Interview

Bientôt des services aux normes européennes


L’ONCF entame un projet ambitieux qui touche aux quatre composantes principales de son offre. L’objectif est de proposer un service aux standards les plus élevés.

Challenge. Quel bilan pouvez-vous dresser sur le programme de modernisation des gares ?
Mohamed Rabie Khlie. Le déroulement du programme de modernisation des gares a commencé il y a quelques années déjà. Pour le moment, nous avons réussi à moderniser une quarantaine de gares toutes tailles confondues dont Casa-port. Cette dernière, qui reste un cas emblématique vu le nombre quotidien de passagers embarquant ou débarquant aura un traitement à part. A ce niveau, nous avons dédié un budget de 400 millions de dirhams pour la modernisation des bâtiments accueillant les voyageurs. La réalisation de ce projet sera faite sur deux phases. D’abord, la réalisation d’une gare avec trois souterrains sur une surface couverte de 33.500 m2. Cette dernière abritera un immeuble à usage commercial, une esplanade, un espace guichets, des commerces… la deuxième phase consiste en la construction d’un centre multi-services de l’ordre de 40.000 m2. L’idée est de développer le concept de la gare intégrée dans un centre de vie.

C. Quid de l’état d’avancement du projet des distributeurs automatiques de tickets ?
M.R.K. A ce niveau, nous sommes encore en phase d’essai. En effet, parmi les 60 distributeurs automatiques prévus dans l’opération, 6 prototypes sont déjà mis en service aux gares de Rabat, Marrakech, Casablanca et Mohammedia. Le reste sera placé d’ici la fin du premier semestre 2013. Cela a nécessité un budget de 36,5 millions de dirhams. Pour garantir un bon départ à ce projet, nous avons mis des hôtesses formées pour assister notre clientèle.

C. Après l’acquisition des 24 nouveaux trains, vous avez également entamé une opération de modernisation du parc. Où en êtes-vous avec ce projet ?
M.R.K. Justement, après l’acquisition de 24 nouveaux trains, nous avons lancé une grande opération de réhabilitation de la totalité de la flotte. Cette décision a été prise pour des raisons financières, le choix de la modernisation coûtant pratiquement 20% à 25% du coût d’achat. Cette opération se réalise sur deux parties. D’abord on a la rénovation, et l’amélioration de la qualité du confort de 14 trains automoteurs assurant les dessertes régionales. Ce marché de 215 millions de dirhams, qui a été attribué suite à un appel d’offres au constructeur canadien Bombardier, vise à refaire la partie technique et la partie confort dont le système climatisation. Pour le moment, nous avons rénové un seul train qui a été présenté à la presse, mardi 2 octobre 2012. Pour les 13 autres, ils seront prêts d’ici la fin de l’année 2013, soit une cadence d’un train par mois. S’agissant de la deuxième partie qui consiste à la modernisation des voitures classiques, là encore la Société chérifienne d’industrie ferroviaire (SCIF), nous a livré 100 voitures sur 350. Le reste sera réalisé progressivement à raison de 10 voitures par mois. Le budget de ce deuxième volet est de 640 millions de DH.

C. La ponctualité des trains, est l’un des facteurs principaux qui impliquent la non satisfaction des passagers de l’ONCF. Quelles mesures comptez-vous mettre en place pour remédier à cette problématique ?
M.R.K. Concrètement, il n’y a pas de statistiques officielles qui confirment que nos trains enregistrent des retards. Il s’agit tout simplement d’un problème de perception. D’ailleurs, il est important de savoir qu’au sein de l’ONCF, nous avons mis en place deux mesures pour évaluer la ponctualité des trains. D’abord, le ratio technique qui est calculé sur la base des retards enregistrés par les trains pour une période d’une année. Ce dernier indique que 8,5/ 10 trains rentrent à l’heure. La deuxième mesure consiste à l’élaboration des études de la perception client. Là encore, les passagers de l’ONCF qui ont participé à ce sondage confirment que la moyenne des trains qui arrivent à l’heure est nettement plus élevée que celle indiquée par notre ratio technique. Maintenant, on est dans une démarche d’amélioration continue en la matière, mais il est important de préciser que la progression ne dépend pas uniquement de nos efforts en interne. Car il faut savoir qu’il y a des facteurs externes, tels les cas de suicide (une moyenne de 50 par an), ou encore le vol de câbles qui sont responsables de 60% des retards.
C. Vous avez lancé plusieurs projets dans le but d’améliorer la qualité du service. Est-ce que cela ne peut se traduire par une augmentation imminente des tarifs ?
M.R.K. L’ONCF a une liberté tarifaire. Pourtant nous ne profitons pas de cette mesure pour établir des augmentations systématiques. Preuve en est, sur les dix dernières années nous n’avons effectué que deux réajustements tarifaires. Cependant, nous ne pouvons rester sur les mêmes tarifs à moyen terme. Pour cela, nous sommes en phase de préparation à l’instauration d’un modèle comme celui pratiqué par les compagnies aériennes et qui consiste à avoir un prix qui varie en fonction des périodes, et la date de réservation.

C. La rupture du contrat avec l’OCP suite à la mise en place des pipes de transport du phosphate a suscité beaucoup de débats. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
M.R.K. Pour le moment, ce dossier ne fait pas partie de nos priorités. Et pour cause, nous avons eu la garantie de l’OCP quant au maintien de l’activité. L’OCP compte aujourd’hui doubler, voire tripler sa production. Suite à cette augmentation du volume, l’office chérifien des phosphates ne va pas prendre le risque de mettre toute sa production dans les pipes. En clair, le chiffre d’affaires généré par l’activité phosphates, s’il n’enregistre pas d’augmentation, il ne risquera pas de baisser.

C. Dans le contexte actuel, une ouverture de capital serait-elle envisageable par l’ONCF ?
M.R.K. La décision est purement politique et ne peut être du ressort de l’ONCF. De mon point de vue, ouvrir une partie d’exploitation d’un secteur névralgique tel les transports ferroviaires aux privés serait intéressant pour la dynamisation du secteur. Toutefois, pour réussir l’expérience, l’Etat doit garder le contrôle, notamment en ce qui concerne le volet sécurité.

 

 

SON PARCOURS
Diplômé de l’Ecole Mohammédia en 1987, Mohamed Rabie Khlie intègre la même année l’ONCF où sa carrière va évoluer très vite. En 1996, il devient le plus jeune directeur commercial de l’établissement, avant d’être nommé en 2003, directeur général de l’Office

 

SON ACTUALITÉ
– Il vient de lancer de nombreux chantiers destinés à améliorer la qualité des prestations de l’ONCF pour mieux répondre aux attentes de la clientèle.
– Ces nouveaux chantiers concernent les quatre composantes majeures de l’offre ferroviaire, à savoir les gares, les trains, les produits commerciaux et les services.

 
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