Culture

Musées du Maroc : la métamorphose

Avec l’installation de la Fédération Nationale des Musées, les espaces muséaux du Royaume hérités sont en pleine transformation. Les uns réhabilités, les autres en cours sans oublier la création de nouveaux. Des accrochages, de niveau international, sont donnés à voir dont, cerise sur le gâteau, la première biennale internationale de Rabat. Zoom.  


En 2014, le Roi inaugure le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. Un espace qui, au cours de ses cinq années d’anniversaire, est devenu le lieu incontournable de l’effervescence artistique et culturelle de Rabat, sinon du pays. Plus qu’un musée traditionnel, le MMVI, ainsi dans l’esprit de la transformation que connait la pratique muséale à travers le monde, est un lieu vivant d’exposition mais aussi d’animation culturelle ouvert à la littérature, à la musique, au cinéma et autres expressions de dame culture. 

L’exposition «Le Maroc médiéval, un Empire de l’Afrique à l’Espagne»

Suite à la signature de conventions avec des institutions de renommée internationale telles que le Musée du Louvre, le Musée Pouchkine, le Musée Pompidou, le Musée d’Orsay, l’Institut du Monde Arabe, le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, la Smithsonian, le Musée National Picasso, la Fondation Giacometti ou encore la Fondation César, le MMVI a accueilli des expositions d’envergure dignes de celles des grands musées internationaux. Outre l’inaugurale «1914-2014, Cent ans de création», consacrée à la naissance et à l’épanouissement de l’art moderne et contemporain national, le public fut convié à l’appréciation de : «Le Maroc médiéval, un Empire de l’Afrique à l’Espagne», «César, une histoire méditerranéenne», «Rétrospective Giacometti», « Face à Picasso», «Ahmed Cherkaoui, entre modernité et enracinement», «Hassan El Glaoui Le sel de ma terre», «De Goya à nos jours, Regards sur la Collection Banco de España», «La Méditerranée et l’art moderne- Collection du Centre Pompidou» «Les couleurs de l’impressionnisme, chefs-d’œuvre des collections du Musée d’Orsay», ou «Voyage aux sources de l’art, Chaïbia Talal, Fatima Hassan El Farrouj et Radia Bent Lhoucine». L’année 2019 est clôturée en beauté avec la première édition de la Biennale de Rabat «Un instant avant le monde» et dans son sillage les «Trésors de l’Islam en Afrique : De Tombouctou à Zanzibar»

Un instant avant le monde

Et le verbe fut ! Abdelkader Damani, philosophe et curateur, a conçu la première biennale de Rabat à partir de l’énoncé «un instant avant le monde». Il écrit dans «un instant avant le monde, solitude interrompue d’une biennale», livre d’art inclassable, «c’est depuis cette frontière, depuis cette mélancolie, qu’un soir à Rabat le titre de cette première édition s’est imposé à moi : Un instant avant le monde. L’arrivée aux rivages de l’océan ne donne d’autres choix que de rebrousser chemin. Il faut alors prendre la décision de faire un retour ou une remontée aux sources.» La biennale s’est clôturée officiellement le 18 décembre 2019 par des lectures de textes inspirés de son titre, lus par des écrivaines du Maroc et d’ailleurs. Une publication de leurs récits, entre prose et poésie, est programmée.

Au moment où le monde connait l’organisation de centaines de biennales d’art contemporain, à quoi sert d’en organiser une nouvelle à Rabat si elle n’apporte pas du «nouveau» ? S’est posé la question le commissaire général, avant de trouver l’idée de la consacrer aux femmes. Ainsi sont conviées des artistes marocaines et internationales, 63 artistes et collectifs d’artistes venues de 27 pays. A Rabat, elles ont apporté des œuvres, ont conçu des installations qui ont illuminé, outre le musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, divers sites de Rabat-Salé. Des œuvres, dont celles conçues dans le cadre de la carte blanche de Mohamed Elbaz, font désormais partie des fonds du Musée MVI. Un triptyque sculptural d’Ikram Kabbaj est installé, pour l’éternité, à l’entrée du musée.

