Phosphates

OCP : Gestion responsable d’une ressource stratégique

Mostafa Terrab, a brillamment exposé la stratégie de son groupe à la faculté de droit de Casablanca. Présence sur toute la chaine de valeur, responsabilité sociale et environnementale, enjeux mondiaux, il n’a évité aucune question.  

C

’est le centre d’études et de conférences Links, présidé par le professeur Berrada, ex-ministre des Finances, mais aussi ex-patron de l’OCP, qui a invité l’actuel PDG du groupe OCP, Mostafa Terrab, pour une conférence sur la stratégie du groupe, mardi dernier. Devant un parterre très éclectique, à dominante universitaire, l’échange a duré plusieurs heures.

De manière très didactique, l’orateur a d’abord donné une photographie sur le marché et la position de l’OCP. Le Maroc détient 40 % du marché sur le phosphate brut, 46 % sur celui de l’acide phosphorique et seulement 11 % sur celui des engrais, qui est le plus lucratif. Il faut savoir que les prix mondiaux de la roche, du phosphate brut, sont restés stables, en nominal en plus, depuis 30 ans, alors que ceux des engrais, malgré des variations parfois sèches sont à la hausse. L’objectif, c’est acquérir 30 % du marché des engrais à la fin du programme d’investissement en cours. Il a fallu agir à plusieurs niveaux. D’abord, pour permettre à l’OCP d’accéder à des financements variés dans des conditions optimales, le groupe a été transformé en société anonyme, l’Etat restant l’actionnaire majoritaire. C’est ce qui a permis de lancer l’ambitieux programme actuel qui doit aboutir à la création d’une unité supplémentaire tous les six mois.

Terrab s’est attardé sur la stratégie des coûts. « Il faut que le Maroc reste le concurrent qui a le coût de production le plus faible ». C’est dans ce cadre qu’il faut situer le projet du pipeline. Celui-ci a d’autres vertus, en particulier environnementales, mais aussi d’économie d’eau et d’énergie, ressources rares au Maroc.

Mostafa Terrab, PDG du groupe OCP.

Vaincre les résistances

« Remettre la production à l’honneur et en même temps inspirer une posture commerciale proactive en prise avec un marché des phosphates en pleine mutation ». C’est ainsi que Mostafa Terrab décrit sa mission dans la préface du livre de Pascal Croset «l’ambition au cœur de la transformation». Pour y arriver, il faut avoir l’adhésion de toute la machine, toutes les ressources humaines. Le PDG de l’OCP explique que l’ensemble du personnel a vite compris et adhéré  au changement. Les résistances sont venues du middle-management, de l’encadrement moyen. Pour vaincre ces résistances, Terrab a utilisé l’un de ses crédos : la formation. Il a passé des contrats avec HEC et le MIT pour un cursus adapté, dont il a lui-même, avec Ammar Driss fixé le contenu et les objectifs. Cela lui permet aujourd’hui de dire « du Top-management à l’ouvrier au fond de la mine, chacun peut vous décliner avec ses mots, la stratégie de l’OCP ». Ce n’est pas la moindre de ses réussites et il a raison d’en être fier.

Mostafa Terrab s’est longtemps attardé sur les perspectives du marché des engrais. « Il y a de moins en moins de terres arables et de plus en plus d’humains ». La nécessité d’augmenter la productivité agricole est impérieuse et c’est une tendance pérenne. Les engrais ont donc un bel avenir.

Or, pour fabriquer des engrais, le phosphate est irremplaçable. C’est la grande différence avec le pétrole, qui lui, a des substituts. Le groupe OCP a développé des engrais spécifiques aux terres africaines et les a brevetés. Cela part d’un constat scientifique « c’est en Afrique qu’il y a le plus grand stock de terres arables ». L’unité dédiée à l’Afrique annoncée lors de la dernière tournée royale est la concrétisation de cet effort, où la recherche a joué un grand rôle. Le groupe OCP a d’ailleurs créé un groupement d’ingénierie qui compte aujourd’hui un millier d’ingénieurs.

Une responsabilité assumée

Les réserves en phosphates sont un enjeu stratégique énorme. Terrab a raconté qu’un grand patron américain, très écouté et très suivi sur les marchés a écrit « Le Maroc détient 85% des réserves mondiales des phosphates grâce à celui du Sahara Occidental. Il faut que l’ONU envoie des armées parce que cela menace la sécurité alimentaire du Monde ». Ce n’est pas un foldingue quelconque qui le dit, mais un patron influent.

Le patron du groupe OCP conteste d’abord le chiffre de 85%, pour lui, on est plus proche de celui de 50%. Ensuite, il tient à préciser que les réserves du Sahara ne représentent que 2% de l’ensemble des réserves nationales, dont la vraie richesse reste le gisement de Oulad Abdoun. La propagande du Polisario a toujours surestimé PhosBoucraâ, et s’appuie sur ce genre de déclarations.

L’OCP est présent sur toute la chaine de valeur. Le paradoxe c’est que nos concurrents sur les engrais, sont nos clients pour les phosphates. Les Saoudiens sont un nouveau concurrent, qui a la matière première mais produit aussi les autres composants et ont l’avantage comparatif de la proximité avec le principal marché, l’Inde. Il faut donc comprendre que c’est un marché très concurrentiel malgré la position que confèrent au Maroc ses réserves. L’objectif de 30% de parts de marché, est ambitieux et nécessite ce que Terrab appelle l’agilité commerciale.

Le marché évolue aussi, parce qu’il y a plusieurs joints ventures, croisement de capital qui ont eu lieu. L’OCP lui même a pris plusieurs participations à l’étranger. Rester attentif à ces mutations est l’une des missions essentielles du Top management du groupe OCP.

