Energie

Prix du pétrole : pourquoi la hausse ?

Les observateurs sont très dubitatifs devant la hausse du prix du baril. L’OPEP, sous la pression des alliés des USA, avait annoncé en juin dernier l’augmentation de la production à hauteur de 1 million de barils par jour. C’est exactement la quantité que l’Iran ne peut plus exporter à cause des nouvelles sanctions américaines.


En même temps, les pays émergents devraient, selon les spécialistes, diminuer leurs importations. Sous l’effet conjugué de la hausse du dollar et du prix du baril et se diriger vers des ressources alternatives.

Nous avons donc un marché où l’offre se maintient et la demande baisse. Théoriquement, les cours devraient chuter. Théoriquement, mais la réalité est toute autre.

Il faut d’abord se rendre compte que le marché du pétrole n’est pas un simple lieu de rencontre entre la demande et l’offre. Il y a derrière des produits financiers complexes, représentant des enjeux colossaux, qui dépassent ceux des états.

C’est un aspect peu connu du public, mais c’est la réalité. Les banques, les fonds d’investissement, les assurances, sont un acteur principal du marché de l’or noir et de la fixation des prix.

L’Arabie Saoudite avait déclaré à l’issue de la visite de Donald Trump, que « le prix juste du baril devrait se situer autour de 55 dollars ». Il est à 85 dollars et il atteindra les 90 dollars d’ici décembre. Pourquoi ?

D’abord c’est un marché très sensible aux perspectives. Ce n’est pas la quantité disponible actuellement, qui constitue à elle seule l’offre, mais sa projection sur les mois, voire à moyen terme. C’est cette sensibilité qu’il fait avec le marché des armes, le marché le plus lié à la géostratégie.

Or, l’Iran est dans l’œil du cyclone avec les nouvelles sanctions, la Libye s’enfonce dans la guerre civile, dont les sites pétroliers sont un objet, le pétrole irakien est menacé par la crise kurde, le Venezuela est un état en faillite, le Nigéria ne réussit pas à contenir les groupes armés, le Gabon vit une crise politique, ce sont tous des pays producteurs, dont les situations n’ont pas de perspective. L’argument de l’offre suffisante parce que l’OPEP l’a dit ne rassure pas les acheteurs qui ont besoin d’un stock assuré.

Maintenant, cela a un coût pour l’économie mondiale. Le prix à la pompe grimpe, y compris dans les pays pauvres, parce que ceux-ci, sous la pression de la Banque mondiale ont arrêté de compenser ce produit. Même en Europe, cela crée des mouvements sociaux, comme en France dernièrement.

D’un point de vue économique, le coût du transport étant pratiquement incompressible dans un budget familial, cela signifie la contraction de la consommation sur d’autres lignes du budget, sur d’autres produits. Pour les entreprises, c’est un surcoût qui doit se retrouver soit au niveau du prix de vente soit en diminution de marge.

Cette hausse du baril peut donc affecter la croissance économique partout dans le monde. Le FMI a déjà baissé ses prévisions pour 2019 en fonction de cet élément. C’est pour cela qu’au Maroc, nous devons réviser la réglementation sur la fixation du prix. Sans attendre un retournement de situation improbable. 

 
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