Transport maritime

Marhaba 2021. Liaison Portimao-Tanger : Faut-il s’inquiéter ?

Plutôt, cet été, Le Maroc et le Portugal annonçaient des discussions bilatérales pour traiter de la mise en place d’une connexion maritime entre les ports de Portimao et Tanger-Med, visant notamment à accompagner l’opération Marhaba 2021 en renforçant le transport maritime dédié à cette dernière.


Cette nouvelle fut agréablement accueillie par le grand public, la distance entre Portimão et Tanger de 148 NM (milles nautiques) représentant un trajet à parcourir en moins de 9 heures. Mais à ce jour la ligne Portimao-Tanger n’est toujours pas opérationnelle. « Pour le moment, il n’est toujours pas possible de confirmer si la liaison sera établie. Les conditions opérationnelles du port de Portimão sont en cours d’évaluation, en collaboration avec les armateurs et diverses autorités, afin de démarrer une liaison par ferry entre Portimão et Tanger », précise le port sur son site web.

Pour comprendre les différentes raisons de ce retard, nous avons contacté une source très bien informée pour apporter les éléments de réponses à bien des questions. Un éclairage à la fois nécessaire pour stopper toutes spéculations trompeuses et toute anticipation ‘’commerciale’’ inutile. Avant tout, il est nécessaire de repréciser l’importance d’un tel projet à travers les facteurs qui le justifient et le confortent pour mieux intégrer les motifs qui expliqueraient le retard accusé.

Des potentiels et des intérêts évidents pour la ligne

En premier lieu, le réel potentiel économique et touristique existant entre les deux pays, facteur qui a naturellement motivé les deux pays à œuvrer pour envisager cette ligne. Economiquement, à considérer les 12.400 licences de transports distribuées entre les deux pays, une telle ligne directe faciliterait l’activité aux différents transporteurs. A titre d’exemple, il faut savoir que chaque camion marocain amené à se rendre au Portugal a l’obligation de passer par l’Espagne et d’utiliser donc une licence espagnole.


A ce potentiel économique, s’ajoute le potentiel du tourisme. Les portugais sont des amoureux des voyages. Ils se déplacent énormément en moto et en voiture et se déplacent via l’Espagne. Au Maroc, ce sont 100.000 touristes portugais qui ont visité le royaume avant la pandémie du covid-19. Nul doute qu’emprunter une ligne directe et ne pas avoir à passer par l’Espagne ne serait pas de refus. Une pareille liaison renforcerait non seulement notre flux touristique avec le Portugal mais serait également stratégique.

Un engagement juridique

A la lumière de ces potentiels et intérêts, il existe un engagement juridique des deux parties pour mettre en place cette ligne. Plusieurs médias ont évoqué dernièrement une certaine pression espagnole sur le gouvernement portugais. Ces déclarations sont des plus erronées. Il est essentiel de souligner qu’entre nos deux pays existe un cadre juridique. Dans ce sens, un accord a été signé en 2015. Cette ligne maritime repose donc sur un socle juridique entre les deux parties dans le but de lancer une ligne maritime pour développer les relations commerciales entre les deux pays.

Ce socle juridique témoigne de l’engagement des deux partenaires à mettre en place une ligne maritime sans référence aucune à un délai dans le temps. A signaler par ailleurs que cette ligne maritime sera mixte, pour à la fois effectuer du transport passagers et du transport de marchandises. Actuellement environ 8 lignes sont actives entre le Maroc et le Portugal pour ce qui est des ports conteneurs. Pour le Portugal, il est donc difficile, voire impossible, de se rétracter d’un pareil engagement gouvernemental et juridique.

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Accélération ces derniers mois de la mise en place de la ligne

Cette idée de ligne maritime que tout le monde suit, scrute, examine, l’ambassade du Maroc au Portugal y travaille depuis un moment. C’est l’un des dossiers majeurs de la mission marocaine au Portugal, et qui en fait le tir à ne pas louper, à transformer en but. Durant les derniers mois et semaines de cette année, il y’a eu une réelle accélération dans les procédures. La pause-pandémie a servi la tenue de plusieurs réunions en format hybride/vidéo conférence, ce qui a permis d’avancer sur le dossier.

