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L’Hôpital public, une exception marocaine de plus

Comme tout marocain, mes visites à l’hôpital datent pour la plupart de mes premiers mois d’existence. C’est après quelques années que vient la réticence d’y poser les pieds et surtout quand il s’agit d’un hôpital public. Malgré ce que cela laisserait entendre, le marocain est très attentif à sa santé et sa confiance dans cet établissement ne peut être mise en question. C’est simplement qu’il a l’intime conviction qu’il a plus de chance de se faire soigner en laissant faire la nature ou enfaisant appel aux recettes magiques de sa grand-mère. Il reste à signaler que le marocain est parfois un visionnaire qui n’aime pas habituer son système immunitaire à la paresse. Ceci dit, et pour des raisons que je n’étalerai pas, je me suis retrouvé contraint de visiter un hôpital casablancais très connu et j’en sors avec des histoires et des remarques riches en enseignements. Je vous recommande vivement de prendre votre souffle car l’absurdité ténébreuse de cet article et l’odeur du désinfectant qu’il dégage pourraient vous asphyxier.


Le personnel est visiblement sous le choc après le vol et l’agression qu’a subi une femme médecin à l’intérieur de l’hôpital. Personnellement,je tiens à rendre un vibrant hommage au courage de cet homme qui s’attaque à un médecin en fonction. Je n’ai aucune informationsur l’existence d’une ligne de conduite des agresseurs, mais il est certain que même avec une notion du bien et du mal aussi biaisée, les agressions contre des gens tels que les médecins en fonction, les malades agonisants ou les vieilles dames seraient interdites par le syndicat des voleurs et agresseurs.

Avec la carte RAMED, l’hôpital a connu l’émergence d’un nouveau genre de patients.  Tellement négligés dans le passé, ils ont l’impression que cette carte est là pour leur offrir un accès VIP, des privilèges et une sorte d’ascendant  hiérarchique sur le personnel. La dame chargée de la prise de rendez-vous traitée de toutes sortes de noms d’oiseaux parce qu’elle demande au détenteur de la carte de faire une copie est apparemment une scène du quotidien. Certes, elle ne le dit pas avec autant de tact que quand on vous demande d’attendre quelques minutes pour votre Big Mac, mais cela ne justifie en aucun cas tant d’agressivités verbales.

De tous ceux qui travaillent dans cet hôpital, les corps frêles des stagiaires sont les plus marqués par la difficulté de ce métier. On m’informe que les filles sont souvent confrontées à des clients pénibles et grossiers. Même allongés, ces derniers trouvent toujours le moyen de balancer quelques mots pour charmer ces jeunes demoiselles. Comment peut-il échapper à ces sacrés charmeurs que même en cas de coup de foudre ou d’amour du premier regard, les hémorroïdes ou un toucher rectal sont là pour inhiber le désir ? Et même si ce n’est qu’une paupière ouverte, l’odeur du sang mêlée à celle du désinfectant ne favorisent aucune forme de romantisme. Il est intéressant de signaler que les infirmières ne sont que rarement en proie à ce genre de comportements.

Jusque-là, j’ai évité volontairement de parler de ces histoires hallucinantes dont seul le Maroc a le secret. Je suppose que vous en connaissez assez. Des femmes qui partagent le même lit, des gens qui perdent la vie à cause d’une négligence ou du manque de moyens. Pendant l’interminable attente, les « habitués » peuvent vous en citer une centaine, vous donnant une seule envie : fuir et ne pas se retourner. Les plus optimistes disent que le personnel ne peut endosser la responsabilité de ces cas, puisqu’il fait avec les moyens du bord. Toutefois, une rumeur qui est parvenue à mon oreille m’a fait frémir. On parle de chambres VIP, avec deux lits et une télévision, réservées aux connaissances et aux familles de certaines personnes exerçant dans cet hôpital. J’aimerais leur accorder le bénéfice du doute, mais à voir l’assurance avec laquelle les patients affirment ces propos, j’en reste perplexe.

Sorti de l’hôpital, j’ai des sentiments mitigés. Heureux d’en sortir sur mes pieds et inquiet pour ceux qui y sont toujours. Mais j’en sors aussi avec une conviction inébranlable. L’adage « mieux vaut prévenir que guérir » est marocain.

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