Portrait

Nabil Sebti, fondateur de Nssnss.ma : Patron sans papier en France, web entrepreneur au Maroc


Il a réussi contre vents et marées. A 29 ans, ce HEC compte déjà parmi les sérial entrepreneurs qui se sont fait un nom dans le monde des affaires. De chef d’entreprise sans papier, il a été médiatisé lors de l’affaire de la “Circulaire Guéant” qui lui a valu de truster les plateaux TV français, avant de revenir au Maroc, reprendre le collier des affaires. Par Noréddine El Abbassi

Le profil de Nabil Sebti, s’identifie à celui de l’entrepreneur à l’américaine. Physiquement grand, “Baby face”, “sourire Colgate”, on n’est guère surpris, que l’étudiant Nabil ait été choisi comme porte parole du “Collectif du 31 mai”. C’était, lorsque la circulaire Guéant fut promulguée, limitant le marché du travail aux diplômés étrangers, en quête d’un premier emploi, même temporaire. C’est que le personnage n’est pas du genre à se laisser faire, ni à se laisser dicter sa conduite. En cette période critique, Nabil répondait tout à fait aux conditions d’une fonction, pleine d’embuches et nécessitant des qualités exceptionnelles. Du reste, ce seront des traits de caractère, dont il fera preuve à chaque étape de sa vie. Il a su garder le cap qu’il s’était fixé, envers et contre tous et, pourrait-on dire, contre toute attente.
Nabil est né en 1986, à Casablanca. Mais c’est à Agadir qu’il passera ses premières années de tendre enfance. Il est l’aîné d’une famille de trois enfants, dont le père est cadre financier et la mère pharmacienne. C’est donc, dans la capitale du Souss qu’il passera les dix premières années de sa vie, mais dont il ne retient, apparemment, que sa différence avec la grande métropole du Royaume où il passera son adolescence : “c’était un environnement totalement différent de Casablanca. J’ai passé dix années dans cette ville du Sud, et où j’ai commencé ma scolarité dans une école arabophone d’abord. J’ai ensuite intégré la Mission Française”, explique-t-il, comme si tel devait être le parcours normal. D’ailleurs, à chaque étape de son récit, transparaît la “morgue” d’un lauréat de grande école, avec un esprit libéral, partisan convaincu  de la libre entreprise. Avec en “prime” un langage truffé d’expressions du jargon des lauréats des grandes écoles. Si l’homme réfute sa qualité de manager au sens strict, il en a pourtant les codes.
Le virage s’opère en 1996, lorsque le père de Nabil , abandonne la Banque pour l’agence américaine US Aid. Cette dernière est basée à Rabat, mais par commodité, la famille s’installera à Casablanca, alliant la proximité avec la famille et les facilités du transport pour le chef de famille.

Un gadiri à Casa

Si le jeune Nabil reste scolarisé au sein de la Mission Française à Casablanca, le changement n’est pas pour autant important et d’un autre type. Il découvre en effet, une situation, qu’il était loin de soupçonner.  Le monde de la mission Casablancaise est en soi assez catégorisée socialement, et Nabil en fait l’expérience: “on pense souvent qu’au Maroc, il n’y a que deux classes: démunie ou aisée. Mais au Lycée Lyautey, on réalise que les séparations sont plus nettes. Mon père a joué un rôle de tampon bénéfique.  Venant d’une grande famille, et gagnant bien sa vie, il s’était attaché néanmoins, à nous apprendre la valeur de l’argent et l’échelle des valeurs. Nous avions certes le minimum requis, assuré, mais si nous voulions plus, nous devions nous débrouiller par nous mêmes. Par exemple, en s’adonnant au commerce, au marché aux puces du Derb Ghallef. De même, que nous prenions le bus scolaire, lorsque les autres avaient un chauffeur. Mon père estimait qu’il n’y avait aucune raison pour que nous ne prenions pas le bus, comme le commun des mortels. Un moyen parmi d’autres, de vivre le quotidien du marocain moyen”, se plait-il au passage, de dévoiler sa vision d’une société moins inégalitaire. Nabil livre assez facilement son parcours, s’estimant lui même “confiant”, même si dans un élan de passion, un ou deux jurons lui échappent. Mais ce n’est ni étonnant, ni choquant, mais tout simplement le reflet de son époque.
Un nouveau tournant intervient dans la vie de Nabil, quand son père publie un ouvrage sur les relations économiques et commerciales entre les Etats-Unis et le Maroc et démissionne de l’US Aid. “C’était assez dure, puisque du jour au lendemain, nous devions réduire drastiquement notre niveau de vie. Nous avons même été amenés à changer de quartier pour vivre plus modestement, dans une cité près de Hay El Hana. » Au lycée, il avoue être un élève plutôt moyen, mais qui, dit-il, va “forcer” son passage en 1ère. Il est orienté en “ES”, au lieu de la “voie royale” scientifique. Il se découvre alors, une passion pour l’économie, et du coup, dévore les ouvrages qui y sont dédiés.

