Maroc-Portugal

Maroc – Portugal : des partenariats stratégiques win-win

Autant le Maroc est une porte d’entrée pour l’Afrique de l’Ouest, le Portugal l’est pour le monde lusophone. La grande ambition des Marocains se porte vers la future superpuissance qu’est le Brésil, en plus de pays riches comme l’Angola et le Mozambique. D’un point de vue économique, les deux pays ont tout à gagner à travailler ensemble : le Maroc en retour d’expérience et d’expertise dans le domaine de l’habitat et du BTP, le Portugal en termes d’investissements dans un pays riche en potentialités.


L

a conférence “Maroc-Portugal un partenariat stratégique” était l’occasion d’aborder les synergies possibles sur des questions d’habitat, de BTP et de Tourisme. Pour Jamal Kilito, directeur délégué de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT), le marché portugais est, en lui même, un marché restreint. Ainsi, selon l’Office, les lusitaniens ne représentent à eux seuls que 70 000 touristes en année normale, en progression annuelle de 16% pour la période allant de 2005 à 2011. “Ces bons résultats auraient pu être meilleurs si, dès le départ, les compagnies aériennes avaient mis les moyens pour desservir cette destination,” regrette cependant Abdellatif Achachi, directeur de la délégation de l’ONMT au Portugal. Cependant, le Maroc est rapidement devenu une destination phare grâce au projet de Saïdia. Il va sans dire que cette montée en puissance du Maroc s’est rétractée suite à la crise. En effet, le gouvernement portugais a alors pris des mesures d’austérité qui ont conduit à la suppression des allocations de vacances et des subsides de Noël. Concrètement, cela correspond à la suppression du treizième et du quatorzième mois, baisse de revenus qui grèvent d’autant la consommation des ménages que leur capacité à voyager. Mais d’un point de vue plus factuel, le Portugal ne compte que 1,6 million de touristes qui quittent le pays (outgoing), ce qui en soi limite le marché du tourisme portugais. “Le vrai potentiel du Portugal est de servir de plateforme d’appel pour les clients brésiliens et ceux d’Amérique latine en général. C’est pourquoi nous appelons les responsables à travailler sur des offres jointes entre le Portugal et le Brésil. Ces derniers font un long et coûteux voyage qu’ils sont peu susceptibles de recommencer prochainement. D’où l’intérêt de leur proposer de visiter les paysages du Maroc et d’aller un peu plus loin dans leur visite,” suggère Fouad Lahbabi, vice-président de la Fédération Nationale du Tourisme. 

Pour Badr Kanouni, le Maroc doit profiter de l’expertise lusitanienne.

Les échanges touristiques penchent en faveur du Maroc 

Mais Jamal Kilito, directeur général de l’ONMT, ne partage pas ce point de vue. “Le marché brésilien ne représente que 15 000 touristes. Même si à terme, nous comptons séduire 20 à 25 000 ressortissants de la puissance verte, il ne pourra jamais atteindre des chiffres conséquents. Par contre, le type de coopération que nous pouvons développer entre le Portugal et le Maroc ferait de ce dernier la porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest, et également vers l’Afrique lusophone, vers des pays comme l’Angola ou le Mozambique.” par exemple. Mais le Brésil n’est pas un marché qui est laissé pour compte. “En quatre ans, le pays a développé sa classe moyenne qui est passée à 20 millions de personnes. 40 000 ont surclassé leur appartenance socioprofessionnelle de deux à trois crans. Ce sont d’autant plus de clients potentiels,” explique M. Achachi. Sans langue de bois, Jamal Kilito a d’ores et déjà une vision stratégique : il faut faire de nos pays des business hubs qui communiquent entre eux afin de contrecarrer la conjoncture économique défavorable.” 

