Portrait

L’Anglaise au service du tourisme marocain

Elle était venue au Maroc pour six mois. Trente ans après, elle y est encore. Cette femme active est l’une des figures connues du tourisme national. Depuis 13 ans, elle vend le Maroc avec conviction.


C’est un petit bout de femme dynamique qu’on rencontre en marge du World Travel Market. Depuis ses débuts dans le métier, elle accompagne les délégations des agences de voyages pour hisser les couleurs du Maroc sur la scène touristique internationale. Mais ses origines sont bel et bien anglaises. Elle est née en 1951, à New Castle. Elle est la dernière née des trois filles d’un cadre d’entreprise. Sa ville de naissance, New Castle, avait alors un visage bien différent de celui qu’elle arbore aujourd’hui. C’était la ville industrielle des romans de Charles Dickens, avec les grandes fabriques et autres manufactures. Les gens y sont durs, à l’image du travail qu’ils accomplissent. “A l’époque, la ville représentait une région où l’industrie lourde était prépondérante. Les ouvriers avaient alors le choix entre la mine de charbon, les aciéries, et les chantiers navals,” se remémore-t-elle. Mais elle vit tout de même dans un milieu pour le moins inhabituel, pour l’époque. “Ma mère avait des vues très progressistes sur l’éducation. Ma grande soeur, de vingt ans mon aînée, vivait alors en Italie. De ce fait, à chaque occasion j’étais envoyée à Rome y apprendre la langue. Dès mon plus jeune âge, on m’a inoculé la wanderlust” explique-t-elle, dans un rire cristallin. Sa mère insiste sur ses compétences linguistiques. Elle apprend le français dès sept ans, lorsque la langue de Molière n’est enseignée qu’à partir de onze ans. Elle est  scolarisée dans l’école pour jeunes filles où le proviseur était une femme  exceptionnelle, qui a laissé une forte impression à la jeune Lesly, et qui accordait à l’enseignement des langues une grande importance. “Dès que nous entrions en classe, nous avions cinq heures d’allemand et cinq de français qui se succédaient”, souffle-t-elle au souvenir de ses efforts. Elle poursuit ses études à la “Grammar School”, et obtient son diplôme en 1969 : “J’ai terminé mes études au moment où l’histoire de l’humanité faisait un bond en avant avec un homme marchant sur la lune. Malheureusement, je n’était qu’une spectatrice lointaine”, ironise-t-elle avec cet humour pince-sans-rire si typiquement britannique. Dès qu’elle a le précieux sésame en poche, elle entreprend  des études de business à l’Université de New Castle : “J’ai fait un cursus d’études d’affaires en français et en espagnol. Je parle couramment l’italien, langue que j’ai apprise en l’espace de six mois. Depuis, ne l’ai plus jamais pratiquée,” lance-t-elle dans un éclat de rire. Ses réponses sont spontanées.Tout dans sa gestuelle révèle un profond appétit pour la vie, jusqu’à l’éclat malicieux dans ses yeux. Elle obtient en 1971 son diplôme, et déjà, elle décide de courir le monde.

