Interview

«Nous allons investir plus de 100 millions d’euros»

Centrale Danone entame une nouvelle ère dans le Royaume, après le retrait de son actionnaire historique, la SNI, qui l’a cédée au groupe français Danone. Didier Lamblin, qui a pris les rênes de la société en février dernier, dévoile ses priorités à court et à moyen terme.


Challenge : Comment se porte l’activité de Centrale Danone depuis le début de l’année ?
Didier Lamblin : Nous sommes dans un marché de produits de grande consommation, qui est dans une tendance de stabilité. Il n’y a pas de croissance énorme sur le marché local. Mais, je peux vous dire que le second semestre de cette année sera significativement meilleur que le premier semestre.

Vous avez pris les rênes de Centrale Danone en février dernier. Alors quelles sont vos priorités à moyen et à court terme ?
DL : D’abord à très court terme, c’est-à-dire cette année et l’année prochaine, je veux faire en sorte d’ancrer, de nouveau, cette société dans sa marocanité. Il y a eu un changement d’actionnaires qui a été voulu par l’actionnaire d’origine. Le groupe Danone a été le partenaire de cette entreprise depuis plus de 60 ans, mais même avec ce changement d’actionnaires, Centrale Danone reste une société marocaine qui travaille au Maroc, qui exporte du Maroc. Et, il faut que cela se sache et que cela se voit. C’est donc un sujet que je veux renforcer. Mon deuxième chantier, c’est de construire une équipe dirigeante de haut niveau. Pour ce faire, je passe beaucoup de temps à travailler sur la construction de mon équipe, parce qu’on ne fait pas une transformation, une accélération d’un business sans avoir une grande équipe. Je tiens aussi à bien équilibrer la croissance de nos deux business, et cela va prendre un certain nombre d’années. Nous avons un business traditionnel qui est la marque Centrale (le lait, le beurre, le fromage), puis un business plus moderne qui est la marque Danone qui regroupe les yaourts fermentés. Et, il faut que les deux soient en croissance. Cela n’a pas été le cas dans le passé. Du coup, je passe beaucoup de temps, à côté de nos produits Danone qui vont bien, à remettre la marque Centrale dans la croissance. C’est important parce que cette marque est un trésor marocain qu’on se doit de développer. Mon autre priorité concerne l’environnement et le développement durable. Centrale Danone ramasse 55% du lait marocain et fait partie des dix plus grosses sociétés marocaines en valeur absolue. Nous sommes la plus grande société de produits de grande consommation, donc nous ne pouvons pas opérer seulement pour notre bénéfice et celui de nos actionnaires et salariés. Nous devons nous préoccuper de l’environnement et de l’écosystème, et c’est pour cela que je passe personnellement beaucoup de temps à soutenir les projets comme « Hlib Bladi ». Centrale Danone a la volonté d’être un citoyen plus contributeur à l’amélioration des conditions de vie, de l’écologie du Maroc. A travers aussi des initiatives permettant d’améliorer la vie des enfants de nos fermiers. Il y a donc beaucoup de choses à faire. Nous devons donc faire des choix et les respecter.

En termes d’investissements, que prévoyez-vous sur les cinq prochaines années ?
DL : Il faut savoir que nous avons investi ces trois dernières années plus de 100 millions d’euros au Maroc. Ce que je peux vous dire, c’est que sur les cinq prochaines années, nous allons investir plus que ce montant. Après avoir racheté la société, nous allons poursuivre nos investissements pour faire en sorte que ça soit une société qui soit parfaitement conforme par rapport à toutes les régulations, et législations du pays, et même au standard Danone, qui sont au-delà de ce que le Maroc peut demander. Cela constitue le gage d’être longtemps sur le marché et de rester performant. Nous passons beaucoup de temps sur ce volet. Nous nous préoccupons aussi de l’amélioration de la qualité de service et de tout ce qui tourne autour. De même, nous n’oublions pas la sécurité de nos salariés. Le Maroc est un pays où il se produit beaucoup d’accidents sur la route, trop d’accidents de nos outils industriels, et donc on travaille énormément pour réduire, cette année encore, de 20% nos accidents. Et au-delà de toutes ces priorités que j’ai énumérées un peu plus haut, nous allons également faire des investissements qui nous permettent d’améliorer nos coûts de production, d’innover avec des produits qui parlent pour tous, et pas seulement pour ceux qui ont les moyens. Danone veut être une marque universelle, avec pour mission d’apporter la santé par la nutrition au plus grand nombre.

Concernant votre canal de distribution, y aura-t-il un changement sur ce volet à l’avenir ?
DL : Il faut savoir que dans notre chiffre d’affaires, 90% de nos ventes se font par le canal traditionnel. Et j’ai beaucoup de respect pour nos épiciers, et je veux les aider à continuer à se développer et passer leur business à leur famille. Cela représente un gage de stabilité sociale au Maroc. Nous avons en amont, les producteurs qui sont engagés dans une stabilité sociale et en aval les petits commerçants. En parallèle de cela, la grande distribution commence à prendre, mais je ne veux pas implanter la grande distribution contre les petits commerçants, car ils sont un élément clé pour nous.

Quelles sont vos attentes, en tant qu’industriel, par rapport à la COP 22 qui se tient actuellement à Marrakech?
DL : D’abord, j’ai mes attentes en tant que citoyen. Et donc, j’ai envie que les accords pris à Paris deviennent concrets, et que cela puisse être suivi de vrais engagements qui soient mesurés par tous les citoyens du monde sur le terrain. Nous devons faire en sorte, lors de cette COP 22 que le Maroc organise, que l’Afrique soit réellement prise en compte, et que dans les moyens financiers qui vont être donnés, une partie significative soit accordée au continent africain. Ceci permettra à contribuer et améliorer l’environnement en Afrique. Voilà mes grandes attentes. Le Groupe Centrale Danone est présent pendant les dix jours dans un stand à côté de l’Initiative triple A (AAA) du ministère de l’Agriculture. Le cœur de notre stand est «Hlib Bladi» (NDLR : programme d’envergure lancé par le groupe pour former 10.000 petits éleveurs à l’horizon 2020). Nous exposerons également les expériences similaires que nous développons dans les autres pays africains comme l’Egypte et le Kenya.

Quels sont les efforts réalisés ces dernières années par Centrale Danone pour réduire son empreinte carbone ?
DL : Nous avons, au Maroc, le même programme que toutes les autres filiales du groupe dans le monde entier. L’objectif de ce programme est de réduire nos consommations d’énergie, d’eau, et de réduire aussi l’emballage de nos produits, d’augmenter la recyclabilité de nos packagings. Ce programme nous a permis d’avoir, ces dernières années, un impact de réduction de 30% au Maroc. Et nous avons la volonté dans les années qui viennent d’aller beaucoup plus loin. Nous avons vraiment la volonté de mener toutes les actions qui nous permettent d’aller au-delà des 30% qu’on a déjà réalisés, parce que notre planète est, aujourd’hui, menacée, et que nous nous devons, en tant que grand industriel de nous prendwre en main et de contribuer.

Son actu
Centrale Danone présente son programme « Hlib Bladi » qui vise à former 10.000 petits éleveurs à l’horizon 2020, à la COP 22 qui se tient actuellement à Marrakech.

 

 
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