Dossier

L’idéologie contre une éducation performante

Le blocage sur la langue d’enseignement des matières scientifiques est purement idéologique. L’avenir de notre jeunesse mérite mieux.


Le vote de la réforme de l’éducation paraissait acquis puisque les chefs des groupes parlementaires avaient trouvé un consensus. Mais c’était sans compter l’ancien Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. Celui-ci a fait de la question de la langue d’enseignement des matières scientifiques un casus-belli, menaçant de quitter le parti. Le PJD a préféré le blocage à son «propre» éclatement.

Le texte peut passer sans le vote des islamistes mathématiquement, que l’on compte en arabe ou en français. Mais politiquement, cela serait explosif. Si le texte passe avec les voix de l’opposition sans celles du parti qui dirige la coalition, cela signifie que nous sommes face à une nouvelle majorité. La Chambre des Conseillers est entrée dans la danse, elle va voter le texte avant la première Chambre mettant, dans l’embarras le gouvernement et son Chef, qui est à l’initiative du projet de loi.

« Dire que l’école est en faillite et plaider pour la continuité est une folie »

Derrière ces péripéties politiciennes, il y a une vraie bataille idéologique. Le courant conservateur a toujours considéré que la langue d’enseignement fait partie de l’identité. Ce qui n’a pas empêché ses dirigeants de mettre leurs enfants aux missions étrangères, soit dit en passant. Dans cette conception, l’école n’est pas le lieu de la transmission du savoir, mais la fabrique de bons citoyens aux normes qui sont celles de ce courant. Parce que l’arabe est la langue du Coran, aucune langue étrangère ne devrait le supplanter pour aucune matière au risque de dénaturer, d’occidentaliser notre jeunesse et donc le citoyen de demain. Le fait qu’aucun marocain ne parle l’arabe au quotidien n’altère pas le raisonnement pour ses tenants.

La langue n’est pas un véhicule neutre, c’est entendu. La maîtrise des langues étrangères est un signe d’ouverture sur d’autres cultures, d’autres civilisations. Cela n’a pas empêché les élites marocaines bilingues de perpétuer les traditions marocaines. Les Allal El Fassi, Belhassan El Ouazzani étaient-ils occidentalisés ?

Débat abscons

En fait, ce débat vieux d’un siècle puisqu’il a débuté avec le protectorat, n’a pas lieu d’être. Il ne s’agit que de l’enseignement des matières scientifiques et c’est le pragmatisme qui l’impose. Depuis qu’on les a arabisées il y a plus de 40 ans, nous n’avons pas réussi à en faire de même à l’université, où la langue utilisée est le Français. Cette barrière de la langue a abouti à des déperditions catastrophiques aux dépens des bacheliers scientifiques. Un nombre important n’arrive pas à suivre et abandonne les filières scientifiques.

L’école ne doit pas faire l’objet de luttes idéologiques. C’est d’un consensus sur le rôle du système éducatif dont nous avons besoin. Transmission du savoir, des valeurs bien sûr, mais aussi préparation au marché du travail, pour que le rôle d’ascenseur social soit assumé, tel est le rôle du système éducatif. Or dans une économie ouverte, la maîtrise des langues étrangères est un impératif au-delà des compétences acquises.

De ce pragmatisme doit découler le positionnement des uns et des autres. Dire que l’école est en faillite et plaider pour la continuité est une folie.

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