Dossier

Les villes d’aujourd’hui : lieux de bonheur et/ou de malheur

Subitement, la ville s’est invitée au cœur de la campagne électorale qui vient de s’achever. La bataille des grandes villes a revêtu une symbolique particulière. Le PJD, qui a remporté les grandes mairies de Casablanca, de Marrakech, de Fès, de Tanger et d’Agadir, a été accrédité par la presse d’une victoire et d’une prééminence sur son rival, le PAM qui a remporté la présidence des communes rurales et celles des petites et moyennes villes. Pourquoi cet engouement pour la grande ville ? Que peuvent faire les partis politiques pour réduire la fracture urbaine et gouverner une ville à plusieurs vitesses : la ville des riches, la ville des classes moyennes, et la ville des pauvres, celle des douars clandestins et des bidonvilles ?


L’une des caractéristiques majeures des villes marocaines, réside dans le contraste saisissant entre le caractère uniformisateur des normes de planification et l’aspect éclaté et hétérogène du tissu urbain. Plus on produit des plans d’urbanisme, plus l’espace a tendance à se fragmenter. La ville n’a cessé de développer les formes les plus contrastées d’occupation du sol : quartiers de luxe équipés, lotissements en chantier sur plusieurs décennies, terrains vides voués à la spéculation foncière, équipements prévus et non réalisés, espaces verts non entretenus , terrains vagues en friche servant de dépôt spontané aux différents rejets urbains, bidonvilles et douars clandestins en pisé ou en dur…Présentée comme transitoire durant les décennies 60 et 70, cette situation semble devenir inhérente à l’organisation de l’espace urbain marocain. Comment dès lors, expliquer cet éclatement continu et permanent du tissu urbain, alors que sur le plan des normes tout a été prévu pour l’empêcher de se produire? La croissance démographique et l’exode rural, suffisent-ils à expliquer, comme on l’a souvent fait, la persistance de ces phénomènes? Les pratiques sociales ne seraient-elles pas irréductibles à la normalisation? Ou bien les normes sont-elles si rigoureuses qu’elles produisent et reproduisent constamment les conditions de leur dépassement ?
Les villes constituent les miroirs de la société marocaine, les territoires qui illustrent et visualisent les grandes lignes de forces et les fractures de la société marocaine. Les quartiers d’habitat insalubre et sous équipés qui côtoient les grands ensembles résidentiels de haut standing et les quartiers de villas, dessinent les contours d’un espace urbain encore fragmenté et qui constitue un immense chantier pour l’action publique réformatrice.
Resté pendant longtemps un pays foncièrement rural, malgré une longue tradition urbaine, le Maroc connaît une accélération de la croissance de la population de ses villes. D’à peine 8% au début du XXème siècle, le taux d’urbanisation est passé à 62% et il est prévu qu’il atteigne près de 70% à l’horizon 2025. Le système urbain est structuré autour de 352 municipalités et centres urbains. Caractérisé par une inégale répartition géographique à l’échelle du territoire national, il reste dominé par une myriade de petites villes et centres urbains représentant 85% du nombre total des localités urbaines et n’abritant qu’environ 21% de la population urbaine totale. Compte tenu de la croissance démographique et de l’exode rural, il faudra s’attendre à un quasi doublement des effectifs de la population urbaine durant le prochain quart de siècle, ce qui donne la mesure des besoins à satisfaire et des défis à relever.

