Industrie

Mostafa Terrab, PDG de l’OCP :«nos plans de développement en cours et nos futurs investissements sont inscrits dans un développement vert»

Le groupe OCP poursuit sa dynamique de développement sous la houlette de son PDG, Mostafa Terrab. Le leader mondial du secteur des fertilisants et dérivés a en effet multiplié ses investissements dans des projets structurants ces 15 dernières années tant au Maroc que sur le continent africain. Dans l’interview exclusive accordée au journal panafricain JeuneAfrique pour sa publication du mois de Juin 2021, Mostafa Terrab évoque ainsi les différents défis du groupe, l’impact de la pandémie du coronavirus, la feuille de route de l’OCP sur les dix prochaines années, ses nouveaux projets d’investissement en Afrique…


« Le monde fait face à une épidémie inédite dans un contexte mondial marqué par l’ouverture et la circulation des personnes et des biens presque sans entraves. Au moment où les autorités nationales ont décrété l’urgence sanitaire et pris des mesures préventives pour faire face aux effets de la pandémie, le groupe s’est organisé pour assurer la résilience de ses opérations », sonne d’entrée le patron de l’OCP, qui fait partie des 500 premières entreprises africaines. « La progression de notre chiffre d’affaires dans un contexte de bas de cycle, marqué également par la plainte déposée par notre concurrent américain, est remarquable. Nous nous sommes rapidement adaptés à un marché global où nos activités sont naturellement liées au secteur agroalimentaire. Par ailleurs, nous nous sommes attachés à réduire nos coûts de production. Je saisis l’occasion pour rendre hommage à l’ensemble des collaborateurs d’OCP pour cet engagement remarquable », poursuit-il.

Quant aux objectifs du groupe pour cette année, Mostafa Terrab s’est d’abord félicité du fait que l’OCP est un acteur intégré sur l’ensemble de la chaîne des fertilisants, de la roche de phosphate aux engrais en passant par l’acide phosphorique, qui est un produit intermédiaire servant à la fabrication d’engrais et à d’autres utilisations alimentaires ou techniques.

Lire aussi | Adeline Carton: «l’UM6P lance de nouvelles formations pour la rentrée 2021-2022»

« L’intégration confère une flexibilité qui permet de s’adapter à la variété de la demande mondiale. Par ailleurs, nos ventes s’équilibrent sur les quatre continents, l’Océanie étant intégrée à notre réseau commercial Asie. Forts des orientations de Sa Majesté le roi, nous travaillons à valoriser cette ressource stratégique pour la vie qu’est le phosphore, de manière responsable et au bénéfice de toute l’humanité », précise-t-il. Sur la plainte portée contre l’OCP aux États-Unis pour dumping par son concurrent américain Mosaic en 2020, le grand patron donne des précisions clés. « Il ne s’agissait pas d’une plainte pour dumping, distorsion anticoncurrentielle qui consiste à vendre moins cher que le coût de production et susceptible d’être sanctionnée pénalement ! Le reproche portant sur le régime d’exploitation des ressources minières ne concernait pas les pratiques commerciales », rectifie-t-il.

« Je ne commenterai pas ici la décision des autorités américaines. En revanche, dès l’annonce des décisions frappant de droits de douane nos produits, nous avons réaffirmé notre intention de continuer à servir les fermiers américains. Nous évaluons toutes les options possibles pour approvisionner au mieux tout le marché nord-américain », ajoute Mostafa Terrab. En ce qui concerne la mine de Boukraa que le groupe exploite dans les provinces du sud, et au vu du regain de tension avec le polisario, Mostafa Terrab tranche. « Comme chef d’entreprise, je ne me ferai pas entraîner par des tensions voulues par les adversaires de l’intégrité territoriale nationale », assure-t-il, ajoutant que le groupe exploite les ressources phosphatées de Boukraa « en bon père de famille ».

Il a aussi relevé que la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara est un pas décisif. Sur un autre plan, notamment celui des nouvelles technologies, il s’est réjoui du fait que le groupe ait eu recours, il y a quelque mois et en pleine pandémie, à la technologie de la blockchain pour l’échange de documents sécurisés et nécessaires aux supports de paiement et à la réduction des temps de traitement des transactions commerciales (avec l’Éthiopie).

Lire aussi| Déploiement de Pathé au Maroc : le premier multiplex retardé pour 2022

Quant à la diversification du groupe dans plusieurs secteurs ces dernières années, le grand patron explique : « Deux choses sont à distinguer. D’un côté, l’accumulation de la connaissance, la formation des talents et la recherche-développement. Toutes ces missions sont dévolues à l’UM6P. De l’autre, le transfert des savoir-faire accumulés et l’intégration des innovations au niveau d’OCP. À ce titre, le digital et l’analyse des données, les innovations en matière de recherche agricole, l’eau et l’énergie sont nécessaires pour la production, l’optimisation de la supply chain, le service aux clients. Enfin, la décarbonisation et la mobilisation de ressources en eau non conventionnelles (recyclage et dessalement) sont des leviers pour le développement durable ».

