Interview

« La presse écrite marocaine est impactée par la crise économique »

Quel est votre diagnostic de la situation actuelle de la presse écrite au Maroc ?


La situation actuelle est caractérisée par une fragilité qui s’est déjà installée dans les structures de la presse et qui avec la crise qui frappe de plein fouet des pays comme l’Espagne, l’Italie et perturbe la croissance dans des pays comme la France avec lequel nous avons des échanges, fait que nous subissons de manière indirecte ses conséquences. Le Maroc, qui n’est pas totalement intégré dans l’économie mondiale, échappe à la crise financière. Cependant, il subit l’impact négatif à travers les transferts de ses travailleurs établis à l’étranger, les investissements directs et le tourisme. Nos exportations, textile en tête, pâtissent de cette situation. Toute cette ambiance impacte négativement la presse, aussi bien écrite qu’audiovisuelle, par le rétrécissement drastique du marché de la publicité, autant institutionnelle que privée. La survie des supports de presse en dépend, sachant la faiblesse frappante de la lecture dans notre pays. 

De quels maux souffre le marché publicitaire ?

La publicité est une décision individuelle, s’agissant des entreprises privées. Mais s’agissant des entreprises et des offices publics, elle doit faire l’objet de réaménagement de telle sorte qu’elle s’inscrit en soutien pour toute la presse, en fonction bien entendu de critères professionnels définis.  Ce sont des deniers publics. Et c’est là une façon de redistribuer les fruits de notre PIB (Produit intérieur brut). 

Quelles sont les véritables causes de la crise du secteur de la presse en général et de celle de la presse écrite en particulier ?

La crise économique a fait des dégâts qui ne sont pas virtuels, mais plutôt réels. L’on a assisté dernièrement à la disparition du paysage médiatique de certains titres comme « Actuel » et d’autres. Une disparition qu’on avait attribuée tantôt à la mauvaise gestion, tantôt au manque de lecteurs, ou encore à l’absence du soutien publicitaire. En fait, le Maroc, qui n’a pas subi le même sort que ses voisins immédiats (Tunisie, Lybie, Egypte..), n’a pas totalement échappé aux retombées économiques négatives qui sont d’autant plus ressenties chez nous que notre pays ne bénéficie pas d’une rente des hydrocarbures qui lui permettrait d’en user pour traverser cette impasse sans problèmes. Le secteur de la presse écrite a démontré à travers ses associations, notamment la Fédération marocaine des médias (FMM), qu’il contribuait grandement au marché de l’emploi en faisant travailler des cadres techniques et journalistiques et qu’il contribuait également à l’économie à travers le chiffre d’affaires réalisé par ses entreprises. Aujourd’hui, ce secteur est en train de revoir à la baisse ses effectifs par rapport à l’année précédente. Ce malaise est à la fois exogène et endogène. Endogène, dans la mesure où l’Etat n’a pas réussi au-delà de la subvention symbolique, insuffisante, dédiée à la presse écrite, à développer des incitations fiscales. Je citerai à titre  d’exemple la TVA sur les annonces publicitaires destinées à la presse qui devrait être revue à la baisse afin d’attirer les annonceurs. L’exonération de la TVA sur le papier profite beaucoup plus à d’autres métiers qu’à la presse écrite. Cette aide indirecte est sans aucune incidence positive sur l’évolution de la presse. Il faudrait donc mettre en place des mesures d’accompagnement pour revoir l’aide étatique à la hausse et l’étendre sur d’autres activités, en l’occurrence la presse électronique et les radios, en attendant d’ouvrir le ciel marocain pour la télévision privée. Quant aux considérations d’ordre exogène, il faut savoir que nous assistons à un recul systématique de la presse papier. On prévoit dans dix ans, de l’avis d’un nombre important d’experts, la fin de cette phase de l’histoire médiatique humaine. A mesure que l’utilisation d’internet et des nouvelles technologies s’élargit, le nombre des lecteurs de la presse écrite se rétrécit. Et cette tendance est mondiale et incompressible.  Je voudrais signaler par ailleurs l’absence de vocation médiatique chez le capital marocain. Aussi rarissimes soient-ils, les hommes d’affaires qui ont entrepris l’expérience médiatique, ils l’ont entrepris avec des moyens limités, en cherchant sans vergogne à devenir des stars de la presse marocaine avec le minimum de dépenses. 

Quel rôle la FMM joue-t-elle dans l’évolution du paysage médiatique et de la presse écrite ?

Le premier point positif à inscrire à l’actif de la Fédération marocaine des médias (FMM) est le fait d’avoir brisé un monopole de représentativité de la profession. Auparavant, il y avait la FMEJ (la Fédération marocaine des éditeurs de journaux). Une bonne partie des dirigeants de la FMM étaient membres fondateurs de cette fédération. En créant la Fédération marocaine des médias (FMM), nous avons rappelé le caractère démocratique de l’évolution de notre pays en faisant irruption dans un paysage qui semblait être voué à un seul représentant patronal et un seul syndicat.

Nous avons réhabilité ce principe démocratique en créant la pluralité, parce que le Maroc s’est inscrit depuis longtemps dans un destin pluraliste et démocratique. En plus de cela, nous avons élargi l’éventail à tous les autres médias. Nous avons été rejoints, outre les grands titres nationaux, par  la presse électronique via  son association des sites électroniques que préside Mme Fatima Touati,  les 12 radios privées du royaume dont l’association  est dirigée par M. Abderrahmane El Adaoui et l’ensemble de la presse régionale organisée au sein d’une entité présidée par M. Driss El Ouali. La Fédération marocaine des médias (FMM) regroupe actuellement 39 titres nationaux et régionaux, sans compter les radios et les journaux électroniques. Nous avons eu l’initiative, en considérant que nous sommes une association de chefs d’entreprises, d’intégrer la confédération patronale (CGEM). Une initiative innovante et inédite. Nous sommes la seule fédération représentative membre de la CGEM. Et c’est pourquoi il y a eu l’intermédiation de la présidente de la CGEM, entre la FMM et le ministre de la  Communication, pour relancer le dialogue qui a été interrompue. Nous avons ainsi trouvé une écoute et une compréhension des différents problèmes dont nous débattions et l’entente a été si parfaite qu’il a été entre autres décidé d’accorder les mêmes moyens octroyés à l’autre Fédération pour faire face aux frais d’organisation et de fonctionnement annuels de la FMM (Fédération marocaine des médias). En sus de cela, nous allons procéder incessamment à la signature d’une convention cadre de la profession comme nous allons relancer notre participation à la commission paritaire. Nous n’avons pas cherché à imposer une volonté aveugle mais plutôt à asseoir les principes démocratiques qui admettent la pluralité et nous en avons donné l’exemple, avant la réunion avec le Ministre de la Communication, à travers notre représentant, M. El Adaoui, qui a assisté à la signature de la convention entre le président de la FMEJ, M. Miftah, et le ministre de la communication. M. El Adaoui a pris la parole pour dire que le ministre s’est engagé à appliquer les observations sur nombre de dossiers. 
Nous nous inscrivons donc dans l’ouverture et la pérennité des institutions. La démocratie est un esprit et une pratique et il ne s’agit pas de créer des structures démocratiques et se comporter en anti-démocrate cherchant à  imposer une pensée unique.

Propos recueillis par Abdelkrim TALAL

 

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