Tribune et Débats

Patriotisme, cyberespace et guerre de l’information

Gary R. Johnson, dans son ouvrage «The Evolutionary Roots of Patriotism», définit le patriotisme comme étant une prédisposition à un comportement bienveillant pour le système, dont un individu est membre, ayant la plus grande diaphanéité.


Partant de ce fin éclaircissement, le peuple marocain est bel et bien un parfait patriote, depuis l’aube des temps, avec un sentiment nationaliste hors pair, illustré, à simple titre d’exemple, par sa participation massive à la marche verte du 6 novembre 1975 qui avait monopolisé des milliers de citoyens pour défendre la marocanité du Sahara. Il en est aussi lorsque l’équipe nationale de football dispute des matchs, notamment, dans le cadre des coupes d’Afrique et du Monde ou que des athlètes se hissent dans des podiums internationaux. A cette occasion, les rues se désemplissent et toute la population s’agrippe à ses écrans, pour encourager les lions de l’atlas ou ses champions et fêter, éventuellement, leurs victoires. Ce qui n’est, au fait, que la traduction d’une pure réaction patriote.

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Aujourd’hui, la logistique des batailles est protéiforme, plaçant l’humain en plein cœur des stratégies défensives et offensives des armées et se dessine dans le cadre de l’espace planétaire, non plus sur les plans terrestre, aérien ou maritime, mais plutôt, à travers le cyberespace. Les initiés du peuple marocain sont vivement appelés à se mobiliser davantage, pour défendre les intérêts suprêmes du Royaume, essentiellement, au niveau de la toile numérique. Le patriotisme relève, entre autres, d’une logique d’édification d’une citoyenneté de tous les habitants, quelles que soient leurs appartenances religieuses, leurs origines ou leurs convictions politiques.

La particularité du Maroc, grâce à la paternité et à la vision clairvoyante de S.M. le Roi a toujours été une terre de paix et de religion, accueillant, bras grands ouverts, musulmans, juifs et chrétiens, issus de toutes nationalités. A l’aune d’une quatrième guerre mondiale de l’information, le citoyen devient l’arme incontournable dans les stratégies étatiques d’influence, de contre-influence et de propagande, particulièrement, avec l’émergence du web, comme outil de réputation.

L’enseignement patriotique dans les écoles primaires

A l’exemple de l’éducation financière qui a connu une grande réussite au Maroc, sensibilisant des centaines de milliers d’écoliers à travers le Royaume, il est temps d’en faire de même en matière de patriotisme. L’éducation patriotique devrait impérativement être inculquée aux enfants dès leur plus jeune âge, dans le cadre des programmes pédagogiques des écoles primaires. En interpellant un ancien instituteur, septuagénaire, sur cette question, il répondit, à voix haute et avec un sourire nationaliste, « dans le temps, il n’existait pas de matière dédiée à cette question, mais croyez-moi, c’était très simple : je réussissais facilement et sans le moindre effort, à inspirer à mes élèves, l’amour de la patrie marocaine, en les incitant à apprendre l’hymne national, à dessiner le drapeau du Royaume, à s’initier à l’histoire et à la géographie de notre pays, à se réjouir de sa situation privilégiée entre la Méditerranée et l’Océan, à connaître les principaux monuments historiques, à applaudir les gloires de nos ancêtres, à les convaincre de la richesse des us et coutumes marocaines, à leur faire connaître les productions du sol dans diverses régions … Et imaginez-vous, c’était devenu une habitude de réciter ensemble, au début de chaque cours, l’hymne national et de clamer, haut et fort, que nous sommes fiers d’être marocains et africains …. Mais, aujourd’hui, les jeunes sont, en quelque sorte, un peu perdus et ont besoin d’être soigneusement encadrés ».

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C’est tout simplement, au gouvernement et particulièrement, aux architectes de l’enseignement, d’introduire toute une matière que j’appellerais « Patriotisme et Civisme». Le Maroc a donc besoin de retrouver chez l’ensemble de ses enfants un dévouement prêt à tous les sacrifices. Un objectif qui ne pourrait être atteint que grâce à des maitresses et des maîtres qui enracinent chez leurs élèves cet amour de la nation, en leur démontrant, sur la base de faits réels, que le Royaume mérite d’avoir leur plein amour.

