Blog de Jamal Berraoui

Les loups parmi nous

A


hlam Mosteghanemi, romancière et cinéaste, écrit qu’en Algérie 1000 enfants disparaissent chaque année, citant les cas d’enfants violés et assassinés de manière barbare. Au Maroc nous n’avons pas de chiffres, mais quotidiennement la presse se fait l’écho de crimes analogues. Celui de Taroudant où une fillette de trois ans a été violée et assassinée par un voisin, intégré, ayant un travail, une famille, a secoué toutes les consciences. Auparavant, plus de 20000 personnes ont défilé à Casablanca, suite à l’agression d’une fillette, devenue malgré elle, le symbole, l’icône d’un mal qui ronge la société.

Le débat est dans toutes les familles laissant apparaître de vraies craintes et un sentiment d’insécurité. Il est clair que les dispositifs législatifs ne sont pas adaptés. Réclamer la peine de mort va à l’encontre de l’histoire. Le Maroc se dirige plutôt vers l’abolition de cette sanction. Mais il est anormal qu’un gardien d’école convaincu de viols répétés sur plusieurs enfants, écope de deux ans, bénéficiant «de circonstances atténuantes au vu de son âge».

Renforcer les sanctions pour les crimes sexuels est une urgence et le Parlement doit s’en saisir le plus rapidement possible. Mais ce n’est en rien une panacée. Le nombre de prédateurs est en croissance et il faut une réponse multiforme. N’étant ni psychologue, ni sociologue, je ne peux que faire le constat que le nombre des prédateurs sexuels est en augmentation.

L’expérience internationale dans ce domaine est inquiétante. La répression, les peines encourues n’agissent pas, ne constituent pas une dissuasion contre ces pulsions maladives. Le suivi psychologique n’influe pas sur la récidive, celle-ci étant presque assurée. Au Canada, Etat de droit, les délinquants sexuels ne sortent de prison que s’ils acceptent la castration chimique. C’est une décision extrême très contestable, mais c’est la seule réponse que le législateur Canadien a trouvé face à la certitude de la récidive.

Nous devons avoir ce débat. Mais le plus important, c’est d’inciter les parents à bannir certains comportements. Dans nos quartiers populaires, au nom de la convivialité, il est coutumier de laisser les enfants au contact des adultes. Auparavant, cela avait des vertus éducatives. Face au danger, c’est un comportement à bannir. Il faut, par le biais de l’école, informer les enfants sur les dangers, sur la défense de leur intégrité physique, comment déceler les agissements suspects d’adultes.

Ce phénomène existe et malheureusement, ne peut que prendre de l’ampleur. Cela ne sert à rien de dire que dans notre bonne société musulmane nous sommes immunisés et qu’il ne s’agit là que d’exceptions. A Casablanca, un père est accusé de viols sur son propre fils, à Tétouan un autre a été condamné à 20 ans parce qu’il violait ses trois filles. Le tabou se brise, les victimes portent plainte. Il faut que l’école, les médias jouent leur rôle auprès des parents. C’est la seule prévention possible, parce que ces pulsions maladives ne sont pas décelables à l’œil nu et que les porteurs sont souvent des gens intégrés socialement, ce qui les rend plus dangereux.

L’arsenal législatif doit être revu et le concept de pédophilie intégré par la loi marocaine, qui pour l’instant ne parle que de mineurs. Les cris appelant à la peine de mort sont compréhensibles sous le coup de l’émotion. Mais la société ne peut se permettre de devenir aussi barbare que ces individus. Ce sont des malades dangereux, incurables, mais malades. 

 
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