Des dynamiques positives prometteuses
Les villes constituent aujourd’hui, l’espace de vie de 60% de la population marocaine, le cadre territorial de son enracinement, le lieu d’ancrage de la plupart des activités, des richesses et de la production nationale. Tout au long de l’histoire moderne de notre pays, l’urbanisation a été un vecteur de transformation de la société marocaine et un puissant moteur de développement et de réduction de la pauvreté. Les villes marocaines qui ne constituent dans l’ensemble que 2% de la superficie du territoire national, sont la locomotive de l’économie nationale : elles produisent 75% du PIB et drainent 70% des investissements. Elles ne doivent pas être pensées comme source de problèmes, mais comme des territoires d’opportunité et comme lieux d’émergence de nouveaux acteurs de développement, des initiatives porteuses de changements et des politiques publiques sociales ambitieuses.
Avec la politique de lutte contre l’exclusion sociale et la précarité (INDH), la Stratégie Nationale de développement Urbain (SNDU), la politique de résorption de l’Habitat insalubre (VSB), la politique environnementale (Plan d’Action National pour l’Environnement) et la politique de mise à niveau des villes (MANU),… les politiques urbaines publiques prennent de l’envergure et se donnent des moyens et des perspectives nouvelles pour attaquer les maux graves dont souffrent nos villes, à savoir l’exclusion, la précarité, l’habitat insalubre, la dégradation de l’environnement et des ressources naturelles vitales, selon des méthodologies conçues avec un fort souci de participation des citoyens concernés et de bonne gouvernance.
Ces dynamiques positives ont abouti à des acquis considérables qu’il convient de souligner et sur lesquels doivent s’appuyer les projets de réformes en cours: une accumulation de réflexions stratégiques de première importance, la mise en place de grands programmes sociaux (L’INDH et le programme villes sans bidonville), la création d’opérateurs publics dédiés avec des outils de financements innovants (AL OMRANE et le FSH) et le développement des grands groupes immobiliers privés qui se sont investis dans le logement social.
Grâce à ces politiques publiques sociales, le Maroc dispose aujourd’hui d’une organisation territoriale plus équilibrée. L’armature urbaine s’est consolidée et s’est diversifiée. Le réseau de petites villes et villes moyennes s’est renforcé, grâce en particulier à l’intensification de l’investissement dans les équipements publics et les infrastructures de base et à la multiplication des préfectures et provinces. La taille des villes est encore maitrisable et notre pays a su éviter la forte concentration des populations dans des méga cités ingouvernables. A l’exception de Casablanca qui se maintient autour de 3.7 millions d’habitants, la plupart des villes ont une taille inférieure ou égale à 100.000 habitants. Et seules une douzaine de villes ont une population qui se situe entre 100.000 et 1.000.000 d’habitants. En outre, le Maroc dispose d’un réseau urbain bien réparti sur l’ensemble du territoire national, de l’est à l’ouest et du sud au nord avec des villes de l’intérieur très dynamiques comme Fès, Meknès et Marrakech. Chaque région a ses pôles urbains : l’Oriental est structuré autour du triangle Oujda-Nador Al-Hoceima. Le Rif occidental est structuré autour du triangle Tanger-Tétouan-Larache. L’axe Kénitra-Rabat-Casablanca-El-Jadida-Safi, maintient sa prééminence sur le plan économique et industriel. Mais la Région du Souss-Massa est en train de devenir également un grand pôle économique investissant à la fois dans l’agriculture, la pêche, le tourisme et l’industrie. Plus au Sud, de Tan Tan à Dakhla, un grand pôle économique est en train de se développer autour de la pêche, des phosphates et du tourisme. Le réseau des villes Oasiennes qui structurent les provinces présahariennes d’Er-Rachidia, de Figuig, d’Ouarzazate, de Tata et de Zagora, est en train de se consolider et de se développer autour du Plan Solaire, du Tourisme, du Cinéma, de l’arganier et des dattes.

 

La ville du pauvre :
le bidonville, une composante structurelle du paysage urbain marocain

L’habitat insalubre occupe 20 à 25% de l’espace urbain. Il est devenu une composante structurelle de nos villes et ce phénomène, loin de disparaître, s’est amplifié au cours des années 80 et 90 et a montré sa grande capacité à s’auto-reproduire, à dureBidonville**r et à résister à toutes les tentatives d’éradication. Apparus avec le Protectorat, les bidonvilles comme expression de la marginalité urbaine, n’ont cessé de se développer et de s’étendre. Jusqu’en 1965, ils n’abritaient que 200000 habitants. Actuellement, les bidonvilles accueillent près d’un million d’habitants. En général, les bidonvilles se sont massivement développés autour de trois axes : l’axe atlantique Tanger /Safi, celui de Rabat/Kénitra/Méknès/Oujda et celui de Casablanca/Khouribga/Béni Mellal. Les grands bidonvilles dessinent un arc de pauvreté qui traverse le « Maroc utile ». Ils correspondent aux zones de fixation de migrants ruraux attirés par le mouvement d’industrialisation et de modernisation agricole, dont l’ampleur bouleversa considérablement le paysage urbain des villes du Nord et en particulier, celles du littoral .

