Politique

L’Istiqlal présente ses propositions pour l’économie

Le parti de Hamid Chabat ne se limite plus à la critique, il propose des mesures chiffrées avec un agenda, une sorte de nouveau pacte gouvernemental en somme. 


L

a situation des comptes publics qui a déjà valu au Maroc, ce que Hamid Chabat a appelé un carton jaune de la part de la Banque Mondiale, permet au parti de l’Istiqlal de se distinguer par un communiqué, qui cette fois ne se limite pas à la critique de la gestion gouvernementale. Rappelant que le parti a déjà tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises, le communiqué propose une batterie de mesures, susceptible de diminuer le déficit budgétaire de 43 milliards de dirhams.

Il commence d’abord par déclarer son refus des mesures d’austérité habituelles :

– Augmentation des prix

– Gel des salaires

– Suspension du recrutement dans la fonction publique

Le communiqué rappelle ensuite les engagements du gouvernement  en matière de lutte contre les prévarications et l’économie de rente et situe dans ce cadre son train de mesures qui s’articule comme suit : Renforcement des recettes fiscales et spéciales : il devrait rapporter 27,8 milliards de dirhams. D’abord par la diminution de la dépense fiscale à travers la réduction des exonérations et régimes spéciaux. Sans spécifier lesquelles, parce que la réduction ne porte que sur 6 milliards de dirhams. Ensuite, c’est la réduction de la masse du « reste à payer », l’effort dans le recouvrement et la lutte contre l’évasion fiscale qui sont mis à contribution. Sur l’aspect recettes, le communiqué préconise l’amélioration des recettes spéciales à hauteur de près de 13 milliards. Les établissements publics, les collectivités locales dont l’excédent est estimé à 24 milliards de dirhams et les comptes d’affectation spéciale sont les pourvoyeurs potentiels de ces recettes.

Cependant, le volet le plus intéressant concerne la rationalisation des dépenses de la Caisse de Compensation et la récupération de la valeur du soutien des catégories riches et aisées. Deux remarques, le projet ne prévoit que 14 milliards d’économie sur une enveloppe de 60 milliards, les mécanismes de la récupération ne sont pas précisés. A part ces deux remarques, on est en face d’un vrai projet ficelé alternatif à celui du PJD. La réforme de la gouvernance de la Caisse de Compensation touche les produits pétroliers, par la limitation de l’utilisation du gaz butane, la révision de la structure des prix du carburant. Le contrôle plus strict des sociétés bénéficiaires du soutien est aussi recommandé.

La récupération du soutien auprès des catégories aisées (7,7 milliards) concerne les établissements publics, les collectivités locales qui utilisent du fuel pour la production d’électricité. Les sociétés produisant les boissons mais aussi les gâteaux et les sucreries. Les entreprises dont le bénéfice dépasse 1 million de dirhams et qui utilisent du gazoil. Les hauts revenus et les voitures de luxe seront surtaxés.

L’Istiqlal propose une véritable réorientation de la politique économique tenant compte de l’impératif encouragement aux exportations. Une idée originale consiste en la création d’une instance de réconciliation économique, dispositif censé rétablir la confiance. Créer 80.000 emplois dans la fonction publique, en passant par une période de formation, à l’instar du défunt service civil, est plus discutable. Le poids de la masse salariale dans le budget est une contrainte structurelle dont toute aggravation, en situation de crise est une aberration. Les fiscalistes, les secteurs touchés par les mesures proposées vont sans doute réagir dans les jours qui viennent. La majorité devra trouver un terrain d’entente entre les propositions du PJD et celles de l’Istiqlal. Le programme gouvernemental, sur la base duquel a eu lieu le vote de confiance, est donc caduc. 

 
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