Artisanat

Les défis du «Morocco handmade»

En dépit d’un poids économique relativement faible dans le PIB, le secteur de l’artisanat joue un rôle moteur dans l’économie. Le développement du secteur est toutefois limité par son atomisation et le manque de son internationalisation. par Abdelfettah ALAMI


L’adoption, par le gouvernement en partenariat avec les acteurs concernés, d’un programme de développement « Vision 2015 » a largement contribué à la réalisation des résultats obtenus. Une nouvelle stratégie est en cours d’élaboration ayant pour objectifs, à l’horizon 2020, la réalisation de 235000 emplois additionnels (contre 63422 entre 2007 et 2014), de 46 milliards de dirhams de chiffre d’affaires additionnel (contre 11,4 entre 2007 et 2014) et le doublement des exportations (16% du chiffre d’affaires en 2014).

Etat des lieux de l’artisanat
Selon le panorama établi par le Département de l’artisanat et de l’économie sociale et solidaire, pour l’exercice 2014 ( derniers chiffres connus), la performance du secteur est traduite au niveau de plusieurs indicateurs, dont notamment une progression du chiffre d’affaires du secteur à raison d’un taux de croissance annuel moyen de 10%, dépassant les 9% initialement fixés, un dépassement de 65% de la valeur ajoutée visée, un taux de réalisation de l’objectif de création des PME d’artisanat de plus de 200%, et une croissance de l’emploi avec un taux de croissance annuel moyen de 2.2%. De même, en 2014, le secteur de l’Artisanat à Fort Contenu Culturel affiche une croissance soutenue pour l’essentiel de ses agrégats économiques. Par rapport à 2013, le chiffre d’affaires a connu un taux de croissance de 7.5% atteignant ainsi 21.85 MMDH, l’emploi a évolué de 2,5% concernant aujourd’hui près de 405.000 artisans. La valeur ajoutée générée est de 13 MMDH, ce qui témoigne ainsi, de la capacité du secteur à soutenir la performance de l’économie marocaine.
Toutefois, ces chiffres positifs ne doivent pas occulter plusieurs freins qui limitent la croissance du secteur: absence d’une stratégie intégrée de développement, irrégularité dans la production, déficience de promotion des produits artisanaux et manque de financements des sociétés exportatrices. Les exportations directes des produits de l’artisanat ne cessent ainsi de diminuer (700 MDH en 2006 passant à 415 MDH en 2014).
Comme les années précédentes, le marché intérieur constitue le principal client des produits d’artisanat en 2014, avec une part de 84% du chiffre d’affaires global, part dont 77% est détenue par les seuls ménages résidents.
Autre point d’achoppement : le plan «Vision 2015» a ambitionné de «déployer les moyens nécessaires pour permettre l’émergence d’acteurs d’envergure, capables de produire en volume et en qualité suffisants pour satisfaire cette demande, de dynamiser le secteur, d’en augmenter le chiffre d’affaires et de pénétrer les réseaux modernes de distribution à l’intérieur et à l’extérieur du pays». Cet objectif est loin d’être atteint, puisque le secteur continue d’afficher une grande atomisation et concentration de sa structure de production. En 2014, le milieu urbain s’est accaparé 89,3% du chiffre d’affaires global du secteur, alors que le milieu rural a réalisé une part de 10,7%. Au niveau urbain, les mono-artisans ont acquis une part importante du chiffre d’affaires à hauteur de 72,63 %. Quant à la part des petites et moyennes entreprises, elle est estimée à 16,63%. Par ailleurs, les pôles de production représentés par Casablanca, Fès, Marrakech, Rabat-Salé et Tanger-Tétouan ont détenu une part allant jusqu’à 60% du chiffre d’affaires global.

Quels impacts du label ?
Si les entreprise artisanales sont souvent détentrices d’un savoir-faire traditionnel constitutif de leur identité et participant de leur succès commercial, elles doivent comme toutes les entreprises, intégrer les innovations pour rester compétitives dans leur domaine et sur leur marché en s’appropriant de nouvelles technologies, en s’adaptant aux nouvelles normes en vigueur pour saisir les nouvelles opportunités de marché, en créant de nouveaux produits et services tout en adoptant une nouvelle organisation du travail basée sur la RSE.
D’ailleurs, la vision 2015 pour l’artisanat insiste sur le fort impact que la labellisation peut avoir sur la préservation de la notoriété du produit de l’artisanat marocain et l’accroissement de son rayonnement à l’international. La mise en œuvre de ce label a deux cibles principales : le consommateur en lui garantissant une traçabilité de l’origine et de la qualité du produit ; et les acteurs du secteur à travers la garantie de la préservation du savoir-faire marocain; la reconnaissance des efforts de l’engagement « qualité » et un outil marketing pour l’accès à de nombreux marchés.
L’opération pilote de la labellisation a été enclenchée en 2013 et en 2015, 108 unités ont été labellisées. Par filière, la répartition révèle une forte présence des filières bois et poterie/céramique, suivies par les filières couture/broderie, cuir/maroquinerie et tapis/tissage.
L’action de labellisation pour l’année 2016-2017 et qui ambitionne d’atteindre 300 unités de production artisanale n’a pas été précédée par une évaluation de la première opération ni en termes d’impacts commerciaux sur le secteur, ni en termes de difficultés posées aux unités qui n’ont pas adhéré au projet. Surtout, qu’au démarrage de ce programme, les professionnels notamment les mono-artisans, n’ont pas caché leurs craintes au ministère de tutelle, quant aux coûts chers des labellisations et des certifications qui sont loin d’être un «faux débat».

Amazon séduit
Le géant américain du commerce en ligne Amazon a lancé jeudi dernier, dans toute l’Europe, la plateforme «Handmade», qui mettra en avant les artisans réalisant l’ensemble de leurs produits à la main. La plateforme, qui compte pour son lancement un millier d’artisans venant de toute l’Europe, doit permettre à ces derniers de mettre en avant la qualité de leurs produits et l’unicité de ces derniers, via une présentation spécifique et personnalisée.
«Handmade» regroupera une dizaine d’univers, de la décoration aux bijoux en passant par l’art ou la cuisine, et offrira aux clients d’Amazon la possibilité de personnaliser les produits auprès de leurs fabricants. «Les artisans sélectionnés répondent à un cahier des charges très précis, en termes de fabrication des objets et de taille de l’entreprise», afin de s’assurer qu’ils répondent bien aux critères d’un artisanat privilégiant le «fait main», a précisé à l’AFP Patrick Labarre, directeur en France de la marketplace.
Déjà déployé aux Etats-Unis et sur certains autres marchés, «Handmade» sera désormais disponible dans une quarantaine de pays. Le géant américain de la vente en ligne a lancé une stratégie de déploiement d’outils spécifiques à l’attention des petites entreprises, «Handmade» venant ainsi rejoindre le programme Launchpad, lancé en France en juin, et qui s’adressait aux start-ups.

 
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