Les années Prépas

Nous sommes en 2004, lorsqu’avec un bac en sciences économiques, il s’envole pour Paris où il prépare les concours aux grandes écoles de commerce. “J’ai intégré l’ESC Bessière, une prépa du groupe trois, à l’époque. C’était la première fois que j’étais le premier. Mais l’école ne préparait pas à HEC, alors que c’était mon objectif. Tout le monde, y compris mon père, me disait que je n’y arriverais pas, en raison de mon cursus. J’avais quelque chose à me prouver, et finalement je l’ai fait,” révèle-t-il d’un ton égal. Il décide de redoubler sa deuxième année, dans un lycée catholique où on lui fait un programme à la carte de mise à niveau dans les matières littéraires, notamment. Il finit par décrocher la prestigieuse HEC. Là, il fera une césure, un stage en entreprise qui dure une année et demie.
Nabil vise un stage “bras droit” mais obtient un stage en pharmacie alors qu’il dirigeait la Junior entreprise de l’école. Au bout de cette période, on lui affecte une spécialisation: “j’ai appris que je n’étais pas retenu pour le programme entrepreneur en raison de mon profil. J’ai eu une réaction d’orgueil, et je me suis dit “qui sont ces gens pour décider de mon profil?” Je suis rentré au Maroc et je suis revenu avec un contrat de distribution exclusive d’huile d’olive, à un moment où les produits naturels commençaient à être à la mode”. Ce sera sa première entreprise MSC distribution. Mais l’expérience n’est pas comptabilisée par son école, et Nabil repart en web marketing, après avoir liquidé ses parts dans l’entreprise. La même année, et avant de terminer son cursus à l’école, il fonde sa deuxième entreprise, un éditeur d’applications mobiles. Mais une mauvaise surprise l’attend au sortir de son école en 2011.

Chef d’entreprise “sans papier”

En effet, la politique de l’UMP, en charge du gouvernement à l’époque, est de limiter  l’immigration en France. On s’en prend même aux jeunes diplômés étrangers, dont on refuse de renouveler la carte de séjour. Il mettra toute son énergie pour mener à bien sa mission. L’occasion pour lui, de découvrir le monde des médias et d’en évaluer le poids. Ce qui sera un acquis précieux et une expérience inestimable. Cependant, il décidera de rentrer au pays, alors qu’il est régularisé.
Au Maroc, Nabil entame une nouvelle vie, certes trépidante, mais tellement enrichissante. Il multiplie les conférences et les cercles de réflexion, va à la rencontre des étudiants,  partage son expérience. C’est au détour d’une rencontre, qu’il est amené à participer aux Matins Luxe de Luxe Radio, en tant que chroniqueur économique. Il doit se lever à 5h du matin pour enregistrer, avant de gérer l’entreprise qu’on lui a confiée, MyDeal. Lorsque cette dernière aventure prend brutalement fin, c’est le retour sur terre, violent et brutal: “c’était dur de regarder les gens dans les yeux et leur dire qu’ils n’ont plus d’emploi, et qu’ils ne toucheront plus d’argent.” Mais on apprend de ses échecs, et lorsqu’il fonde le site d’infotainement Nssnss.ma, il plonge dans le monde des médias, qui le fascine depuis si longtemps. “Je gère l’entreprise en bon père de famille et la seule personne qui est en danger, c’est moi. D’ailleurs, je ne sais même plus ce qu’est un salaire”, conclut-il. Rencontrer Nabil Sebti n’est pas anodin, et on en ressort transformé. Comme rencontrer un monisme dans sa plus pure expression. Un pragmatisme éthique…

Challengenews
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