Du reste, les prévisions sont déjà revues à la hausse. Ce ne sont pas moins de 200.000 touristes portugais que l’Office compte capter à terme, soit un triplement des flux actuels de touristes. Pour les responsables de l’ONMT, il faut suivre l’exemple de la Turquie qui a su saisir la balle au bond et qui a quintuplé ses flux de touristes grâce à Turkish Airlines qui est passée d’un vol hebdomadaire à neuf en 2013. L’autre phénomène que met en relief Adolfo Nunes, secrétaire général portugais du Tourisme, est que les flux de tourisme sont en faveur du Maroc. “Nous n’avons enregistré que 57 000 nuitées de marocains dans le pays. Ce qui est peu. D’autant plus que le produit portugais est attractif pour les Marocains,” regrette-t-il. 

Jamal Kilito, DG de l’ONMT a rappelé l’attractivité du Maroc en matière de tourisme pour les lusophones.

Le cheval de bataille du tourisme portugais : la santé et le bien-être 

L’occasion de poser la question de la principale barrière au tourisme marocain: l’obtention des visas. Ce que Paula Santos, administratrice de Off road travel et Viva Marrocos dénonce: “les services de l’ambassade sont trop tatillons, et parfois même insultants. J’ai des clients qui se sont sentis brimés lorsqu’ils sont venus demander un visa. A tel point, que certains Marocains préfèrent s’adresser aux espagnols, qui sont plus courtois et efficaces. Je suis portugaise et voudrais faire découvrir mon pays aux autres, mais les procédures sont trop compliquées. En outre, il n’y a pas de représentation consulaire à Casablanca, qui représente 80% des flux”, tempête-t-elle. Ce à quoi M. Nunes répond: “nous allons accélérer les procédures d’obtention du visa, mais le régime est dicté par l’Union Européenne. Nous travaillons actuellement sur ce problème.”

Par ailleurs, il pointe un travail de promotion à faire pour développer le produit Portugal au Maroc. Autre axe stratégique sur lequel travaille le responsable: le tourisme de santé. Il admet ouvertement travailler sur une offre médicale dans le pays. “Nous sommes en train de développer une offre intéressante pour que les Marocains viennent se soigner dans notre pays. Bien sûr, cela passe par des partenariats avec les compagnies d’assurances, et nous voulons proposer des packs de séjours de soins et de convalescence dans le pays”, avance le secrétaire général du tourisme. Ce n’est là qu’un des produits que le Portugal est en train de développer pour séduire le client marocain. Prochainement, les produits proposés seront des séjours de bien-être, de tourisme balnéaire, de tourisme culturel et de croisières. L’offre portugaise s’adapte, la marocaine se développe, et sur ce volet au moins, les échanges sont bien avancés.

L’habitat et le BTP marocain peuvent profiter des compétences portugaises 

L’autre point que la journée d’échange qui a été soulevé concerne le Maroc en tant que pays en chantier. Les entreprises portugaises doivent avoir leur place dans l’accompagnement de ces chantiers structurants. C’est là la profession de foi de Badr Kanouni, président du directoire du groupe Al Omrane. A cette occasion, il a réaffirmé la volonté du groupe de coopérer avec les entreprises portugaises et de profiter de leur expertise aussi bien dans le bâtiment, que dans le domaine de l’environnement et celui du développement durable. Pour lui, c’est une manière de profiter du retour d’expérience du pays dans l’efficacité énergétique, dans la gestion de l’eau et des déchets solides et liquides. Pour Mohamed Nabil Benabdallah, le secteur de la construction et des travaux publics crée non seulement des emplois, mais attire également des investissements directs étrangers au Maroc. Sa contribution au PIB ne cesse d’augmenter, a-t-il ajouté, tout en notant que les relations entre les deux pays enregistrent une croissance soutenue. Ce à quoi son homologue, le secrétaire général portugais aux travaux publics, aux transports et à la communication, Sergio Monteiro a ajouté que son pays avait besoin de pays amis comme le Maroc, qui disposent de tous les atouts pour l’implantation d’entreprises portugaises. 

Au delà de l’intensification des échanges entre les deux pays et leur coopération dans des domaines où leur complémentarité n’est pas à démontrer, se profilent des objectifs bien plus ambitieux. Il s’agit en effet d’utiliser la position du Maroc qui, par ailleurs s’impose de plus en plus sur le continent africain, pour promouvoir en commun une stratégie où chacun des deux partenaires apportera sa contribution. En somme, une politique gagnant / gagnant. 

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