Economie

L’optimisme circonspect d’Abdellatif Jouahri


Bank Al Maghrib (BAM) maintient son taux directeur inchangé à 2,5% et prévoit un taux de croissance pour l’année 2015 de 4,6%. A l’issue du conseil trimestriel de BAM, Abdellatif, Jouahri, Wali de la banque centrale a livré, comme à son accoutumée, ses commentaires plutôt encourageants sur la situation économique actuelle, mais a aussi exprimé ses préoccupations.

Habitué à cet exercice trimestriel, Abdellatif Jouahri a passé en revue les principales évolutions économiques et financière sur les marchés internationaux comme au Maroc. Dans l’ensemble, le Wali de la banque centrale s’est voulu optimiste, du moins rassurant, sur la dynamique économique nationale, prenant acte du bon comportements des principaux indicateurs macroéconomiques, mais aussi des défis qui restent à relever, et qui ne relèvent pas forcément des prérogatives de BAM.

La croissance économique sera finalement supérieure à celle enregistrée en 2014 (2,4%), soit autour de 4,6%, grâce notamment à une récolte de 115 milliards de quintaux ; une performance qui n’a pourtant pas empêché la destruction de 58 000 emplois dans le secteur agricole. Jouahri est en effet quelque peu soucieux, quand il constate qu’en outre « les activités non agricoles ne décollent pas », compte-tenu d’un PIB non agricole qui « a décéléré de 3,4% à 3,1% ». Une préoccupation légitimée des prévisions qui font l’hypothèse d’« une compagne agricole normale » en 2016, ce qui engendrera une « croissance (qui) devrait revenir à 2,4% » l’année prochaine.

La bonne nouvelle provient, elle, de l’allègement de 20,4% du déficit de la balance commerciale à fin août 2015, de la réduction de 56% des charges de compensation et d’une projection d’un déficit budgétaire à fin 2015 de 4,3% du PIB, en droite ligne de l’objectif assigné par la loi de finances.

L’économie marocaine à l’épreuve de la mondialisation

« Nous ne voulons pas revenir aux méthodes administratives, nous sommes des régulateurs » a affirmé Jouahri. Le ton est donné : Bank Al Maghrib évalue, conseille, propose, consulte, établit des rapports, rappelle à l’ordre quand cela est nécessaire, mais en aucun moment n’imposera son avis, une vision voire une certaine façon de faire. Une manière implicite pour lui de rappeler, à l’occasion d’une question sur les déboires de la Samir, les principaux acteurs économiques nationaux, publics comme privés, à leur responsabilité, face une mondialisation galopante et une globalisation encore plus effrénée.

C’est le cas par exemple quand il s’agit pour Jouahri de se prononcer sur la perspective d’un changement de régime de changes. « Le passage au régime flexible est indiqué », a-t-il d’abord exprimé, expliquant que « les études sont prêtes », mais se gardant toutefois de tout zèle en la matière. « Ce passage nécessite des prérequis », affirme Jouahri, au premier titre desquels figurent « la soutenabilité budgétaire », soit un déficit et un financement à des niveaux acceptables ; « un secteur bancaire préparé », essentiellement en termes de disponibilité de l’information en temps réel, voire en matière de comptabilité ; « des opérateurs économiques préparés, ce qui m’inquiète » a-t-il lâché, expliquant en effet que dans le cadre d’un régime de changes flexibles, « les taux peuvent être manipulés, ce qui nécessite une capacité des opérateurs économiques à suivre », en termes de gestion de l’investissement notamment ; et enfin « l’élaboration d’un modèle général de prévision économique » pour le Maroc, expliquant simplement en bon pédagogue que « la mondialisation va imposer des choses pour lesquelles il faut être préparé ».

A ce titre, Jouahri donne sa vision du modèle économique national, qui « ne peut être basé sur la seule consommation, du fait des répercussions possibles sur la balance des paiements et des charges de compensation ». La clé, réside pour lui, dans la « compétitivité des entreprises nationales à l’extérieur (qui) est un facteur essentiel », plaidant toujours pour « une diversification des marchés et le positionnement sur des produits à forte valeur ajoutée ».

Quelques interrogations constructives

Cette réunion trimestrielle du conseil de BAM a apporté finalement autant de précisions que de questionnements. Pour Abdellatif Jouahri, si « le Maroc reste une destination formidable », la relance économique gagnerait à approfondir certaines questions. Sur la marché du travail d’abord, où le taux de chômage a diminué pour se stabiliser autour de 8,7%, mais où le taux d’activité a également baissé, amenant le Gouverneur de la Banque centrale à se demander si « les gens sont tellement découragés qu’ils ne s’inscrivent plus ». Ou dans le domaine du financement de l’économie, qui se caractérise actuellement par une baisse des crédits, due à une baisse de la demande des entreprises. « Quand nous interrogeons les banques sur ce sujet, elles nous répondent qu’elles ne voient pas de projets » indique le Wali de BAM, de demandant si cette situation ne révèle pas une certaine forme d’ « attentisme », et regrettant presque que « seuls l’habitat et la consommation » puissent être en mesure de tirer leur épingle du jeu.

En attendant, la finance participative fera prochainement son entrée effective sur le marché financier national, au « début de l’année 2016 ». « Nous avons demandé aux investisseurs de nous adresser leurs dossiers avant la fin de l’année (2015) » a-t-il indiqué, précisant que BAM «  a reçu beaucoup de demandes » provenant essentiellement des pays du Golfe, dont 3 du Qatar, mais qui demandent un examen minutieux pour savoir sous qu’elle forme ces investisseurs vont opérer (en propre ou en association avec des banques marocaines) et dans quel cadre (national, régional, international).

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