Il nous est confirmé que les deux parties étaient arrivées à l’étape de lancement d’une étude de faisabilité de la ligne qui aurait été importante. On y aurait gagné à mobiliser des armateurs pour les interpeller et leur démontrer l’intérêt économique de la ligne. A regret, cette dernière n’a pu être réalisée pour des raisons financières, liées aux restrictions budgétaires qu’a imposées la COVID-19. En résumé, au registre temps, tous ces volets du projet ont été traités fin de l’année 2020 – début de l’année2021.

Mais la réelle impulsion, ce qui va donner cet élan qui manquait pour véritablement redynamiser le lancement de cette ligne, ce fut l’intervention royale, pour que nos compatriotes MRE rentrent au pays dans les meilleures conditions possibles et à des prix des plus attractifs, tant pour le transport aérien que le transport maritime. Cette formidable décision royale, a su mobiliser les administrations et les différents interlocuteurs concernés et a permis au projet de lancement de cette ligne de largement raccourcir les délais de son déploiement.


Bien évidemment depuis l’annonce royale, le traitement du dossier a échappé au cadre technique qui valait depuis un moment pour aller vers plus d’engagements pragmatiques et pratiques de la part du gouvernement portugais, sachant que ce dernier se concentrait sur plusieurs autres points avant cette ‘’salve’’ d’instructions royales. A titre d’exemple, le ministre du transport du Portugal ainsi que les administrations des ports de Sines et d’Algarve avaient manifesté leurs intérêts et soutiens à toutes les mesures et à tout le travail entrepris en amont sur la ligne.


Qu’est ce qui pose donc problème et retarde l’implémentation de cette ligne ?

De l’annonce de la mise en place de la ligne à aujourd’hui, beaucoup de réunions ont eu lieu, en présence du SEF (Service des Etrangers et des Frontières), de l’administration des douanes, l’équivalent de la gendarmerie portugaise qui est le GNR (Garde Nationale Républicaine), l’autorité portuaire, la police maritime…
Aujourd’hui l’un des soucis majeurs est le statut du Port de Portimao. Ce dernier n’est pas considéré comme étant une frontière externe du Portugal. En effet, il accueillait souvent des navires de croisières mais ces derniers sont tous européens, de quelque taille qu’ils soient. Il s’agit donc d’un port interne à l’espace Schengen. Pour le transformer en port externe, que de prérequis et d’éléments à mettre en place.

Ces prérequis relèvent de volets techniques, infrastructurels, d’aménagement, de confort et de normes. Ces prérequis sont européens, et pour transformer un port en interne -espace Schengen- en un port externe il faut impérativement qu’il réponde à certains standards, tels que le flux, le nombre des fonctionnaires du SEF et de la GNR, la mise en place de caméras de surveillance, de salles de repos, de salles d’intervention pour les services médicaux…


Le SEF, clé maitresse du dispositif, est un département important au Portugal. Ce dernier est aujourd’hui en phase de restructuration. Il a été dans l’œil du cyclone durant toute l’année 2020 en raison d’un problème au niveau d’un poste frontière à l’aéroport de Lisbonne. Ce dernier a connu un incident où un citoyen ukrainien a trouvé la mort dans le périmètre du SEF. Cela a conduit à la démission du Directeur Général du SEF, à un changement de direction, ainsi qu’à une restructuration de cet organisme. LE SEF est donc très exigeant sur ces questions de normes d’autant plus qu’il a été la cible des médias et la cible de pressions politiques pour le remaniement.

