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Plomb des batteries usagées : vers l’interdiction totale des exportations

Après la restriction, l’interdiction. Telle sera bientôt la pente du cadre réglementaire qui régit l’exportation du plomb extrait des batteries usagées.


En effet, le projet de loi visant une telle interdiction devra bientôt être soumis au parlement après avoir été introduit par la CGEM (Confédération Générale des Entreprises Marocaines). Ce nouveau texte vient donner un dernier tour de vis après la mise en place, dès fin 2015, d’un visa sur les exportations de plomb quelle qu’en soit la forme (tablette, poudre, lingots…), à délivrer par le ministère en charge du Commerce extérieur. Une sorte d’autorisation préalable qui avait pour objectif de couper l’herbe sous les pieds des ateliers clandestins non respectueux des normes d’hygiène et de protection de l’environnement qui ont poussé un peu partout dans le pays au cours des dernières années en étant stimulé par la montée en flèche des cours internationaux du plomb. Car avec près de 5 kg de plomb, l’extraction de ce minerai à partir des batteries usagées (payées entre 20 DH et 50 DH) à fortiori dans des conditions sauvages (en jetant l’acide dans la nature et en brûlant le plomb à l’air libre ou dans des fours de fortune pour le transformer en lingots) et donc peu couteûses, pouvait être une opération très lucrative pour les exportateurs.   

Avec la nouvelle mesure envisagée, somme toute assez radicale, ce sont pas moins d’une vingtaine d’acteurs opérant dans le recyclage des 700.000 unités de batteries usagées que produit le Maroc par an (soit environ 10.000 tonnes de déchets), qui n’auront d’autres choix que le marché local pour vendre leur production de plomb recyclé….et probablement que les fabricants locaux des batteries comme acheteurs finaux et qui sont menés par les deux co-leaders Almabat (entité détenue par le fonds d’investissement Massinissa que gère Almamed) et Afrique Câbles (filiale du groupe Ynna Holding).

Pour les détracteurs d’un tel projet de loi, il ne s’agit de rien d’autre qu’une entrave à la liberté du commerce qui fausse le jeu du marché et crée des « rentes » non justifiées. En face, les partisans d’une telle mesure ne manquent pas notamment au sein du ministère du Commerce Extérieur. Ces derniers font valoir la nécessité d’une lutte efficace contre la pollution de l’environnement et des ressources hydriques et la volonté de préserver le tissu industriel local encore assez fragile et qui cherche à accompagner les constructeurs automobiles présents au Maroc comme Renault et Peugeot, dont les besoins en fourniture des batteries de première monte sont estimés à 600.000 unités par an…voire à terme plus d’un million. Un projet que ni Afrique Câbles, ni même Almabat qui a massivement investi (plus de 200 millions de dirhams) dans la mise en place d’une usine de recyclage des batteries usagées à Nouaceur n’est en mesure aujourd’hui de satisfaire, vu l’insuffisance chronique de matières premières. Théoriquement, la montée en puissance de la production locale devra donc réduire le recours aux importations de batteries neuves et améliorer le taux d’intégration de l’industrie automobile locale, mais cela est loin d’être aussi systématique. Affaire à suivre.

 
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