Casablanca : la capitale du bidonville
La ville qui fut le plus gravement touchée, est incontestablement Casablanca, dont la population bidonvilloise est passée de 50000 habitants en 1940, à 100 000 en 1950, et de 160000 habitants en 1960 à 250 000 en 1970. Au début des années 2000, la population bidonvilloise a atteint 400 000 habitants. A elle seule, Casablanca compte près de la moitié de la population bidonvilloise du pays.
Les premiers noyaux ont commencé à se former dès 1920, lorsque l’entreprise chargée de la construction d’une usine électrique, la « Centrale Thermique des Roches Noires » à Casablanca, a recruté en masse des ouvriers qui s’installèrent dans une ancienne « carrière » désaffectée près de la « centrale », d’où l’appellation de Kariane central, littéralement «  la carrière centrale ». Etant le premier grand bidonville casablancais, il a donné son nom aux autres bidonvilles (Kariane Ben Msik, Kariane Bachkou..).
Cependant, il est à préciser que le grand bidonville de plusieurs milliers de baraques n’est pas une formation spontanée. Il est né du groupement, opéré par voie d’autorité, d’une multitude de petits bidonvilles dispersés à travers la ville. C’est à dire que, faute de solution structurelle, à l’époque, les bidonvilles ont connu de nombreux déplacements au sein de l’espace casablancais. L’administration coloniale, au lieu de s’attaquer au fond du problème, s’est contentée de les rassembler en deux points principaux. C’est ainsi que naquirent Carrières centrales et Ben M’sik. La population de ces deux bidonvilles n’a cessé d’accroître, gonflée d’année en année, par d’autres noyaux de bidonvilles. Depuis que les chantiers des ports, des routes et des villes en construction réclamaient de la main-doeuvre, on voyait les habitants des plaines atlantiques et du Sud, que la sécheresse trop fréquente chassait des campagnes, arriver à Casablanca en vagues régulières. La Médina fut vite surpeuplée et ils viennent alors gonfler les bidonvilles déjà existants par masse de 40.000 à 60.000 habitants, à Ben Msik ou aux Carrières Centrales, en attendant une hypothétique amélioration de leur sort.