Le SEF ne saurait en aucun s’écarter des procédures malgré toute la pression exercée sur ses services pour lancer la ligne dans des délais les plus brefs. Ceci est un exemple des problématiques techniques à trancher. L’administration des ports de Sines et d’Algarve a conscience de tous ces impératifs, d’où la mobilisation d’un budget de démarrage pour prétendre à l’opérationnalité de cette liaison le plus rapidement possible. Une première enveloppe de 130.000 euros est déjà consacrée à la création des conditions préalables au cadre de travail nécessaire. Les prérequis étant là, déterminants, il est donc fondamental d’en tenir compte avant que toute phase de démarrage soit déterminée.

La pression de la pandémie et son rôle dans le retard

Mais outre ces prérequis, il y a un contexte, celui de la pandémie, qui retarde, handicape la progression du projet. Le Portugal a été la cible des critiques de ces partenaires européens pour avoir ouvert le pays au tourisme britannique, dont l’Allemagne, qui l’a rendu responsable de l’entrée du variant delta au Portugal.
La pression, énorme, est ainsi exercée sur le Portugal par nombre d’acteurs, nombre de contraintes. Au niveau européen, dans ce contexte pandémique, la pression interne est sur le SEF pour se restructurer et s’assurer que les conditions sont optimales avant de commencer toute action pour lancer la ligne, un SEF qui ne veut pas démarrer avant de s’assurer qu’il a la garantie d’opérer dans les conditions optimales. Un cercle vicieux à l’horizon ? Toujours est-il que tous ces éléments viennent perturber l’agenda de la mise en place.

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Pour revenir au cadre global, à nos supputations et questions, dans les déclarations nous avons recueillies, l’accent est mis sur l’intérêt manifesté par le gouvernement portugais, par les élus locaux tels les maires de Portimao et de la région d’Algarve qui ont exprimé leurs intérêts à plusieurs reprises. Mais les différentes et nombreuses contraintes techniques et environnementales ne sont pas occultées et sont rappelées à chaque fois. Nous retiendrons également les propos nous disant que parmi les obstacles et contraintes rencontrés, des partis d’opposition ne chôment pas, exerçant des pressions sur le gouvernement. Et c’est tout un débat local sur le sujet qui est déclenché, d’autant que cela coïncide avec un contexte électoral régional. Ce qui n’est donc pas négligeable comme facteur et à prendre à considération.


Est-ce que les voisins espagnols exercent une pression ?

Des interlocuteurs bien informés, rejettent en bloc cette idée de pression. Ils considèrent bien malvenue toute pression par le voisin espagnol, sachant que de toute façon, il y a un accord, là depuis près de 6 ans, et qui ne peut s’inscrire ni même être évoqué dans le contexte de crise entre le Maroc et l’Espagne. Au final qu’en est-il donc de cette date de lancement, d’opérationnalité, la question qui cherche réponse. Les dates du 15 juillet ou du 1er Aout 2021 sont avancées pour le lancement de cette ligne, mais cela n’est qu’hypothèse pour l’heure. D’où la recommandation pour toute personne prévoyant d’utiliser le port de Portimao pour se déplacer au Maroc, avant de prendre un ticket de s’assurer de l’effectivité de la ligne et de se conformer aux sources indiquées pour obtenir le ticket.

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Notre source, que nous interrogions quant à la suite réservée à ce projet, quant à ce qu’elle en pense, elle demeure optimiste estimant qu’il y a des signes encourageants, dont la dynamique royale récente, mais aussi les similitudes que partagent nos deux pays. A titre d’exemple, le Maroc et le Portugal ont tous deux des communautés importantes qui résident à l’étranger, et les deux pays accordent une attention particulière à leurs communautés respectives, les inscrivant au cœur de leurs actions et des dispositifs à mettre en place pour leur faciliter tout contact avec le pays d’origine. Cette liaison maritime qui aura fait couler beaucoup d’encre tarde à voir le jour mais une chose est sure : ce projet ne sera pas enterré au vue des différentes attentes et intérêts qui existent autour de cette ligne.

 
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