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Oui, cette CAN 2019 fut belle…

L’écrivain Jean D’Ormesson, dont la célébrité dépassa les frontières de l’hexagone, son pays natal, a laissé une très riche œuvre pour la littérature française et universelle. Cet auteur qui vécut très longtemps, avant de mourir le même jour que Johnny Halliday, avait choisi comme titre d’un de ses derniers livres, cette phrase « Je dirai que cette vie fut belle … ».


Ultime salut et hommage de cet homme délicieux qui croqua, avec gourmandise, dans tous les plaisirs de la vie, et qui, à 90 ans passés, essayait de faire le bilan de sa vie avant le grand saut vers l’inconnu.

« Je dirai que cette vie fut belle »… Ainsi, par une petite phrase toute simple, Jean D’Ormesson esquissait le solde de tout compte de ses années de vie, en ne conservant que le beau, le bon et le positif.

Or, il n’est pas besoin d’avoir lu toute l’œuvre d’Ormesson pour comprendre que, souvent, on ne garde du passé que les bons souvenirs. Sinon personne ne parlerait alors du « bon vieux temps » et n’emploierait plus la formule : « c’était mieux avant ».

La CAN 2019 qui s’est terminée le vendredi 19 juillet en Egypte, aura été un bon cru avec des matchs spectaculaires, du suspense, de grosses surprises et si l’on excepte les faibles affluences populaires on peut dire que l’on ne s’est pas ennuyé tout au long de ces 4 semaines passées devant les écrans de télévision. Pour l’Egypte, le pari n’était pas facile à relever, elle s’en est sortie au mieux malgré les dates inhabituelles pour une telle compétition et malgré le peu de temps de préparation qu’on offrit à l’Egypte pour remplacer, au pied levé, le Cameroun.

Rappelons qu’en début d’année, la CAF avait dégommé le Cameroun, pays initialement organisateur pour cause de retard dans les infrastructures. L’Egypte donc a sauvé la mise à tout le monde. Bien sûr, 24 équipes à caser dans des villes déjà surpeuplées, avec la canicule et les embouteillages, cela faisait craindre que l’Egypte ne se prenne les pieds dans le tapis de l’organisation. Il n’en a rien été, malgré quelques petits couacs inévitables. Et puis quel bonheur de voir des pays comme Madagascar, la Namibie ou le Bénin jouer leurs chances jusqu’au bout, créant l’indécision, mettant certains favoris hors course, bref jouer un football qui, par instants, fut plus flamboyant que celui pratiqué par les stars argentines, chiliennes ou péruviennes en Copa América, de l’autre côté de la planète.

L’Egypte ne fut pas payée de ses efforts, son équipe nationale ne passant pas le cap des huitièmes de finale. Comme le Maroc ou encore le Cameroun.

« Souvent, on ne garde du passé que les bons souvenirs. Sinon personne ne parlerait alors du « bon vieux temps »

Les pays organisateurs, le pays tenant du titre et l’éternel favori (le Maroc) boutés prématurément hors de la CAN 2019, quoi de mieux pour renforcer la crédibilité de la compétition ? La Tunisie, pays miraculé après ses éclipses du premier tour, alla jusqu’en demi-finale, alors que l’Algérie qui se cherchait et dont les supporters grognaient juste avant la CAN, s’est offert une finale de toute beauté. Elle y affronte le Sénégal qui n’a jamais été aussi séduisant depuis longtemps. Le Sénégal a été à la hauteur de l’attente, au contraire de l’Algérie qui en décrochant le jackpot de la finale, a démenti tous les pronostiqueurs qui la voyaient loin derrière le Maroc et l’Egypte.

Mais on le sait désormais, s’il fallait croire les pronostics … les matchs ne serviraient plus à rien : on gagnerait parce qu’on est le favori des pronostics. Malheureusement, les attentes sont souvent douchées par la vérité du terrain. Une vérité où, parfois, vient se nicher le grain de sable qui va enrayer la mécanique. Ce petit rien qui fera qu’un pénalty sera raté ou qu’une passe n’arrivera pas à destination.

Dans cette CAN 2019, tout aura souri aux Algériens, voire aux Tunisiens, mais toutes les catastrophes sont tombées sur la tête des Lions de l’Atlas. Ne l’oublions pas, nos Lions ont produit du jeu, ainsi que l’a affirmé, chiffres à l’appui, un Aziz Bouderbala, furibond qui ne comprenait pas que contre le Bénin, on ait eu un maximum de tentatives avec si peu de réussite.

Bouderbala, fin joueur et qui n’est pas n’importe qui, prend la peine de s’interroger, au moment où d’autres condamnent sans appel.

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Malheur aux vaincus, on le sait depuis l’Antiquité et les guerres de conquête des troupes de Jules César.

Il est dommage de voir qu’au Maroc au 21ème siècle, on continue de condamner, de lyncher et de clouer au pilori ceux qui nous ont fait rêver pour la simple raison, qu’il leur arrive de faillir.

Le président de la FRMF a fixé à fin juillet, très bientôt donc, la journée de réflexion sur les tenants et aboutissants de la participation marocaine à la CAN 2019. En attendant le jour des gros mots et des phrases plus belles et plus vides les unes que les autres, rappelons-nous que la CAN 2019 fut belle.

Trois victoires et un nul en quatre matchs, a-t-on déjà réussi un meilleur bilan ? Non, sauf en 1976 en Ethiopie. C’était il y a longtemps. En 2019, on n’a jamais été aussi près de revoir le miracle éthiopien.

Oui, parce que le foot est si indécis qu’il faut à chaque fois un petit miracle, ce miracle qui fait les grandes victoires.

A un pénalty près, on y était. En beauté. Qu’on se le dise et qu’on arrête nos vagissements. Rendez-vous en fin juillet…

Censeurs mal placés

Ils étaient combien en CAN 2019 ? 50, 60, 70 ? Un décompte précis et informé nous en a révélé le nombre exact : 82.

Quatre-vingt-deux journalistes sportifs accrédités pour l’Egypte. C’est une sorte de record. Mais tout ce petit monde, outre qu’il est parti éparpillé sans véritable responsable, était fait d’un peu de tout. Il y avait des pros et d’autres qui étaient là pour autre chose. Remarquez, on ne critique personne, pourquoi va-t-on demander à la corporation médiatique de se professionnaliser, alors que même la botola « Elite pro » ne l’est pas encore vraiment. Sauf que les journalistes ou supposés tels, se donnent le droit de critiquer alors que certains oublient leurs devoirs. Et que voulez-vous, il y a une différence entre partir pour couvrir la CAN et donc travailler; ou partir en Egypte pour profiter de tout. Au sens large …

Au-dessus des qualificatifs

Voguons vers les hauteurs … oublions le football et ses petitesses dont se rendent coupables des hommes de médias autant que dirigeants, joueurs et arbitres. Il est bon de le rappeler .. encore .. et encore. Ceci dit, parlons du tennis mondial avec Fédérer et les autres. On ne tranchera pas entre qui est le plus fort d’entre le Suisse ou Nadal ou Djorkovick, mais il est sûr que ceux qui dimanche dernier ont «oublié» les demi-finales de la CAN pour suivre le spectacle époustouflant de la finale de Wimbledon, n’ont pas perdu leurs temps. Que les autres se rattrapent comme ils peuvent et ils comprendront pourquoi et comment certains champions sont désormais au-dessus de tous les qualificatifs. On n’en dira pas plus.

Challengenews
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