Le bidonville : lieu de désolation et marginalité extrême
Les baraques ne sont pas disposées en désordre, mais alignées, quadrillées dans le périmètre « prévu et autorisé ». Car l’Administration veille sur le bidonville, elle en poursuit le rassemblement et la gestion. Aussi, est-il bien découpé en blocs réguliers avec ses rues centrales, ses ruelles et ses places, ses baraques toutes numérotées. Si les hommes partent pour les usines ou les chantiers agricoles avoisinants, les femmes sont recrutées comme bonnes chez les ménages riches ou les classes moyennes.
La famille vit dans une « baraque de planches et de fer-blanc : on la construit soi-même ou on l’achète par panneaux que l’on pose sur le sol…La baraque est légère : à quelques uns, on peut la soulever et la transporter. C’est commode, en cas d’expulsion et il ne faut jamais perdre de vue cette éventualité. Parfois, des baraques ont surgi en dehors du périmètre autorisé…ou bien une épidémie oblige à abandonner tout un quartier.
Alors on regroupe, on contrôle à nouveau, on déplace ». L’expression « Lahuna », mélange d’amertume et de résignation désigne ces bidonvillois qui ont été maintes fois déménagés. Les conditions de vie à l’intérieur des bidonvilles sont déplorables. Lorsqu’il se « met à pleuvoir très fort… le bidonville est submergé, le toit de la baraque pourri s’écroule souvent, et tout le petit ménage de l’intérieur est gâché, perdu si on ne l’a pas sorti à temps. A Ben Msik, où une partie du bidonville est installée dans un creux, il faut que les pompes municipales viennent régulièrement faire disparaître les eaux accumulées. Pas d’égouts nulle part en bidonville, pas non plus de voirie. Cela veut dire, après les pluies, un immense marécage… laissant par endroits des îlots de boue fétide. Pendant l’été, «  des flaques puantes formées des eaux usées de chaque baraque… se frayant un chemin difficile et sinueux » et dégagent des odeurs « qui vous montent jusqu’à la cheville. Les mouches pullulent, et les jours de grand vent chaud, les poussières se soulèvent, malsaines et desséchantes ; l’eau se fait encore plus rare, le bidonville empeste. C’est l’époque des épidémies et les enfants, les nourrissons surtout, meurent en grand nombre. »
Dès le départ, l’Etat colonial a écarté l’option de construire pour eux des logements décents. Cette option a été considérée comme trop coûteuse. L’option retenue serait de laisser s’installer des bidonvilles, tout en les soumettant à un contrôle hygiénique. « L’administration… s’attaque au problème sous les aspects traditionnels de sa fonction : la police et l’alignement. Elle s’employa à les rassembler en deux points principaux : Ben Msik et les Carrières Centrales. A plusieurs reprises ils ont été rognés, alignés, refoulés pour des raisons d’hygiène et de bon ordre. On numérote les baraques, on crée des rues centrales et des transversales qui coupent des blocs réguliers » (Ecochard)

Les limites de la politique de lutte contre le bidonville
Depuis les années soixante, des efforts considérables ont été déployés pour résorber ce phénomène. Néanmoins, les évaluations successives du programme Villes Sans Bidonvilles, ont montré qu’en dépit de son caractère novateur et des moyens financiers et fonciers considérables qui ont été mobilisés, les résultats sur le terrain sont restés assez modestes. Entre 2002 et 2012, plus de quinze milliards de dirhams ont été investis dans ce domaine. Mais loin de s’arrêter, le phénomène bidonvillois a continué à se développer. Le nombre de ménages au moment du lancement du programme n’était que de 280000. Il est aujourd’hui de plus de 320000. En outre, les villes qui ont été déclarées sans bidonvilles sont surtout des petites villes et des villes moyennes. Du coup, dans l’axe d’ancrage historique des bidonvilles formés par Kénitra, Rabat, Salé, Témara, Skhirat, Mohamadia, El Jadida, Safi, le phénomène a non seulement résisté, mais a continué à progresser. Seule exception et elle est de taille : depuis trois ans, le phénomène a commencé à régresser à Casablanca, grâce à une l’impulsion Royale et à la forte implication de la Wilaya de cette ville. La mobilisation de plus de 600 hectares a permis d’éradiquer les bidonvilles historiques de la ville, comme Kariane Centrale, résorbé à hauteur de près de 90% et Sidi Moumen, dont la résorption est très avancée.

 

Tamesna, Tamansourt, ˝Tamehna˝
Quand le rêve se mue en cauchemar

Tamansourt-6Voilà maintenant, plus de onze ans que le programme des villes nouvelles a été lancé et mis en œuvre. Les résultats atteints sont loin des objectifs déclarés. Sur les quatre villes annoncées, seules deux (Tamesna et Tamansourt) ont connu un début de peuplement. Les deux autres, sont encore en friches. Tous les observateurs s’interrogent sur le sort de ces villes nouvelles, sur leur capacité à répondre aux besoins de leurs habitants. De même, beaucoup critiquent la lenteur de leur réalisation et mettent en relief le désarroi et la solitude des ménages qui y résident, la faiblesse des moyens de transport et l’insuffisance des équipements publics et des zones d’activités économiques

