Tribune

Maroc Espagne ou crise de confiance [Par Abdelkader Lecheheb]

Le Maroc et l’Espagne traversent actuellement une période extrêmement difficile en raison de l’accumulation de divergences entre les deux États. Pourtant les deux pays ont construit leur relation sur la base d’un partenariat stratégique, dont les objectifs étaient de densifier les liens d’amitié et de voisinage et de raffermir la coordination entre eux dans tous les domaines.


En dépit de certaines frictions liées à Sebta et Melilla, au Sahara Marocain, la volonté des deux pays était de faire en sorte d’immuniser les relations bilatérales de toute onde de nuisances. Ainsi, il a été décidé d’installer un téléphone rouge entre les deux capitales pour prévenir tout malentendu qui pourrait surgir entre elles.

Sauf que l’Espagne a failli lamentablement à ses engagements en accueillant dans des conditions honteuses et de tromperie avérée Brahim Ghali, le leader du Polisario (avec faux passeport, fausse identité en l’occurrence Mohamed Bettouche). De ce fait, l’Espagne s’est comportée aux antipodes d’un partenaire stratégique, loyal et fiable.

La composition de la coalition gouvernementale espagnole n’explique pas tout. Il est vrai que Podemos, connu pour ses pitreries et ses balivernes vis-à-vis du Maroc et «Vox antimorisque». De toute évidence ces deux partis ont grandement contribué à la dégradation des relations maroco-espagnoles.

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On peut aussi reprocher à l’ex-ministre des Affaires étrangères son parti pris manifeste et sa collusion avec les adversaires du Maroc. Cependant le chef du gouvernement, Monsieur Sanchez est tenu pour responsable pour non-respect de ses engagements. Voilà un pays avec lequel vous êtes liés par un partenariat stratégique qui requiert la bonne foi et un comportement loyal et respectueux des intérêts de l’autre partenaire.

Or l’affaire Ghali, chef du Polisario, poursuivi par la justice espagnole pour crimes de guerre, enlèvement et séquestration à l’égard de nationaux espagnols a révélé les turpitudes et l’ignominie du gouvernement espagnol à l’égard, tant avec les nationaux espagnols que du Maroc. Les relents colonialistes d’une époque surannée et anachronique refont surface, par enchantement sur les plans médiatique et politique, etc. Isabelle la catholique, en croit rêver, renaît de ses cendres.

Comment un compromis deviendrait-il une compromission, basée sur le mensonge et la tromperie. Or, le partenariat stratégique nécessite au contraire d’être nourri par la confiance, la fiabilité et le respect de l’autre partenaire. En droit international, le partenariat stratégique suppose que les partenaires doivent poursuivre les mêmes objectifs et s’allier à cet effet. De toute évidence l’Espagne n’a pas honoré ses engagements en corrodant l’accord tant au niveau du contenu que de ses objectifs.

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Les premières attaques furent lancées lorsque les USA ont reconnu la souveraineté marocaine sur l’entièreté de son Sahara. L’Espagne a voulu que Monsieur Biden revienne sur la décision de Monsieur Trump. Cette dernière travaillait en coulisses pour contrecarrer le Maroc à l’effet de confirmer la marocanité du Sahara. La préméditation a en effet sous-tendu l’action de ce pays attiré par circonstance dans cette manœuvre par l’Allemagne, pour des raisons économiques et politiques (affaire de la Libye).

En tout état de cause, le partenariat stratégique a produit quelques résultats tangibles. L’Espagne s’est accaparée du premier rang en tant que premier partenaire commercial du Maroc, une coordination sécuritaire exemplaire, une coordination sur l’immigration plus ou moins réussie. Le partenariat en somme progresserait entre les deux pays voisins. On s’attendrait que lorsque les relations s’accroissent entre les deux pays, il y aurait par conséquent une augmentation de frictions entre eux.

Cependant, tous ces acquis ont été mis en péril par l’Espagne par son entêtement et sa mauvaise foi dans cette crise. Elle s’est comportée dans ce contexte de façon sibylline et non cohérente. Comment venir à bout de cette difficulté et dépasser cette crise qui s’est installée depuis presque quelques mois ? Les intérêts des deux pays y ont en effet pâti. L’instauration de la confiance est un préalable nécessaire dans ce cadre.

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L’accord de partenariat devrait repartir sur des bases nouvelles et solides, la clarification des positions des uns et des autres est d’autant plus souhaitable. Il est temps que la confiance puisse intervenir hic et nunc pour que cette relation soit inscrite dans la durée au profit des deux peuples et des deux états. Une discussion approfondie doit avoir lieu aux fins de résoudre les questions afférentes au Sahara marocain, à Sebta et Mellilia et à la délimitation des frontières maritimes ,entre autres. Si on règle ces problèmes, on laisserait une chance au partenariat d’exister et de plus belle.

Les prémices d’une solution sont corroborées par les gestes et déclarations provenant des deux pays. Ainsi le fait que Sa Majesté le Roi Mohammed VI n’ait pas fait état dans le dernier discours du trône des problèmes avec l’Espagne a été interprété comme un geste de bonne volonté pour tourner la page de ce fâcheux incident. Le Roi d’Espagne et son 1er Ministre ont été dithyrambiques à propos de leurs relations avec le Maroc. Il paraît que l’Espagne est enfin disposée à s’entendre avec son partenaire prioritaire et à établir un espace de sécurité ,de stabilité et prospérité partagée pour le bien de la région.

Par Abdelkader Lecheheb, Ancien Ambassadeur du Royaume à Toronto, Tokyo et Pékin.

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