahmad président de la CAF est légendaire), le président mangeait son pain blanc. Cela n’allait pas durer.

Lekjaa, travailleur et enthousiaste, ne rechigne jamais à monter au front et à se retrouver en première ligne. Il s’expose ainsi à recevoir des balles perdues. Il met son grain de sel partout, et oublie parfois son devoir de réserve, celui que doit respecter tout président.

Sans que personne ne comprenne bien pourquoi, le voici qui, au lendemain d’un Mondial tranquille, dénonce l’incurie de la Direction Technique et particulièrement de son président Nacer Larguet. Un rapport d’audit plus tard, Larguet se rend et démissionne pour se retrouver … embauché à l’Olympique de Marseille. Un Gallois est enrôlé à la place de Larguet. La DTN (Direction Technique Nationale) nouvelle va-t-elle faire mieux que l’ancienne ? Pour l’instant on attend.

Depuis la CAN 2019 du Caire, Lekjaa a d’autres chats à fouetter et d’autres soucis à gérer. Des soucis dont certains étaient inévitables alors que d’autres il se les a créés seul.

D’abord avant la CAN, tous se rappellent du smash que lui a renvoyé en plein dans son camp, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Talbi Alami, lorsque ce dernier a signifié que pour le Maroc il n’était pas question d’organiser la CAN à la place du Cameroun. Même si Lekjaa ne s’était jamais officiellement déclaré favorable à une CAN 2019 au Maroc, la position du ministre de tutelle prit, auprès du public, des allures de camouflet pour le patron du foot marocain. 

Et ce n’était pas fini

Ayant commis l’imprudence de proclamer les Lions de l’Atlas comme quasiment obligés de remporter ladite CAN, le stop des coéquipiers de Zyech en huitième de finale peut donc être considéré comme un échec personnel de Lekjaa, tant il avait martelé que le Maroc se devait d’être champion d’Afrique.

Largement sonné par cette déconvenue, Fouzi Lekjaa annonça un renouveau pour le foot national via une grande restructuration de la FRMF. Quelques  « mesurettes » par ci, par-là, qui pour l’instant, ne laissaient pas entrevoir ledit changement. Surtout que les parrains et annonceurs traditionnels, semblent moins prompts à soutenir le ballon rond. 

Le contrat FRMF – Ittisalat Al Maghrib ne serait pas renouvelé selon les bruits qui courent. Des bruits si persistants que cela dépasse le niveau de la rumeur pour devenir une vraie info.

Cet automne 2019 prépare-t-il un hiver rigoureux dans une année 2020 qui ne verra pas nos lionceaux aux Jeux Olympiques de Tokyo après l’échec, mardi dernier face au Mali à Bamako ?

Un échec que l’on mettra aussi au passif  du président Lekjaa tant ce dernier s’était démené pour repêcher des Lionceaux déjà battus par la République Démocratique du Congo, mais des réserves, abouties, sur l’âge réel des joueurs congolais nous avaient fait passer sur tapis vert.

Le coach français et adjoint de Hervé Renard a donc été placé à la tête de nos lionceaux pour remplacer le hollandais Mark Woote limogé après la défaite face au Congo, mais Patrick Beaumelle n’a pu faire mieux que son prédécesseur, qui, à la réflexion, aurait pu rester à son poste après notre qualification sur tapis vert.

Coup de massue pour le foot marocain, surtout qu’encore une fois, les zélateurs habituels avaient voulu voir dans la qualification olympique le signe évident de l’influence du Maroc au sein de la CAF.

Mais le foot reste le foot, et personne ne peut y garantir de résultats pérennes.

Sauf si l’on reste toujours en veille. Au travail et aux aguets. Rien n’est jamais acquis sur le champ de jeu. 

Modeste, appliqué, en ayant toujours un coup d’avance pour prévenir les coups durs, voici les qualités qui peuvent protéger un homme qui s’occupe des choses du football.

Un football où le triomphe n’est jamais loin de la débâcle.

Sauf si l’on y relativise l’un comme l’autre

Pour avoir trop cru en son étoile, Fouzi Lekjaa doit maintenant s’attendre à la voir pâlir.

Les buts de Bamako

Ceux qui auront suivi, mardi soir, le match Mali-Maroc sur les ondes de Radio Mars, ont plus d’une fois cru que le Maroc avait marqué un ou  plusieurs buts. Hélas il n’en fut rien, seul l’enthousiasme, non professionnel, de l’envoyé spécial de la station radiophonique a fait vivre dans l’illusion (illusion auditive) les malheureux auditeurs. Dommage, surtout qu’en fin de rencontre, notre envoyé spécial revenu de ses émotions nous a chanté l’habituel refrain sur le mauvais arbitrage et le mauvais terrain. Et le mauvais journalisme, personne n’en parle ?

La peau de l’ours

Beaumelle, (actuel ou déjà ex ?) coach des lionceaux battu au Mali a découvert, amèrement, qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.

Sa grosse et longue concentration dans un bel hôtel de Rabat, ses propos sur le besoin « d’hommes » (al rijal) pour aller chercher les Maliens chez eux, son optimisme, partagé par beaucoup, quant à une qualification quasi certaine, sont accablants, après coup.

Il aura tout le temps de réfléchir sur la fameuse histoire de la peau de l’ours qu’il ne faut jamais vendre avant de l’avoir tué.

Des hôtels, en attendant le Centre de la Maamora

Encore un vœu pieux, celui, annoncé au début de l’été, de ne plus avoir recours aux hôtels et palaces pour les concentrations d’équipes nationales. Dans  l’attente de l’ouverture et de l’inauguration du centre de football, flambant neuf, érigé à la Maamora, la fièvre du foot a dû recourir à ses « chers » hôtels. Un autre signe de la défaillance fédérale ?

On ne sait pas, mais il y a un autre signe et celui-ci est si évident qu’il n’y a  pas lieu de se tromper. C’est la désaffection effective du public. Ce fut flagrant à Marrakech pour les matchs de l’équipe A avec le coach Halihodzic qui doit déjà se demander où il a mis les pieds. 

Ses matchs face au Burkina Fasso (1-1) et au Niger (1-0) des plus pénibles n’ont rassuré personne. Et les gradins vides ne sont pas là pour encourager et pousser à l’optimisme. Le stade de Marrakech a-t-il déjà perdu tout attrait ?

Zyech et les pénaltys 

Hakim Zyech doit-il être stigmatisé pour les pénaltys qu’il a eu la malchance de rater en équipe nationale ?

Lisez plutôt ce qu’a dit le « Bleu » Bixente Lizarazou, qui a fini sa carrière de champion du monde au Bayern de Munich : «Depuis le Mondial 98 et mon échec face à l’Italie je ne tirais plus de pénalty. J’ai dit mes doutes à Uli Hoeness lors d’un match décisif, il m’a répondu : « Et alors ? Tu vas tirer et tu vas marquer. Quand c’est un homme comme lui qui te dit ça, ça te rend fort, j’ai tiré, j’ai marqué et j’ai été débarrassé d’un poids que je trainais depuis de longues années. »

Conclusion générale :

La situation du football est morose…. Mais il faut raison garder. Et se secouer pour sortir de cette situation aussi rapidement que l’on s’y est enlisé, alors que tout paraissait prometteur.

Challengenews
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