Blog de Jamal Berraoui

Pas si drôle que ça ! par ( Jamal Berraoui )

Un procès à Safi « amuse » et suscite les commentaires. Une femme de 52 ans est poursuivie pour « polyandrie », faux et usage de faux etc… Mariée en 1974, elle a abandonné mari et fils et est revenue vivre chez ses parents, sans formaliser le divorce. En 1978, elle prend un nouveau mari, oublie de lui raconter sa mésaventure, met au monde un autre garçon, et les quitte tous les deux quelques années plus tard. Ce n’est qu’il y a quelques mois que les deux frères se rencontrent. Le second mari est mis au parfum et veut se venger en portant plainte. Son fils est une victime collatérale de ce procès puisque le second mariage est nul et qu’il est donc un enfant illégitime.


On peut avoir la morale que l’on veut, discourir sur l’instinct maternel, absent chez cette femme, mais regardons les dates. En 1974, cette femme avait douze ans, en 1978 à peine seize ans. C’était une enfant à qui on a demandé d’assurer le rôle de mère de famille, elle n’a pas pu, elle a fui. Ce n’est pas une adulte qui s’est jouée des lois, qui a eu un faux certificat de célibat, mais une mineure, probablement conseillée par des parents à l’heure qu’il est, décédés. Je ne vois pas comment on peut juger une femme de 52 ans pour des faits datant d’il y a 40 ans. Mais, il paraît que « les liens du mariage étant sacrés », il n’y a pas de prescription. Elle est en détention.

Pour moi, c’est un autre drame du mariage précoce. A douze ans, une fillette n’est prête pour fonder une famille. Elle ne l’est ni physiologiquement, ni mentalement. Après, l’histoire du second mari qui ne connaissait pas l’histoire est à vérifier. Pour être cru, il aurait pu lui demander dans quelles circonstances elle a perdu sa virginité, valeur cardinale à l’époque et même aujourd’hui dans les milieux populaires.

Les associations féministes, les militants des droits de l’homme devraient la soutenir, non pour un droit à la polyandrie, mais en tant que victime du mariage précoce. Les faits se sont déroulés il y a 40 ans, s’il s’agissait d’un crime de sang, si elle avait assassiné son premier mari, cela serait prescrit. Elle a juste essayé de sortir du drame où ses parents l’ont mise en la mariant à douze ans.

Mérite-t-elle de le payer par la prison, même 40 ans après ? Je plaide pour une justice humaine, donc la réponse c’est non.

 
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