Blog de Jamal Berraoui

Parlement : des signes de vie


Il y a une analyse contre laquelle je m’inscris en faux. C’est celle qui consiste à lier le travail législatif des groupes de la majorité aux difficultés politiques de celle-ci. Il nous faut faire la part des choses. Si les fissures sont réelles au sein d’une coalition, génétiquement hétéroclite, ce qui se passe au Parlement, est faiblement rattaché à ces fissures. La preuve en est, que le groupe PJD a présenté des amendements concernant les départements gérés par ses propres ministres.
Cette ornière nous empêche de saisir un changement, faible mais perceptible du comportement de nos élus. Le Parlement se refuse à n’être qu’une chambre d’enregistrement. La majorité veut intervenir dans les politiques publiques mises en place par le gouvernement qu’elle soutient. Celui-ci a fini par accepter plusieurs amendements, il en a refusé d’autres comme dans toutes les démocraties qui se respectent. Les élus de la majorité ne sont pas des godillots, c’est en tout cas le message qu’ils ont voulu adresser à l’opinion publique. Comment s’est comportée l’opposition ?
Il faut se souvenir que pendant longtemps, les élus de l’opposition, quand ils étaient présents, se limitaient à des discours idéologiques, et proposaient des amendements qui ne respectaient pas une règle fondamentale, celle qui lie toute augmentation des dépenses proposées à des recettes correspondantes, ce qui facilitait le rejet automatique.
Les groupes USFP, mais aussi RNI, ont eu un comportement très différent, en respectant les règles budgétaires, en contestant point par point la structure de la Loi de Finances, mais en ne cachant pas leur soutien à des dispositions particulières.
Le vote final sera politique, la majorité votera pour et l’opposition contre. Mais ce que l’on a pu constater peut être considéré comme une lueur d’espoir. Ce n’est pas le Parlement suédois, mais cela commence à ressembler à quelque chose de conséquent.
Il y a deux attitudes, antagonistes, bien que partant des mêmes principes. Tous veulent un Parlement au diapason de la nouvelle Constitution, permettant d’avancer rapidement dans la construction démocratique et inscrivant la marche vers la monarchie parlementaire dans un processus irréversible.
Seulement cela ne se décrète pas, nous partons de très loin. Il nous faut donc scruter les changements positifs, les encourager et dénoncer tous les conservatismes. L’autre attitude, celle réclamant un changement total, immédiat, est irréaliste, donc irresponsable. Les tenants des deux théories ne peuvent, honnêtement, que percevoir de faibles mais réels signes de vitalité. Leur devoir, c’est d’encourager ce processus et non de le nier.

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