Parlement

OCP, une reddition des comptes sans complexe

L’audition d’OCP, le mercredi 18 décembre, par la Commission de contrôle des Finances Publiques de la Première Chambre du Parlement est un exemple à méditer pour l’ensemble des entreprises et établissements publics. Voici une entreprise stratégique de l’Etat qui a fait l’objet d’un contrôle de la part de la Cour des Comptes et dont Mustapha Terrab, PDG, depuis 2006, se prête parfaitement à une opération de reddition des comptes, sans aucun complexe.


Ce fut l’occasion pour Mostafa Terrab « d’ouvrir totalement les fenêtres et les portes » de ce grand mastodonte mondial des phosphates dont le mode de gestion antérieur était caractérisé par une grande opacité. En effet, l’importance stratégique et mondiale de cette entreprise est bien connue. Elle dispose de 70% des réserves mondiales de phosphates, soit 50 milliards de tonnes d’une ressource non renouvelable. La présentation de Mostafa Terrab permettra de dissiper beaucoup de brouillard hérité de l’époque antérieure et de fixer les projecteurs vers l’avenir.

En 2005, OCP produisait principalement de la matière première. Peu de transformation et donc peu de valeur ajoutée. 43% de ses exportations étaient de la roche de phosphates et à peine 9% d’engrais. Or le cours de la roche était en stagnation, alors que celui de l’engrais s’envolait. Il fallait donc entamer une transformation qualitative du mode de production de l’OCP. D’où la nouvelle stratégie adoptée, dès 2006, basée sur trois piliers : quadrupler la capacité de production d’engrais, en la faisant passer de 3 à 12 millions de tonnes par an, réduire les coûts, et mettre en place une politique commerciale flexible avec une diversification de l’offre au niveau international.

Lire aussi : L’OCP lance @tmar, une nouvelle application mobile de conseil agricole

Les réalisations concrètes ne vont pas tarder. Grâce à l’optimisation de l’outil industriel, le programme « Iqlaa » va permettre dès le début d’augmenter la production de plus de 25% et de réaliser des économies de frais de transport, grâce aux pipelines. Au niveau mondial, les coûts de production de l’OCP sont devenus les plus bas. Au niveau de l’offre, l’Office est passé de 3 formules d’engrais, en 2005, à 40 formules d’engrais customisés adaptés aux sols et aux cultures.

En fait, c’est surtout l’option stratégique de développement des activités de transformation industrielle à haute valeur ajoutée qui va permettre à OCP de « sortir sa tête de l’eau » et de se hisser sur le plan international. Le programme d’investissement 2007-2018 a nécessité plus de 70 milliards de dirhams avec 50% destinés à la création de nouvelles unités de transformation. Pour cela, l’OCP va changer de statut en devenant société anonyme, ce qui va lui permettre de lever de l’argent sur les marchés et de se libérer des contraintes juridiques, tout en évitant le piège de l’endettement.

En 2008, avec l’envolée des cours de phosphates, OCP, contrairement aux années 1970, va en profiter pour renforcer ses fonds propres et donc ses capacités d’autofinancement. Ce qui va lui permettre de financer son option stratégique d’investissements ciblés. La valorisation du groupe OCP passera de 32 milliards de dirhams à 100 milliards de dirhams en quelques mois. Les résultats sont édifiants. La capacité de production de la roche est passée de 27 millions de tonnes, en 2005, à 44 millions de tonnes en 2018, celle de l’engrais de 3 à 12 millions de tonnes. Le groupe OCP est ainsi devenu 1er producteur mondial d’engrais. Le chiffre d’affaires annuel est passé de 17 milliards de dirhams avant 2005, à près de 50 milliards, à partir de 2007. Auparavant déficitaire, OCP réalise depuis 2006, des bénéfices supérieurs à 5 milliards de dirhams.

Mais OCP est aussi à l’origine d’écosystèmes de plusieurs entreprises. 63% des dépenses d’investissements ont profité à 400 entreprises industrielles marocaines. 8400 emplois ont été créés dont 1350 ingénieurs. La contribution à l’Etat est passée de 700 millions de dirhams à plus de 5 milliards de dirhams. La dimension environnementale n’est pas négligée. Et ce n’est qu’un début. Les objectifs fixés pour les prochaines années sont très ambitieux mais réalistes. Cette réussite est due en particulier à la volonté et au talent d’un stratège disposant d’une équipe dynamique. 

 
Article précédent

"Trophées Ana Maâk" : 15 lauréats primés

Article suivant

L’APD et Microsoft s’associent pour accompagner les directeurs financiers