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Michael Rubin: « Nous devrions soutenir le Maroc davantage sur la question du Sahara »

Réagissant à chaud à l’élection surprise de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, Dr Michael Rubin l’expert et analyste américain au sein du Think Tank « American Entreprise Institute » décrypte pour Challenge la portée de l’arrivée à la Maison Blanche d’un « novice», l’impact en Amérique et sur la politique étrangère américaine sur le monde et notamment vis-à-vis du Maroc.


Challenge : Pratiquement personne ne s’attendait à la victoire de Donald Trump, comment pouvez-vous l’expliquer surtout qu’il n’est pas issu de l’Establishment et quel impact d’abord sur les affaires intérieures américaines ?

Michael Rubin : C’était un rejet d’une culture d’élite à Washington DC, qui a ignoré les gens ordinaires. En 2000 et en 2008, les Américains ont voté pour le changement, d’abord pour les républicains, puis pour les démocrates. Mais aucun des deux n’a fourni le type de changement souhaité. Les gens sont venus à Washington et sont devenus très riches, alors que les gens ordinaires dans les «endroits où vous survolez» (c’est-à-dire dans tout l’espace entre les grandes villes de la côte Est et les grandes villes californiennes)

Les observateurs et analystes  du monde entier ont qualifié la victoire  de Trump de tremblement de terre? Dans quelle mesure êtes-vous d’accord?

Michael Rubin : Absolument. Il a tourné la sagesse politique sur sa tête. Aucun des enquêteurs d’opinion et des fonctionnaires expérimentés des campagnes démocrates  et républicaines ne l’ont vu venir. C’est la première fois qu’un homme qui n’a absolument aucune expérience politique ou militaire remporte la présidence des États-Unis. Qu’il puisse la gérer, c’est une autre question.

Pensez-vous que le nouveau président s’en tiendra à son programme électoral?

Michael Rubin : Il va essayer. Beaucoup de ce que le président Obama a accompli, il l’a fait sur des lignes strictement partisanes ou par des ordres exécutifs. Ce dernier peut être inversé. Obama a essayé de contourner le Congrès en classant les traités comme des accords. S’il n’y a pas de ratification par le Sénat, il n’y a guère de conséquence juridique pour se retirer. Cela signifie probablement que les États-Unis tourneront le dos à l’Accord sur le climat signé par Obama. Cela signifie également qu’il y aura une application beaucoup plus rigoureuse de la réglementation en matière d’immigration.

Selon vous, quel sera l’impact de cette élection  sur la politique étrangère des Etats-Unis  sur  ses relations avec le Maroc et le dossier du Sahara, vis-à-vis du  monde arabe et le conflit palestinien israélien, et la COP22?

Michael Rubin : En ce qui concerne le Maroc, je m’attends à ce que les relations s’améliorent. Les problèmes existants dans les relations bilatérales sous  l’administration Obama ont été uniquement à cause de la conseillère de sécurité nationale Susan Rice. Il y a un problème distinct au sein du Département d’Etat qui ne reconnaît pas qu’il existe de meilleures options que le statu quo. Nous devrions soutenir le Maroc davantage sur la question du Sahara, mais, franchement, ce n’est pas quelque chose à laquelle beaucoup de gens à Washington font attention. Cela dit, l’ancien ambassadeur américain à Rabat  Ed Gabriel, est une voix que  les responsables  des deux parties écoutent et il a ainsi convaincu beaucoup de gens que le Maroc a raison sur la question du Sahara.

En ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, je ne crois pas qu’une solution se trouve en dehors d’Israël et de la Palestine. Les États-Unis continueront de soutenir une solution de deux États. Mais ce qui me préoccupe le plus, c’est de savoir si la Palestine est prête à la transition après la mort de Mahmoud Abbas qui, contrairement à Yasser Arafat, a refusé de nommer un successeur.

S’agissant du  monde arabe en termes plus larges, je m’attends à ce qu’une administration Trump reviendra à la cohérence bipartisane qui existait avant l’arrivée au pouvoir  d’Obama, c’est-à-dire, travailler beaucoup plus activement avec l’Egypte, l’Arabie Saoudite et, oui, le Maroc.

Qu’entendez-vous par cohérence ou consistance bipartisanes ?

Michael Rubin : Par là, je veux dire que jusqu’à Obama, il n’y avait pas beaucoup de différence entre les républicains et les démocrates au sujet du  Moyen-Orient. Il y avait une grande cohérence sur le conflit israélo-arabe, sur le partenariat avec l’Egypte et sur les liens avec l’Arabie Saoudite. Il y a généralement un consensus bipartisan sur la valeur de l’alliance avec le Maroc et un accord bipartisan sur pratiquement toutes les questions impliquant   les  relations de Rabat et Washington.

La déférence d’Obama envers Susan Rice et le désir de cette dernière de critiquer le Maroc ont créé un certain nombre de crises. Je vous cite à titre  d’exemple, des critiques envers le Maroc avant la visite du Roi il y a plusieurs années et plus récemment en travaillant en coulisse avec Ban Ki-moon et ses commentaires ignorants formulés à partir de  l’Algérie. Les relations bilatérales ne se sont pas entièrement rétablies, mais je ne crois pas qu’une administration Trump ferait les mêmes erreurs ni que je pense qu’une administration Clinton les aurait faites non plus.

Propos recueillis et traduits de l’Anglais par Noureddine Boughanmi

 
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