Une jeunesse de globe-trotter
Sa première rencontre avec le Maroc a lieu alors qu’elle a 21 ans, lorsqu’elle se rend une première fois à Agadir : “J’ai eu le coup de fougre pour cette ville dès le premier jour. C’était tellement différent de ce que je connaissais, et tellement  authentique. Pour venir depuis le Royaume Uni, il fallait  six heures  d’avion. Si on m’avait dit que dix ans plus tard ce serait là que je serais installée, je ne l’aurais sans doute jamais cru”, se remémore-t-elle. A cette époque, pour parcourir le monde, lorsqu’on était anglais, on avait deux solutions: la marine ou l’armée. Lesley n’est pas un homme, mais la marine reste tout de même une alternative. Elle s’engage donc sur un bateau de croisière comme croupière. Black-jack, roulette, poker, punto-banco, elle joue pour la banque et gagne: “je ne suis pas une joueuse. Heureusement, c’est un jeu de dupes. Mais j’étais toujours du bon côté de la table”, raconte-t-elle. Le navire sur lequel elle a embarqué passe par les mers du Nord, séjourne une saison en méditerranée, avant de passer six mois dans les caraïbes. Elle découvrira ainsi le Brésil, l’Afrique du Nord et son joyau: Tanger. En 1981, la compagnie nationale britannique, British Airways, lui propose un emploi à Agadir. Elle doit veiller sur les clients de l’avionneur. Sa mission devait initialement durer six mois, mais Lesley s’est attachée au pays et décide d’y rester. Elle rencontre son mari à ce moment là, et  convole en justes noces. Professionnellement elle entreprendra patiemment, sur le tas, un long apprentissage du tourisme. “Le Maroc m’a offert des opportunités que je n’aurais pas eues ailleurs. On a vu que je désirais apprendre, que j’en avais les capacités. Alors on m’a donné ma chance”, résume-t-elle. 1987 verra la naissance de son fils, David. Elle passera par différentes positions avant de se mettre une première fois à son compte. En 1996, elle gère un parc de véhicules de transports. 64 hommes travaillent alors sous ses ordres. Elle gère aussi bien des chauffeurs, des graisseurs, des tôliers des mécaniciens. “Le Maroc donne l’opportunité de relever des défis, et de se retrousser les manches,” analyse-t-elle, reconnaissante. Lesley vivra avec attention l’ évolution du tourisme, depuis le balnéaire de masse, au tourisme d’activités. Elle croit, dit-elle , à la motivation et à ses ressorts. Elle lance son agence de voyage, Complete Tours en 1999 et débute avec un seul collaborateur. Ce qui l’empêchera pas de fructifier son affaire et sa passion pour Agadir s’étendra à Marrakech. Mais le parcours de Lesley n’est pas dénué d’embuches. Elle devra faire face aux différentes crises que connaîtra le Maroc : le 11 septembre, la deuxième Guerre du Golfe, la Guerre d’Afghanistan, les attentats du 16 mai et celui de Marrakech. “Ce sont des épreuves qu’on surmonte. Mais c’est la nature du métier”, minimise-t-elle. Mais Lesley restera au Maroc et prépare même la relève.» Pour une européenne, il est plus facile de vendre le Maroc à l’étranger», dit-elle au passage modestement. Mais il est évident, que cela relève d’un indéfectible attachement au Royaume. Bienvenue my lady.

 

Bio express

1951 : Naissance à Newcastle
1969 : Diplôme de la “Grammar School” de jeunes filles
1971 : Diplôme de business de l’Université de New Castle
1981 : Arrivée au Maroc
1999 : Fondation de Complete Tours

 

L’entreprise

Complete Tours est une agence de voyage fondée en 1999. Elle opère à Agadir et Marrakech et ·sur l’Afrique du Sud, les USA, la Chine et l’Inde.

 

La face cachée

Le sport ?
Ce n’est un secret pour personne, je suis une fan de football. Je supporte tout naturellement l’équipe de Newcastle.

La lecture ?
J’adore lire. Je m’intéresse à tout, mais essentiellement des romans. Mon oeuvre préférée est Orgueil et Préjugé de Jane Austen.

La télévision ?
Je regarde surtout des documentaires. J’aime apprendre de nouvelles choses, sur tous les sujets, comme l’archéologie, la nature ou encore l’histoire.

Les voyages ?
J’aime voyager et je découvre de nouvelles destinations en parallèle avec mon travail. A chaque déplacement, je prends quelques jours pour découvrir le monde et la culture.

Le cinéma ?
C’est un moyen d’échapper au quotidien et de se détendre. Malheureusement, je n’ai pas le temps d’aller au cinéma au Maroc. Mais à Londres, j’ai vu le dernier James Bond.

La musique ?
J’écoute un peu de tout, sauf le Rap. J’aime les musiques mélodiques et rythmées. Adèle, ou encore Amy Winehouse ou encore Michael Bublé (photo).

 
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