Entreprises & Marchés

Les professionnels pénalisés par le manque de circuits de distribution approprié

Abdelilah Benkirane, Chef du gouvernement, et Fatema Marouane, ministre de l’Artisanat, de l’Economie sociale et solidaire, lors de l’ouverture du salon de l’Artisanat.

Artisanat. Son impact sur la commercialisation des produits de l’artisanat est important. Les professionnels appellent les autorités à trouver une solution. par Roland Amoussou 


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vec 83 milliards de DH de chiffre d’affaires réalisé à fin 2013, on peut dire que l’artisanat marocain, toutes composantes confondues (artisanat de production et artisanat de service) se porte bien. Il n’en demeure pas moins que cela représente une bonne performance. Cependant, selon les professionnels, le secteur peut encore mieux faire, si toutes les conditions étaient réunies. Leur casse-tête ? L’informel qui harponne une bonne partie de leur chiffre d’affaires et surtout un manque de circuits de distribution appropriés. « On a besoin de circuit de distribution dédié à l’artisanat au Maroc, parce que nous n’en avons pas», déplore Azzedine Krafssi, président de la Fédération des Entreprises d’Artisanat (FEA). 

Cette situation pose un sérieux problème pour le secteur, car ce manque de circuit de distribution a un impact direct sur la commercialisation des produits de l’artisanat marocain. « Nous avons une panoplie de bons produits, mais ce manque de circuit de distribution pose problème. C’est le point faible de notre secteur », confie le président de la FEA à Challenge. Quant à l’informel, le problème se pose toujours malgré les efforts fournis depuis de nombreuses années pour lutter contre cela. Il faut savoir qu’une bonne majorité des acteurs de ce secteur sont des mono-artisans, ne disposant d’aucune structure. Cela va sans dire donc, que l’effort doit être redoublé afin de trouver des mesures incitatives pouvant permettre de convaincre ces mono-artisans de créer leur TPE dans l’objectif de s’insérer dans le circuit formel. 

L’informel aussi persiste

« Effectivement, c’est un problème auquel on se heurte. On est à la recherche de la solution pour organiser cet informel », a expliqué Fatema Marouane, ministre de l’Artisanat et de l’Economie Solidaire; lors de la conférence de presse organisée à Casablanca le 9 octobre pour présenter la deuxième édition du Salon professionnel Minyadina, qui se tiendra la semaine prochaine ( du 23 au 26 octobre à Casablanca). Pour Fatema Marouane, le volet formation prévu dans la Vision 2015 de l’Artisanat devrait jouer un rôle essentiel dans la lutte contre l’informel. «Nous avons un programme de formation continue des artisans, et par ce biais, nous essayons de leur faire comprendre l’intérêt de ne plus rester dans l’informel. J’espère qu’on va pouvoir trouver la solution », a-t-elle souligné. Toutefois, en dépit de cette situation, il faut dire que le secteur de l’artisanat marocain a connu une importante évolution ces dernières années. La Vision 2015 a donné un vrai coup d’accélérateur au secteur. En 2013, le nombre de PME recensé dans ce secteur atteint environ 760. Le secteur emploie aujourd’hui quelque 2,3 millions de personnes et réalise un chiffre d’affaires de 83 milliards de DH (2013). Preuve donc de son importance pour l’économie nationale. Grâce au contrat-programme signé en 2007, dont l’un des principaux objectifs était de développer l’artisanat à fort contenu culturel, le secteur a pris son envol, tant sur le marché national qu’à l’export. 

Perspectives prometteuses

Dans le détail, la Vision 2015 vise à développer un tissu de production fort et structuré, afin de générer une forte rentabilité du secteur et surtout de le rendre attractif. Pour cela, les régions ont été fortement mises à contribution. Alors qu’il y a encore quelques années, l’artisanat, hormis dans les zones rurales; était vu comme un métier sans importance, notamment par les jeunes, aujourd’hui les choses ont changé. Et la ministre Fatema Marouane s’en réjouit. « Aujourd’hui, il y a de plus en plus de jeunes qui vont dans des écoles d’artisanat parce qu’ils veulent devenir artisans », a-t-elle fait remarquer lors de la conférence de presse. Au niveau de la région Marrakech-Tensift-Al Haouz, l’artisanat arrive en deuxième position après l’agriculture, avec un fort potentiel en matière de création d’emplois. 

Quant à l’export, la Vision 2015 a pour objectif d’atteindre 7 milliards de DH de chiffre d’affaires, mais, on en est encore loin. « Nous sommes un peu loin de cet objectif », confirme le président de la Fédération des Entreprises de l’Artisanat (FEA). 

Toutefois, si on compare les exportations cette année à la même période en 2013, on note une progression de 18%. Et les professionnels comptent énormément sur la stratégie de promotion du ministère, notamment à travers la participation aux salons internationaux dans les marchés cibles (France, Etats-unis etc) pour trouver d’autres opportunités pouvant booster leur chiffre d’affaires. Le marché africain aussi n’est pas en reste. « Il y a encore un grand effort à faire pour rattraper l’objectif des 7 milliards de DH à l’horizon 2015 », conclut Azzedine Krafssi. 

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