Mostafa Terrab fait aussi remarquer que le groupe a mis en place, depuis plus de deux ans, une plateforme sustainability qui intègre les principaux objectifs de développement durable adoptés par la communauté internationale, y compris l’action à l’égard des communautés. L’OCP lorgne-t-il aussi le secteur de l’hôtellerie ? « Savez-vous que nous avons nos propres infrastructures hôtelières et des parcs importants de logements résidentiels, de villégiatures et aujourd’hui estudiantins ? Gérer ce parc convenablement, être arrimé à des établissements de prestige, former des cadres pour ce secteur, par l’intermédiaire de l’UM6P et de ses partenaires internationaux reconnus… Tout cela permet de générer des synergies et de nous placer avec notre partenaire, le fonds Hassan II pour le développement, au service d’un secteur stratégique pour notre pays. C’est ce qui explique notre engagement », répond-t-il.

En ce qui concerne la stratégie africaine du groupe, Mostafa Terrab explique qu’elle procède d’une conviction: « l’Afrique a les moyens de prendre en charge son destin ». « Nous tentons humblement d’y contribuer », insiste-t-il, ajoutant que l’accord signé en mars par le groupe avec le Nigéria réunit les ressources phosphatées du Maroc et les ressources gazières du Nigeria au service de l’agriculture nigériane et du voisinage immédiat de ce grand pays. Quant à savoir si l’OCP multipliera ses usines partout en Afrique, le grand patron répond : « Une entreprise qui se veut mondiale multiplie les opportunités de croissance chaque fois que l’intérêt bien compris des parties concernées est évident. La proximité permet en outre d’adapter nos produits aux besoins des fermiers pour réduire le coût des intrants. Il convient de ne pas oublier non plus que cette croissance permise par les investissements nécessaires au plus près des marchés valorise davantage le phosphore, mis ainsi au service de tous! C’est ce qui explique largement notre approche ». Le grand patron est aussi revenu sur les divers remaniement de l’état major du groupe OCP intervenus ces derniers mois. Mostafa Terrab a ainsi fait remarquer que comme partout ailleurs dans les grandes firmes, l’OCP s’adapte aux impératifs stratégiques du moment et donne leur chance aux jeunes talents en veillant à mobiliser, en permanence, l’intelligence collective du groupe dans son entièreté. Dans ce sens, il s’est félicité de l’intégration à l’OCP de l’ex PDG du groupe inwi.

Lire aussi | Les facultés privées de médecine arrivent en force !

« Notre groupe est fier d’avoir accueilli Mme Nadia Fassi Fehri, dont les compétences sont largement reconnues dans le marché des talents au Maroc. Cette dame et bon nombre de talents ont rejoint le groupe, aussi bien au niveau du corporate que de l’UM6P pour renforcer nos capacités managériales et de transformation », s’est-il réjoui. Mostafa Terrab se veut aussi rassurant sur un autre front. En effet, l’Union européenne va faire évoluer sa réglementation en abaissant le taux de cadmium admis dans les engrais, en raison de la toxicité de cette substance et ce, à partir de 2022. Alors, quel va être l’impact de cette décision sur votre exportation vers l’UE (20 % du total en 2020) ?

A cette question, le grand patron répond : « Aujourd’hui, et bien avant 2022, nous respectons les normes européennes en matière de taux de cadmium (60 ppm), alors que tous les scientifiques spécialistes de la question affirment que les taux de cette substance dans le sol sont bien supérieurs aux teneurs présentes dans les engrais. Vous le saurez bientôt, tous les engrais OCP seront conformes, et au-delà, aux réglementations les plus strictes en la matière ». « Nos plans de développement en cours, notre transformation à l’œuvre et nos futurs investissements sont inscrits dans un développement vert par le recours intensif aux énergies renouvelables, à la mobilisation des ressources aquatiques non conventionnelles, au recyclage des rejets et aux circuits courts. Dès aujourd’hui, l’énergie utilisée dans nos usines de transformation de Safi et de Jorf Lasfar est propre grâce à la valorisation des vapeurs d’eau dégagées », fait-il remarquer.

 
Article précédent

Où va l’écosystème des Fintechs ? [Vidéo]

Article suivant

Replay. L’émission «Décryptage» du dimanche 30 mai 2021