Interview

Omar Kettani: «l’accélération de la campagne de vaccination au Maroc augure d’une perspective économique positive à court et à moyen terme »

La campagne nationale de vaccination anti-covid a déjà enregistré plus de 4 millions de personnes vaccinées (premières doses). Une bonne nouvelle pour le royaume qui a mis en branle un plan de relance très ambitieux. Omar Kettani, Économiste et professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, analyse les impacts à court et à moyen terme de cette campagne de vaccination sur l’économie marocaine.


Challenge : Tout d’abord, en tant qu’Économiste, comment appréhendez-vous cette campagne de vaccination anti-covid en cours dans le royaume ?

Omar Kettani : C’est une campagne qui se déroule correctement pour le moment. La logistique a été bien préparée et d’une manière très réfléchie, ce qui fait que jusqu’à présent, il n’y a pas de hic. Les différentes régions du Maroc sont touchées par cette campagne, couvrant ainsi tout le territoire marocain. D’ailleurs, le Maroc a déjà franchi le cap des 4 millions de personnes ayant reçu la première dose. Donc, dans l’ensemble, les choses se passent normalement selon le schéma prévu par les autorités compétentes. Maintenant, en tant qu’Économiste, je pense que psychologiquement d’abord, le lancement de la campagne a apaisé les gens en termes de perception de l’avenir sur le plan économique. Et comme vous le savez, l’aspect psychologique se répercute automatiquement sur le social, sur l’économie aussi.

On peut donc dire que les gens commencent à retrouver peu à peu espoir en l’avenir. Par exemple, il y a beaucoup de femmes de ménage qui ont perdu leur emploi dans les maisons à cause de la crise sanitaire, et qui ne peuvent pas trouver du travail actuellement parce que les familles qui les engageaient ont peur que ces femmes de ménage deviennent des sources de contamination du virus chez elles. Alors, avec la campagne de vaccination qui se déroule bien, je pense que beaucoup de services vont pouvoir être relancés progressivement.

Autre chose: la campagne de vaccination prépare également le terrain pour la campagne touristique estivale. N’oublions pas qu’il y a au moins 1 million de personnes qui travaillent directement ou indirectement dans ce secteur. L’accélération de la campagne permet aussi de redonner confiance aux touristes qui viendront visiter le Maroc. L’autre élément aussi très important sur le plan économique est que le Maroc, dans la région MENA, est le premier en termes de pourcentage du PIB consacré à la relance économique, soit 11% du PIB marocain qui ira à la relance. A mon avis, tout cela augure de choses positives à l’avenir.  

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Challenge : Justement, quels sont les impacts, à court terme, de cette campagne sur l’économie ?

Omar Kettani : A court terme, les entreprises, qui étaient en situation de cessation d’activité à cause de la pandémie, vont pouvoir reprendre leurs activités. Il sera bien sûr question d’une relance progressive des activités. Notons qu’il y a certaines entreprises qui n’ont pas du tout arrêté leurs activités, mais qui avaient dû licencier du personnel, et qu’elles vont pouvoir recruter pour pouvoir atteindre leur niveau de production habituelle. A cet égard, les mesures qui sont prises dans le cadre de la relance économique sont importantes, et notamment celles qui ont été conditionnées à un maintien des effectifs (au moins 80%) par l’entreprise qui doit en bénéficier.

C’est donc une condition qui pousse au maintien de la main d’œuvre. De même, les perspectives au niveau de la perception de l’avenir sont positives. Le mois de Ramadan, qui est aussi un mois important parce que les besoins de consommation des ménages explosent durant cette période, approche également. Il faut aussi constater que les transferts des MRE vers le Maroc n’ont pas beaucoup diminué en dépit de la crise sanitaire. Mais, nous avons remarqué un changement selon les données officielles concernant la proportion des transferts allant à l’aide aux familles, soit 80% et ceux allant à l’investissement, soit 20%. Depuis que la pandémie s’est déclenchée, les 90% sont allés à l’aide à la famille et 10% à l’investissement. Et, il faut noter également que ces transferts s’accélèrent pendant le Ramadan. Donc, il s’agit là d’une sécurité sociale gratuite pour l’Etat marocain, d’autant plus que ce n’est pas un effort venant des pouvoirs publics. Toutefois, même si tout cela augure d’une perspective positive à court terme, il n’en demeure pas moins qu’il faut tenir encore le coup jusqu’au moment où le Maroc va atteindre 50%, voire 60%, au moins de sa population en termes de vaccination, et là il est dit qu’on aura atteint une immunité collective.

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Challenge : Est-il trop tôt de parler d’un retour à une vie normale dans les prochains mois, même si certains variants se montrent de plus en plus virulents ?

Omar Kettani : A mon avis, les variants ne devraient pas compliquer la donne au Maroc, d’autant plus que nous en avons que peu de cas à en croire les autorités. Et, c’est d’ailleurs pour que ces cas n’explosent pas que le Maroc a suspendu plusieurs liaisons aériennes avec de nombreux pays ces derniers mois. Sur ce plan, on constate une très forte rigueur des autorités. Outre ces différentes mesures, cette rigueur se traduit aussi par le fait que le gouvernement a pris la décision de prolonger l’état d’urgence de façon mensuelle, au lieu de le faire sur plusieurs mois d’affilée.

Cette prolongation mensuelle permet de suivre au quotidien l’évolution de la situation et de s’adapter au fur et à mesure. Cette prolongation sur de courtes durées permet aussi de pouvoir faire supporter psychologiquement la situation aux populations. Toutefois, le risque zéro n’existe pas. Maintenant, au vu de tous ces éléments, je pense qu’on pourrait dire qu’un retour à une vie normale serait peut-être possible à partir du second semestre 2021. Mais, avec les pertes enregistrées, dues à cette pandémie, le Maroc aura besoin de trois années pour se retrouver sur le plan économique et de quatre années pour revenir à une situation normale sur le plan social.

 
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