Santé

Médecins étrangers au Maroc : les médecins du privé disent non !

A quelques jours de l’examen au Parlement du projet de loi modifiant et complétant la loi n°131.13 relative à l’exercice de la médecine et destiné à réviser les conditions d’accès pour les médecins étrangers au Maroc, les médecins marocains du privé se mobilisent. Sous la houlette du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), ils ont décidé de déposer d’ici là une proposition d’amendements de la loi. Les détails.


Dès le vendredi 16 juin, la Commission des secteurs sociaux de la Chambre des représentants va statuer sur le projet de loi modifiant et complétant la loi n°131.13 relative à l’exercice de la médecine et destiné à réviser les conditions d’accès pour les médecins étrangers au Maroc. Depuis, c’est le branle-bas de combat dans le secteur de la santé, du moins du côté du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM). Ce dernier qui a mandaté trois syndicats, notamment le Collège Syndical National des Médecins Généralistes Privés (CSNMSP), le Syndicat National des Médecins du Secteur Libéral (SNMSL) et le Syndicat National des Médecins Généralistes(SNMG), ainsi que l’Association Nationale des Cliniques Privées (ANCP), a décidé de déposer d’ici là une proposition d’amendements de la loi. Pour ces représentants des médecins du secteur privé, « la loi n°131.13 relative à l’exercice de la médecine qui va être révisée veut autoriser les médecins étrangers à pratiquer au Maroc sans équivalence et sur simple proposition de «moul chekkara » ».

Pour cela, ils  ont appelé tous leurs collègues à la mobilisation pour aller au Parlement défendre la proposition d’amendement comme ils l’avaient fait en 2019 en faisant la tournée auprès des groupes parlementaires. « Cette loi est une catastrophe, si elle n’est pas amendée, sera une catastrophe pour le secteur privé », affirment-ils. Concrètement, que craignent ces professionnels marocains de santé ? A leurs yeux, de grands groupes saoudiens et turcs ont déjà signé pour installer de mégas structures clef en main, qui fonctionneraient avec des médecins turcs, indiens, thaïlandais, exerçant avec des salaires bas. « Aucun cabinet ne survivrait aux prix cassés, surtout que le gouvernement ne va même pas obliger ces structures à s’installer dans les déserts médicaux! », martèlent-ils.

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Selon un membre du Syndicat national des médecins du secteur libéral, le gouvernement ne veut rien entendre. Car, la réunion qu’ils ont tenue la semaine dernière avec Khalid Aït Taleb, ministre de la Santé, en présence  du secrétaire général par intérim de son département, du directeur du département réglementaire et contentieux de son département, de Dr Khalid Lahlou, Directeur Général de l’ANAM, et de Bouchra Meddah, directrice des médicaments et de la pharmacie, n’a abouti à rien. « Le ministre a plutôt essayé de nous convaincre  de ne pas s’opposer à l’ouverture de la médecine aux étrangers. Nous avons logiquement refusé. C’est ce qui motive notre mobilisation actuelle car il y a urgence », dit-il.

Pour rappel, la future généralisation de la protection sociale destinée à terme à couvrir 22 millions de personnes actuellement dépourvues d’assurance maladie, nécessitera des ressources humaines médicales pour sa réalisation. Le Maroc qui fait face à un déficit de praticiens a décidé d’ouvrir son secteur de la santé aux compétences étrangères. Car, selon les pouvoirs publics, le Royaume est encore loin de son objectif de mettre chaque année sur le marché de la santé 3300 nouveaux médecins sans compter que le déficit se creuse à cause de l’émigration, principalement en France, du départ à la retraite et de la retraite anticipée. Plus de 8 000 médecins marocains nés dans le Royaume exercent actuellement dans l’Hexagone. Ne faudrait-il pas les faire revenir ? Car, le Maroc qui ne compte que 27 266 médecins, dont 53% opèrent dans le secteur privé, avec un ratio de 7,1 médecins pour 10 000 habitants, est loin du standard de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) fixé à 15,3 médecins pour 10 000 habitants.

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