Carburants

Les raisons du gouffre financier de la SAMIR

L’Etat, les banques et les investisseurs attendent avec impatience le 8 septembre. Ce jour-là est prévu un conseil d’administration pour décider d’une éventuelle augmentation du capital de la SAMIR en vue de relancer l’activité du raffineur. Retour sur l’affaire.



Le cheikh Al Amoudi, principal actionnaire et président du conseil d’administration de La Samir

 

L’affaire de la SAMIR ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à 2005, année du transfert du contrôle de 67,27% du capital et des droits de vote de la SAMIR à la société suédoise Corral Morocco Holdings AB.  Cette dernière était filiale de Corral Petroleum Holdings AB, une société de droit suédois, intervenant majeur dans le secteur du raffinage. En 2006, Corral Petroleum Holdings AB a vendu la totalité des actions détenues dans Corral Morocco Holdings AB, au profit de Corral MoroccoGas and Oil AB, contrôlée elle-même par la societé Moroncha Holdings Co. Limited détenue à 100% par le Cheikh Mohammed Hussein Al Amoudi.

La vache à lait d’Al Amoudi

Du coup, la SAMIR est passée dans le giron d’une personne physique. Depuis, le raffineur n’a jamais bénéficié d’un accompagnement financier  de la part d’Al Amoudi à la hauteur du potentiel de l’activité de la société.

 « Après avoir injecté peu d’argent dans la SAMIR, Al Amoudi a commencé à utiliser la raffinerie comme une vache à lait pour bénéficier des dividendes. Ces dividendes auraient pu être investis pour être à même de suivre les mutations du marché à l’international ou auraient pu, simplement, servir au remboursement des dettes du groupe », précise à Challenge.ma Othmane Benassila, analyste financier à CDMC.

Pourquoi cet endettement colossal?

De plus, la SAMIR a investi massivement près de 30 milliard de DH sur la base quasi-exclusive de la dette sur la période 2004 à 2009. Une dette qui n’a pas cessé d’augmenter pour cumuler aujourd’hui à 43 milliards de DH dont 13 milliards de DH dus à la douane.

Trois éléments ont perturbé la capacité de remboursement de la SAMIR. Le premier est la gestion non optimale de la forte volatilité des cours de pétrole qui s’est traduite en 2008 par une perte de 1,2 milliard de DH. Cette perte a atteint 3,4 milliards de DH en 2014.

Le second élément est l’absence d’un contrat de couverture. « Il est absurde qu’une raffinerie comme la SAMIR qui achète du pétrole brut ne dispose pas de contrats de couverture contre les fluctuations des cours des matières premières », juge Othmane Benassila.

Le troisième élément est le recours de certains distributeurs à l’importation directe de produits raffinés,  ce qui a pu constituer un manque à gagner pour la SAMIR. En effet, le raffineur détient une part de marché à peine de 57% sur le Maroc à cause de la concurrence des distributeurs qui optent souvent pour l’import. Ainsi, le raffineur est obligé d’écouler une partie de sa production à l’export à des prix moins rentables. D’ailleurs, pour limiter son manque à gagner, la SAMIR a investi dans la distribution via sa nouvelle filiale de distribution de carburants et combustibles (SDCC).

Un enjeu stratégique pour l’Etat

Les banques qui ont prêté beaucoup d’argent à la SAMIR se retrouvent exposées. L’office des changes vient d’inviter les banques intermédiaires agréées à soumettre provisoirement, à l’autorisation préalable, à compter du 2 septembre 2015, «toute opération de transfert de fonds ordonnée par la Samir ou par les entités relevant de cette entité, de son Président-Directeur Général ou de son Directeur Général ».

L’intervention des pouvoirs publics pour éviter tout risque de faillite de la SAMIR est surtout politique vu le caractère stratégique du raffineur. « C’est une question d’image pour le pays et de positionnement géographique. Au-delà de ça, la faillite de la SAMIR n’aura pas un impact sur l’économie marocaine car les distributeurs pétroliers ont déjà recours au marché international », avance Othmane Benassila.

 
Article précédent

Bourse de Casablanca: Cosumar à renforcer dans les portefeuilles

Article suivant

Quand les politiques votent