Blog de Jamal Berraoui

Pour sortir de l’absurde

Un français du Maroc, qui me fait l’amitié de me lire, m’a écrit ceci « les alliances contre-nature que vous dénoncez, ne sont que le reflet d’une action politique sans principes qui, au Maroc comme ailleurs, élargit le fossé entre les hommes politiques et le peuple ». Le constat est implacable, mais un peu trop sévère.


En politique, la prêche n’a aucune vertu. Ce n’est pas parce que nous serons nombreux à dire que ce qui se passe est absurde que les structures partisanes changeront de fusil d’épaule. Au nom du pragmatisme, qui a bon dos, elles maintiendront le cap. Et, effectivement, cela ne fera qu’élargir le fossé avec les électeurs.

Durant tout le débat entre le discours du 09 mars et les élections du 25 novembre, les partis politiques ont refusé de remettre en cause le mode de scrutin. Celui-ci consacre l’émiettement et permet donc à chacun d’exister. L’idée de Youssoufi, celle d’un code électoral qui politiserait les élections s’est avérée être une illusion. Les circonscriptions sont trop vastes pour les capacités organisationnelles des partis, la participation réellement faible que des députés ont été élus avec moins de 5000 voix.

Il y a pourtant un mode de scrutin capable d’inverser la tendance : l’uninominal à deux tours. Il forcerait les partis aux alliances préalables et donnerait des majorités plus stables. Mais personne n’en veut, à part l’Union Constitutionnelle qui l’avait proposé, avant de sortir du radar.

Les arguments sont d’une mauvaise foi absolue. Cela reviendrait trop cher, on a déjà des difficultés à faire voter les Marocains une fois alors deux, les électeurs ne respecteront pas les consignes de vote, etc… En fait, le système actuel convient à la nomenklatura, parce qu’il aboutit à des combinaziones où tout le monde a une chance de goûter aux délices du pouvoir.

Même le PJD ne soutient pas l’uninominal à deux tours, par peur d’une alliance élargie face à lui, où d’une attitude spontanée du genre « Tout sauf les Islamistes » : or dans le système actuel, il est pratiquement impossible qu’un scrutin débouche sur une majorité.

Restent les alliances préalables. On a vu comment au lendemain des élections le G8 a volé en éclats et la Koutla a été déclarée morte, avant d’être ressuscitée il y a quelques semaines. Derrière, il y a, effectivement, une certaine conception de la politique. Un leader me disait « la campagne électorale est ce qu’elle est, mais après il faut faire de la politique ». C’est un véritable aveu. La politique n’est pas un engagement public, un contrat avec les électeurs, mais une aptitude à négocier au mieux les intérêts d’une caste.

Face à cette incurie, l’uninominal à deux tours n’est pas la panacée. Mais sans être suffisant, il est nécessaire. En faisant émerger des majorités, il rétrécit les marges des combinaisons sans principes. L’absurdité actuelle est tout simplement un danger pour la stabilité du pays.

 
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