Mostafa Terrab regrette la privatisation de Fertima, qui le prive d’un outil de distribution sur le sol marocain. Il le dit en passant, sans trop d’insistance. De même qu’il rappelle que pendant longtemps, l’objectif était la production pour des raisons… budgétaires. L’Etat percevait une taxe sur la tonne produite.

Projets d’avenir

Le PDG de l’OCP sait très bien où il va et comment y aller. Son projet est une locomotive pour toute l’économie nationale et pas uniquement en termes de recettes fiscales et d’entrée de devises.

Ainsi, il accompagne les sous-traitants. « Nous en avions 900, ce qui serait normal c’est d’en avoir 12 ou 15 ». L’objectif de la rationalisation se conjugue avec un soutien à des PME nationales. D’ailleurs, il a rappelé qu’il exige des sous-traitants étrangers qu’une partie du marché soit dévolue à des entreprises nationales.

Il s’est longtemps attardé sur les événements du 20 février qui ont concerné l’office au plus haut point. Il raconte que dans toutes les villes phosphatières, il y a eu une forte contestation de la part de jeunes. L’Office a négocié avec eux directement parce qu’ils refusaient la présence des autorités. « Leur principale préoccupation, c’est la dignité ». L’OCP a reçu 95000 demandes d’emploi. « Nous leur avons expliqué et ils ont compris qu’il n’était pas possible de les recruter tous ».

 La formation, le maître mot

La réponse du Top management donne la mesure de la manière dont il vit la responsabilité sociale du groupe. 5000 jeunes ont été formés pendant deux ans pour intégrer les nouvelles unités de l’OCP. Mais en même temps, 15.000 autres jeunes ont bénéficié d’une formation d’aide à l’employabilité, leur permettant d’acquérir des compétences. Indice important, la formation comportait aussi un stage de deux mois dans une association. C’est dire la vision citoyenne du projet.

Terrab a annoncé que dès le démarrage du nouveau port de Safi, les installations actuelles seront totalement dédiées à la formation. Le groupe a accumulé une grande expérience dans ce domaine et compte, sans se substituer à l’OFPPT, en faire profiter ses partenaires locaux.

C’est le groupe OCP qui a financé, conçu, la première université polytechnique de Benguerir dont les travaux ont été lancés par le Roi, il y a de cela près d’une année.

En interne, la formation permet d’améliorer la productivité, la polyvalence du personnel, tout en lui ouvrant des perspectives d’évolution de carrière beaucoup plus rapide qu’elle ne l’était auparavant. C’est un souci permanent qui a l’adhésion de l’ensemble des intéressés. De la même manière, dans le cadre des acquis sociaux, Mostafa Terrab a d’abord pensé à l’éducation des enfants, en généralisant à tous les sites phosphatiers l’expérience de l’IPSE. Des écoles gérées par une enseigne casablancaise, La Résidence, qui offrent un enseignement de qualité, avec une participation parentale modique. Le groupe OCP participe aussi au financement de cours de langue.

Il est souvent question d’environnement quand on parle de phosphates ou d’engrais qui ont mauvaise presse à ce sujet. Là aussi, Mostafa Terrab, sans éluder la question, a mis en exergue l’esprit responsable du groupe.

Cette question est au centre de tout le process. Comme souligné plus haut, le pipeline permettra des économies en énergie et en eau. Le processus industriel est aux normes internationales les plus exigeantes en la matière. Par ailleurs, le groupe finance des projets de villes vertes à Benguerir et Khouribga pour l’instant, dans les autres cités phosphatières bientôt. De la même manière qu’il avait financé des plantations d’arbres, des centaines de milliers auparavant.

 L’OCP, en sauveur du pavillon maritime ?

Le patron de l’OCP voit dans le nouveau port de Safi, une grande opportunité pour l’ensemble de l’industrie nationale. La plateforme qui y sera installée permet des synergies importantes. L’OCP compte s’investir dans ce projet avec cette vision. Il n’est pas partie prenante dans le financement de la construction du port, assuré par le budget de l’Etat et l’ONEE, qui a construit en parallèle une centrale thermique.

Il y voit aussi une possibilité de relance du pavillon national dont la mort est programmée, puisque COMARIT et IMTC sont à l’arrêt. Si Safi devient le grand port de transport de marchandises tel qu’il est conçu, on pourrait assurer un trafic viable qui attirerait des investisseurs nationaux. Mais l’OCP tout seul ne peut pas constituer un marché solvable.

Le groupe OCP travaille sur plusieurs projets au bénéfice de l’ensemble de l’économie marocaine. « Nous ne donnons pas de nom à ces projets. Ce n’est qu’une fois qu’ils seront réalisés qu’on leur choisira une dénomination ». 

L’ingénierie est déjà en place, recherche fondamentale et opérationnelle sont lancées. On imagine bien que le millier d’ingénieurs ne planchent pas uniquement sur les problématiques propres aux phosphates.

A Jorf comme à Safi, le groupe a permis l’émergence de véritables plateformes industrielles. Sur le port de Safi, cela permettra la création de milliers d’emplois, sur un bassin sinistré.

Terrab a échangé avec la salle de manière directe, répondant à toutes les questions de manière à la fois exhaustive et très précise. Si la stratégie était le cœur de la conférence, l’assistance a débordé sur énormément de sujets. A la fin, la conviction unanime était que les phosphates, ressource stratégique étaient gérés de manière responsable et que la pérennité de la performance était assurée.

 
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