Nécessaire implication des écoles supérieures et des universités

Informatique, Digitalisation, Communication, Linguistique, Droit ou encore Intelligence économique et stratégique sont quelques armes que chaque citoyen devrait aiguiser, indépendamment de sa spécialité, lors de son parcours estudiantin, pour contribuer, en tant que futur soldat numérique, à la défense des intérêts suprêmes du Royaume et à son rayonnement. Jadis, tout le monde était conscient que l’apprentissage de plusieurs langues étrangères facilitait la communication même entre personnes de cultures et de mouvements de pensée totalement différents. Doué pour l’apprentissage des langues étrangères et disposant de qualités d’adaptation exceptionnelles, le marocain assimile vite et se fond dans tout environnement.

Les autorités devraient titrer hautement profit de ces qualités citoyennes, les aiguiser en fonction des intérêts suprêmes de la Nation et des enjeux stratégiques régionaux et internationaux, pour faire des citoyens des Ambassadeurs agiles, au niveau de l’internet, qui s’obligeraient à défendre le Royaume avec fierté et obstination.

Patriotisme économique dans le Web

Au lieu de contribuer au tourisme de pays étrangers, apprenons à penser , en premier lieu, au nôtre, à le valoriser et à le vulgariser aveuglement. Les consommateurs (citoyens), les sociétés et les pouvoirs publics devraient s’abstenir d’encourager des firmes étrangères, au détriment des entreprises nationales et leurs produits. Pour que nos citoyens puissent reprendre le contrôle de leurs entreprises, il faut réformer notre système financier, de telle manière à ce que les épargnants marocains redeviennent les uniques propriétaires – ou du moins – les principaux actionnaires des entreprises étrangères, à l’exemple de la stratégie chinoise, opérée en plein COVID-19.

Le patriotisme économique peut être considéré comme un aspect d’attachement, un sens d’identification et d’appartenance à un système économique encadré par des frontières politiques, c’est-à-dire à une économie nationale. Les marocains – quelque soient leurs implications dans l’économie, directement ou indirectement, ont donc un rôle crucial à jouer, essentiellement au niveau du cyberespace : Internet est l’un des principaux lieux du débat public, où les polémiques, contestations, y trouvent un vaste champ naturel d’amplification. D’ailleurs, au début de la crise avec l’Espagne, plusieurs spots et appels via le web ont vu le jour à l’effet de consommer marocain et boycotter tous les produits ibériques.

Hautes personnalités et patriotisme

Tous les citoyens occupant des emplois supérieurs, secteurs public et privé confondus, sont tous appelés à donner l’exemple. Aimer fougueusement son pays est un pré-requis incontournable, pour prétendre exercer de hautes fonctions et ainsi donner l’exemple aux générations présentes et futures. Avoir un sentiment d’attachement affectif à son pays et un sens de solidarité et de patriotisme inégalé, telles seraient les principales qualités de tout citoyen, proposé à accéder à un emploi supérieur au niveau de l’Etat. Tout haut fonctionnaire devrait être, par définition, un patriote, au service de l’intérêt général, marquant une présence digitale qui définirait l’identité numérique du Royaume au niveau du cyberespace.

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L’on cite, que dernièrement, des enfants de différentes villes du Royaume, ébranlés par leur patriotisme, ont émis l’ardent souhait d’être policiers. A cet égard, Monsieur le Directeur général de la Direction générale de la sureté nationale (DGSN) a ordonné que leurs vœux soient, imminemment, exaucés. Chose faite : ils ont été invités pour une cérémonie spécifique où ils ont été vêtus de la tenue de la DGSN. Cette action a ému le commun des mortels des citoyens, notamment, au niveau de la toile numérique.

A travers, notamment, le web, les forums, les blogs, twitter, FaceBook, les réseaux sociaux ou encore les plates-formes de partages de contenus, toute haute personnalité devrait, impérativement, s’y activer, même dans l’anonymat si celui-ci est soumis au droit de réserve, en vue d’embellir l’image du Royaume et/ou encore de contrer les opérations d’influence, de propagande et de désinformation ou les rumeurs pouvant porter préjudice aux intérêts suprêmes de la Nation.

Par Mehdi Hijaouy , expert en sécurité, défense, stratégie et intelligence économique

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