Jusqu’à 2004, les extensions urbaines réalisées à la périphérie des grandes villes et des villes moyennes, l’ont été sous forme de lotissements publics et l’Etat a ainsi acquis une grande expérience dans ce domaine. Mais ces opérations, malgré l’ampleur de certaines d’entre elles, (comme Hay Riad à Rabat) se limitaient à une offre d’habitat avec des réserves de terrains pour la réalisation des équipements publics à long terme. A Partir de 2004, l’Etat affiche une nouvelle ambition : en annonçant le lancement de la politique des villes nouvelles, il veut opérer un changement de logique d’intervention, d’échelle et de portage institutionnel pour faire face d’une façon plus systématique aux problématiques complexes du défi urbain.

Un programme aux objectifs ambitieux
Ainsi, l’Etat annonce la création de quatre villes nouvelles à Tamansourt, à Tamesna, à Lakhyayta et à Chrafat, sur une superficie de 4300 hectares pour accueillir près d’un million d’habitants, avec un budget d’investissement estimé à 100 milliards de dirhams. Et à cet égard, il convient de rappeler les objectifs essentiels du programme des villes nouvelles, tels qu’ils ont été présentés au gouvernement de l’époque : il s’agit d’équilibrer le réseau urbain régional pour renforcer l’armature nationale ; d’organiser et d’anticiper le développement urbain prévisionnel ; de mettre en place un programme de grands équipements, de services et de zones d’activités pour développer l’emploi ; de permettre une offre en logements aux coûts adaptés aux différentes catégories de revenus ; de développer le partenariat public-privé ; d’expérimenter de nouveaux modèles urbains et architecturaux fondés sur la durabilité, avec l’obligation de réaliser des études d’impact …
Ainsi, de par leur multifonctionnalité et à la différence des projets résidentiels classiques, les villes nouvelles sont une affaire qui concerne la majorité des départements ministériels tels que ceux de l’habitat, de la santé, de l’éducation, de l’emploi, de la formation professionnelle, de loisir, de la culture, du sport …etc. Les projets des villes devraient donc associer l’ensemble des départements ministériels concernés et leur mise en œuvre devrait être supervisée par la création d’un comité interministériel de suivi, présidé par le Premier ministre. De même, on veut expérimenter de nouveaux modes de gouvernances territoriaux fondés sur le partenariat public-privé, la contractualisation avec les départements ministériels concernés par la réalisation des différents équipements, la création des sociétés de gestion dédiées à l’aménagement et à la gestion en collaboration avec les communes. D’ailleurs, l’ensemble des projets de villes nouvelles ont été présentés devant sa Majesté, qui a veillé en personne à leur inauguration en tant que projets du gouvernement et non pas en tant que programmes spécifiques à un seul département ministériel.

Des réalisations très modestes sur le terrain
Cette nouvelle politique s’est heurtée à de nombreuses difficultés qui expliquent le ralentissement de ce programme et en réduisent la portée. Des quatre projets annoncés, seuls Tamansourt-avec 50000 habitants  et Tamesna -avec 30000 habitants – ont connu un début de peuplement. Les deux autres villes sont encore en cours d’aménagement.
Plusieurs raisons expliquent cet écart considérable entre les objectifs déclarés et les résultats atteints. Il y a d’abord le changement de contexte. Lancé en plein boum immobilier des années 2005-2006, les projets des villes nouvelles ont subi de plein fouet les effets de la crise immobilière et le retournement de la conjoncture économique internationale. Le retrait de certains groupes immobiliers internationaux (Belges, Espagnols, Malaisiens,Emiratis) a semé le doute sur la fiabilité de l’investissement dans ces espaces, à la fois chez les grands groupes immobiliers et chez les ménages marocains. D’espaces d’opportunités, ils sont devenus un espace de risques.Il y a ensuite les carences constatées en matière de création de zones d’activités, de transports collectifs, d’équipements socio-éducatifs, ce qui a réduit de l’attractivité de ces nouveaux centres. Aucune des deux villes nouvelles en cours de peuplement, n’est adossée à un pôle d’activités majeur. Elles souffrent toutes de problèmes de liaisons en termes d’axes routiers et de transports collectifs. Aucune d’entre elles, ne dispose de pôles universitaires, sanitaires ou sportifs majeurs. Toutes ces villes sont rattachées sur le plan administratif à des communes rurales pauvres, qui n’ont pas les moyens matériels et humains pour gérer ces espaces théoriquement dédiés à la modernité.
Or, les expériences internationales montrent que la politique des villes nouvelles ne réussit que lorsqu’elle est accompagnée d’une politique systématique et vigoureuse des transports collectifs de masse, pour réduire le temps de déplacement du lieu de résidence vers le lieu de travail. En outre, la réussite et la pérennité d’une ville nouvelle dépendent également de l’importance des pôles d’activités et de loisirs qui s’y développent.

