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Platinum Power au bord du gouffre

Un pionnier et poids lourds du secteur de la production privée d’électricité à base d’énergies renouvelables (ENR) au Maroc risque de mettre la clef sous le paillasson. Il s’agit du groupe Platinum Power qui, selon des sources proches du dossier, vit probablement ses dernières heures.


Cette joint-venture maroco-américaine, créée en 2012 et dirigée par Omar Belmamoun, fut le premier acteur privé au Maroc à obtenir des concessions de projets hydroélectriques pour une capacité cumulée de plus de 150 MW (notamment sur la cascade d’Ahançal située dans le Haut Atlas Central aux environs de Azilal) dans le cadre de la Loi 13-09 qui était censée doter le royaume d’un arsenal libéral aussi moderne qu’adapté à ses objectifs des plus ambitieux en la matière.

Platinum Power fut également le premier opérateur marocain d’ENR à étendre ses voiles ailleurs en Afrique après avoir signé, en 2015, des accords avec les gouvernements ivoiriens et camerounais portant sur le développement et la construction de complexes hydroélectriques pour un montant global de plus de 2 milliards de dollars (dont le mégaprojet du Makay qui devait fournir au Cameroun une capacité énergétique de 400 MW).

Mais le retard accusé dans l’achèvement de l’étape du développement (devant aboutir pour chaque projet au bouclage du financement et au lancement des constructions) a finalement saigné la trésorerie du développeur privé qui a déjà investi en fonds propres plusieurs centaines de millions de dirhams sans arriver à voir le bout du tunnel.

Aujourd’hui, les salaires ne sont pas payés depuis plusieurs mois, les filiales camerounaises et ivoiriennes sont pratiquement à l’arrêt et aucun projet de réinjection d’argent frais n’est pour l’instant sur la table à défaut, semble-t-il, d’un accord entre l’actionnaire américain, le fonds Brookstone, qui a le plus investi dans cette affaire, et ses partenaires marocains. 

Rappelons que Platinum Power disposait d’un pipeline de projets en développement de plus de 1.000 MW à base d’ENR notamment en hydroélectricité et en énergie éolienne. Si sa chute devait se confirmer, elle viendrait s’ajouter à l’échec d’autres développeurs avant lui qui ont disparu ou préféré jeter l’éponge comme le français Valorem qui a liquidé sa filiale Valorem Generale Energie. Mais elle corroborera, surtout, le constat dressé par bon nombre d’observateurs, à savoir que la loi 13-09 (complétée et modifiée par la loi 58-15) est, certes, attrayante sur le papier avec un cadre réglementaire assez libéral et attractif pour l’investissement privé mais qui demeure en pratique un vrai parcours digne des douze travaux d’Hercule pour les développeurs privés.

D’ailleurs, près de neuf ans après son entrée en vigueur, cette loi a un bilan des plus maigres en matière d’orientation de l’investissement privé vers la production d’électricité à base d’ENR et de contribution aux objectifs ambitieux du pays en la matière à horizon 2030 : sur une masse globale de projets recensés et entamés d’une capacité cumulée de plus de 3.000 MW (dont plus de 1.000 MW déjà autorisés), à peine 425 MW ont pu réellement voir le jour et sont aujourd’hui en exploitation.

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