Interview

«Marrakech sera la phase de la concrétisation et de l’action»

A six mois de l’organisation par le Maroc de la COP 22 à Marrakech, Abdeladim Lhafi, Commissaire de la COP 22 revient sur les grands enjeux de cet événement d’envergure planétaire. propos recueillis Par Roland Amoussou


Challenge : L’accord de Paris a été signé la semaine dernière par 175 pays à l’ONU. Cela met-il une pression supplémentaire au comité d’organisation de la COP 22 en termes de résultats ?
Abdeladim Lhafi : L’accord de Paris est un accord de décision, et Marrakech sera la phase de la concrétisation et de l’action. La concrétisation et la mise en oeuvre de ces décisions sont très compliquées, parce qu’on doit passer par une série de négociations, avec beaucoup de négociateurs qui ont des intérêts divergents, voire contradictoires. Et donc, il faudra gérer tout cela pour arriver à des accords notamment sur les émissions, sur les niveaux de contribution. Puisque, ce qui est enregistré maintenant comme contribution nous place encore beaucoup plus loin de 2 degrés. Nous sommes à 2,8 degrés. Il faut un effort supplémentaire pour arriver à 2 degrés, même si ce niveau est déjà beaucoup pour les pays insulaires, parce qu’il y a de nombreux pays qui peuvent être engloutis par les océans. Il y a aussi tout ce qui concerne les modalités de la responsabilité historique. Il s’agit là des pays qui se sont développés en polluant, en émettant beaucoup de gaz à effet de serre. Et d’autres pays qui ne se sont développés que peu, notamment dans l’hémisphère sud qui sont très faiblement émetteurs de gaz à effet de serre, et qui reçoivent de plein fouet les effets négatifs des changements climatiques. Là aussi, il y a une négociation qui va se faire pour que le Fonds vert avec les 100 milliards de dollars à l’horizon 2020 puisse profiter à ces pays du Sud, de sorte à les aider à concevoir des modèles de développement différents dans la trajectoire de l’économie verte.

Il y a là donc un enjeu très important concernant le transfert de technologies.
Les pays du Sud ont besoin de ces technologies pour pouvoir concevoir leur modèle de développement sur de nouvelles bases. Il y a aussi l’évaluation et la gestion des risques qui sont un aspect fondamental. Eu égard à tout ce j’ai dit, je pense que la feuille de route que nous avons présentée est bien fournie. Il nous appartient maintenant de prendre point par point pour arriver à Marrakech, pour certains des sujets, avec des solutions et des décisions, et pour d’autres sujets, de les faire avancer, parce que la COP 22 de Marrakech ne marque pas la fin du processus. L’idéal serait donc d’arriver à 2018 avec une mise en concrétisation des accords de Paris.

Avec l’organisation de la COP 22, le Maroc est sous les projecteurs. Alors, quelles sont vos attentes ?
Les attentes sont celles de la communauté internationale. Nous n’avons jamais été aussi proches d’un accord international qui concrétise un cheminement extrêmement long et complexe, qui a démarré depuis les années 90, bien avant le Sommet de la Terre. Je crois que là, on est arrivé à un consensus, parce que tous les Etats ont pris conscience qu’il faut agir, que l’on n’a plus de temps à perdre, et que maintenant la fenêtre de tir est réduite. Donc, il y a une obligation de réussir et de mettre cet accord en 2020 en application. Les attentes sont énormes. Il est impératif de concrétiser les accords de Paris.

Au niveau des préparatifs, où en êtes-vous ?
Il faut savoir que tout ce qui a été programmé dans l’agenda pour être au rendez-vous, avance conformément au programme. Cette semaine a connu le premier coup de pioche pour la réalisation du site dédié à la COP 22.

Et sur le plan du financement ?
Nous avons pour le moment, concernant l’organisation de l’événement, des estimations qui sont situées entre 800 et 900 millions de DH. Mais, comme je l’ai dit, ce ne sont que des estimations, car il y a le coût en valeur absolue. Et, il y a aussi tout ce qui peut être généré par l’allocation des espaces, les contributions etc. Il faut savoir que la COP22 n’est pas une conférence du Maroc tout seul. C’est une conférence de l’ONU sur le climat. N’oublions pas non plus qu’il y a aussi toutes les externalités qu’il faudrait comptabiliser.

Son actu
Le comité de pilotage de la COP 22, qu’il dirige, a dévoilé sa feuille de route du Maroc pour le Sommet mondial sur le climat qui aura lieu à Marrakech en novembre prochain. Il s’agit d’une feuille de route qui vise à faire avancer les négociations concernant la protection de l’environnement entre pays développés et pays du Sud.

Son parcours
Né le 7 septembre 1949 à Ahfir, Abdeladim Lhafi a occupé plusieurs postes de haute responsabilité, notamment au sein du ministère de l’Agriculture, avant d’être nommé en 2003 par SM le Roi comme Haut Commissaire  aux Eaux et Forêts et à la Lutte Contre la Désertification. Il est docteur vétérinaire de l’Université de Paul Sabatier à Toulouse (1974). De 1974 à 1979, Abdeladim Lhafi a occupé le poste de directeur des Haras régionaux à Oujda avant d’accéder au poste de chef du Service de l’hygiène et de l’inspection des produits animaux au ministère de l’Agriculture. En 1993, il est désigné secrétaire général du ministère de l’Agriculture et de la Mise en Valeur Agricole. Il a aussi été l’ambassadeur du Maroc en Allemagne de 1999 à 2003.

 
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