En trois mois, plus de 140.000 visiteurs, dont 65% de jeunes, ont sillonné les cimaises, visionné trente films sélectionnés par Narjis Nejjar et assisté aux sept tables-rondes concoctées par Sanae Ghouati. A visiter l’accrochage du musée Mohammed VI, on est ébloui par la richesse des thématiques, des supports, des peintures, dessins, maquettes, installations et autres vidéos. L’ensemble rehaussé par une scénographie lumineuse. On passe de salles obscures aux espaces clairs, des fragments du concert mémorable d’Oum Kaltoum de Rabat en 1968, sorte d’invitée d’honneur, à la «source mystérieuse» de Khadija Tnana, installation rendant hommage à ce qu’elle voit comme instant avant le monde, l’accouchement. Des pièces archéologiques sont dispersées au long du parcours. L’homosapiens de Jbel Ighoud vient chambouler le lieu et la datation de notre premier ancêtre. Jusqu’â preuve du contraire, il est Marocain. Si le concert d’Oum Kaltoum est donné à voir à la salle Chaïbia Talal, la salle Jilali Gharbaoui abrite les œuvres d’Etel Adnan dont «l’offrande à Pablo Neruda» et les dessins et maquettes de la regrettée architecte du théâtre de Rabat, Zaha Hadid. Les tapis d’Amina Agueznay sont suspendus, «la petite fille» de Ghada Amer d’un érotisme décapant, les visages et les corps d’Amina Rezki, torturés… Nadia Benbouta revisite le Caravage et Rubens et rend hommage, via ses Moucharbiehs, à Bacchus et Dionysos proposant ainsi «une relecture de la naissance du monde, entre mixité culturelle, chaos et rêverie.» Sur tout un mur, la franco-tunisienne Mouna Jamal Siala, installe son œuvre de 44 carrés de grillages métalliques en deux tons. De l’ensemble, vu en reculant, se dégage son «Ulysse de la Hafsia». Elle reste pour moi l’une des œuvres maîtresses de cette biennale. L’exposition du musée reste accrochée jusqu’au 6 décembre 2020. Vivement les prochains rendez-vous, Fouad Bellamine, Eugène Delacroix et le Maroc, l’art contemporain africain !

Musées régionaux et ouverture sur le monde

Les autres musées et les autres villes du Royaume ont vu défiler une infinité de manifestions de qualité, à l’instar de «Le Maroc pré-romain» Musée de l’Histoire et des civilisations de Rabat, «Lieux Saints Partagés : Au croisement des trois religions monothéistes», «Voyage de Patty Birch, passion et collection» Et «Étoffe des sens, résonances, Serge Lutens, Yves Saint Laurent» au musée des confluences, Dar El Bacha de Marrakech, «Bijoux citadins et ruraux entre beauté et génie» au Musée de la Kasbah de Tanger. Au niveau international, le patrimoine millénaire du Royaume et sa création contemporaine sont donnés à voir à travers les quatre coins de la planète. Citons, entre autres, « Le Maroc contemporain» à l’Institut du Monde Arabe, «Maroc-Russie, une histoire antique partagée», à Moscou au Musée Pouchkine, «Les trésors des musées du Maroc», «Le Maroc entre hier et aujourd’hui, racines et horizons» à Abu Dhabi. Et l’aventure continue de plus belle. Pour 2020, le Maroc sera célébré en Espagne avec une exposition qui prendra place dans plusieurs musées de la Capitale Madrid : au musée Archéologique National, au musée de la Reina Sofia, au musée des costumes et à la Casa Arabe. En Chine avec une grande exposition au Musée national de Pékin.

 
Article précédent

Besoin en liquidités : BAM injecte 59,7 milliards de DH

Article suivant

Casablanca : 9ème édition de Logismed en avril prochain