Agro-Industrie

Les opérateurs se préparent pour la bataille de l’Ouest

Les industriels de l’agroalimentaire suivent de très près le dossier de la demande officielle de l’intégration du Maroc à la CEDEAO. Avec un marché de plus de 300 millions de consommateurs, l’Afrique de l’Ouest constitue un gisement de croissance pour cette industrie qui envisage de faire grimper son chiffre d’affaires à l’international.


Depuis que le Maroc a fait sa demande officielle d’intégration en tant que membre à part entière de la Communauté éEconomique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les industriels de l’agroalimentaire se frottent les mains. Ils sont aux aguets et suivent de très près ce dossier qui tombe à un moment où le secteur envisage de faire grimper son chiffre d’affaires à l’international. Et pour cause, il s’agit d’un marché de plus de 300 millions de consommateurs qui s’ouvre à eux sans droits de douane. Du pain béni estiment certains patrons, qui y voient aussi une source d’approvisionnement en matières premières à bas coûts, au lieu d’importer des pays comme le Brésil ou l’Egypte. Les poids lourds du secteur rivalisent d’ores et déjà de stratégies. L’industrie, épaulée par sa fédération (FENAGRI) planche déjà sur une stratégie d’accompagnement. C’est à la faveur d’une rencontre organisée le 22 mars 2017 par la BritCham (Chambre de commerce britannique au Maroc) et le groupe Crédit Agricole du Maroc que les professionnels ont eu l’occasion de revenir sur les défis liés et surtout d’évoquer les opportunités qui s’offrent également à ce secteur, qui représente le tiers de l’industrie marocaine avec 2100 entreprises et à peu près 150.000 emplois, et pesant 4% du PIB. Pour Mohamed Fikrat, président de la Fédération Nationale de l’Agroalimentaire (FENAGRI), le secteur regorge de beaucoup d’opportunités de développement sur le marché national. « Nous avons vraiment la possibilité de faire beaucoup plus », a-t-il concédé, ajoutant que les ambitions des industriels marocains dépassent les frontières du Royaume. «Nous avons l’Afrique et le Moyen-Orient qui s’offrent à nous, sous l’impulsion de la stratégie de coopération du Souverain, notamment en Afrique », a-t-il précisé. Le marché subsaharien suscite beaucoup d’appétit auprès des opérateurs. Ils estiment que c’est un marché en pleine construction, et donc présentant une kyrielle d’opportunités pour une entreprise marocaine. Il faut dire que sur le volet international, le nouveau contrat-programme que prépare la FENAGRI sera un atout indéniable. « Le nouveau contrat-programme vise la mise en place d’un certain nombre de conditions pour permettre les investissements qu’il faut et aussi l’accessibilité non seulement au marché national, mais aussi international. C’est l’ambition de ce contrat-programme que nous sommes en train de préparer, et qui sera marqué par l’approche Partenariat Public-Privé entre le ministère de l’Industrie, le ministère des Finances et les opérateurs du privé », a expliqué Mohamed Fikrat. Dans cet élan, plusieurs chantiers sont ouverts concernant la réglementation, la normalisation ou encore la fiscalité.

Miser sur la R&D pour faire face à concurrence
Cependant, face à une concurrence de plus en plus rude sur les marchés internationaux, le secteur mise beaucoup sur la R&D (Recherche et Développement) pour faire la différence. « Nous travaillons sur la possibilité de dynamiser un ensemble d’outils que nous avons. Il y a des universités qui ouvrent des centres d’excellence sur l’agroalimentaire et aussi des instituts qui travaillent dans le secteur, et il y a aussi la volonté du Maroc de coopérer avec d’autres organismes à l’international sur ce volet », a laissé entendre le président de la FENAGRI. Il va sans dire que l’innovation aura une place de choix dans le nouveau contrat-programme. Les professionnels estiment que tous ces efforts permettront à l’industrie de proposer une offre très adaptée au marché ouest-africain, une fois que la CEDEAO aura validé la demande du Maroc d’intégrer cette organisation en tant que membre à part entière. De son côté, Hassan Khalil, directeur général de la société Dari Couspate qui exporte déjà ses produits dans une quarantaine de pays en Afrique, en Europe, en Asie, et en Amérique Latine, souligne que le Maroc jouit d’une excellente réputation à l’international et que cela constitue un atout de taille pour les industriels. Il va plus loin en faisant remarquer que la problématique de la qualité ne se pose plus vraiment pour les produits agroalimentaires marocains sur les marchés internationaux, parce que le Maroc a acquis une expertise ces dernières années. Pour sa part, Ibrahim Belkora, directeur général d’Agro Juice Processing (AJP) soutient que cette intégration à la CEDEAO va permettre aux industriels producteurs de jus de fruits de s’approvisionner en matières premières à bas coûts puisque les droits de douanes ne s’appliqueront plus, en raison de la libre circulation des biens et des personnes en vigueur déjà au sein de l’organisation ouest-africaine. « L’intégration du Maroc au sein de la CEDEAO va être bénéfique dans les deux sens. Le fait qu’il n’y aura plus de barrières douanières va nous permettre d’importer des fruits de ces pays, et aussi d’installer sur place des usines pour les transformer », a-t-il expliqué. De façon globale, les opérateurs misent également sur des partenariats avec des acteurs locaux dans ces pays pour mettre en place des projets communs à même de créer une forte valeur ajoutée. Et le secteur bancaire se dit prêt aussi à soutenir les industriels de l’agroalimentaire dans cette conquête. Selon Sanaa Bellamine, directrice du Pôle International du Groupe Crédit Agricole du Maroc (GCAM), la banque offre une panoplie de solutions pour accompagner les opérateurs. « Nous avons une stratégie commerciale complètement adaptée aux besoins des opérateurs de l’agroalimentaire. Notre objectif est de répondre aux besoins de l’ensemble de la population agricole », a-t-il insisté. L’Etablissement Autonome de Contrôle et de Coordination des Exportations (EACCE) assure également que tout sera mis en œuvre pour donner un maximum de visibilité au secteur agroalimentaire marocain à travers la participation à plusieurs salons au niveau international.

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