Des projets de relance pour éviter la ghettoïsation
Conscient de ces difficultés et sous la pression des associations des habitants de Tamesna et Tamansourt, le ministère de l’Habitat et de la politique de la ville a mis au point en 2012, un plan de relance qui s’articule autour des éléments suivants : Elaborer un cadre législatif adéquat ; mettre en place un comité interministériel des Villes Nouvelles, accélérer la réalisation des équipements publics dans le cadre de la synergie gouvernementale ; créer des pôles universitaires ; activer la valorisation des zones industrielles et d’activités des mails centraux; orienter autant que possible les investisseurs, à travers les autorités locales et les CRI, à exploiter les potentialités des Villes Nouvelles, tout en allégeant les procédures administratives; définir des plans de circulation dans et vers les villes nouvelles (création de nouveaux axes, élargissement et dédoublement des voies,…); assurer une bonne couverture de transports en commun  modernes et adaptés; ériger les Villes Nouvelles en Municipalité; généraliser les conventions de gestion partagée avec les collectivités locales;
Toutes ces mesures ont été réunies dans une convention signée en 2013 par une dizaine de ministères, dans le cadre de la politique de la ville pour relancer les villes de Tamesna et de Tamansourt.

La nécessité de trouver des accélérateurs
De par leur multifonctionnalité et leur complexité, la réalisation des villes nouvelles nécessite de longues durées de réalisation qui varient entre 20 et 30 ans. L’analyse comparée a prouvé qu’il n’y a pas de ville nouvelle dans le monde entier qui s’est achevée au bout de 4 ou 6 ans, « Hay Riad » qui est un simple lotissement public, a mis 37 ans pour avoir les dimensions qu’il a aujourd’hui. Et c’est l’arrivée en masse des sièges des Administrations qui a accéléré la dynamique de son développement. Et pour réduire cette durée et accélérer le processus de dynamisation des villes nouvelles, la signature d’une convention de relance est loin d’être suffisante. Sans l’arrivée de grands projets structurants tels que les complexes universitaires, les centres administratifs et d’affaires, les zones industrielles et les complexes de loisir, ces espaces risquent de devenir d’immenses villes dortoirs et de nouveaux lieux d’exclusion.
Les deux grandes métropoles comme Rabat et Marrakech, doivent mettre à profit leurs villes nouvelles qui sont autant de plateformes de 1000 ha chacune, disposant de tous les équipements modernes pour y délocaliser les grands équipements universitaires et sanitaires, qui sont aujourd’hui entourés de zones d’habitat qui étouffent leur développement. Il est temps pour la ville de Rabat de penser à délocaliser à Tamesna l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II qui occupe près de 30 hectares dans une zone devenue centrale. La même remarque s’applique au complexe sanitaire Avicennes et d’autres équipements, qui nécessitent beaucoup de terrains pour leur développement. De même, l’emplacement de l’Université de Marrakech dans un cadre spatial étroit, est source de multiples tensions entre les étudiants et  les habitants. Là aussi, la ville gagnerait à délocaliser cet équipement à Tamansourt, ce qui permettrait à l’Université de s’épanouir et de relancer la dynamique de développement de ce nouveau pôle urbain.

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