Maroc-Portugal

Que cherchent les entreprises portugaises au Maroc?

Les entreprises portugaises se sentent bien au Maroc. Outre la stabilité politique, les incitations fiscales et foncières sont les points forts du Maroc. Mais dans ce paysage où l’Etat fait tout pour faciliter les investissements directs à l’étranger, on regrette, comme beaucoup d’entreprises, des lenteurs administratives, la barrière de la langue, et un réseau d’affaires résolument francophone ou hispanophone. 


«  Notre parcours au Maroc nous permet d’envisager l’avenir de ce marché avec un certain optimisme. En plus d’être un marché politiquement et socialement stable, l’économie marocaine est l’économie émergente la plus proche du Portugal », souligne Joao Ferreira, directeur général de Cassais Maroc. Implantée au Maroc depuis 2007, cette filiale éponyme du groupe portugais de BTP a multiplié les marchés dans le royaume avec dernièrement, la construction du 86e hôtel de la prestigieuse enseigne de tourisme « Four Seasons » à Marrakech (un investissement de 160 millions d’euros) et la rénovation des murs enterrés et la fondation de l’hôtel la Mamounia de la cité ocre.

Il faut dire que le recours systématique aux appels d’offres internationaux a favorisé l’introduction sur le marché marocain d’entreprises portugaises de BTP. Cette arrivée a été accélérée par une nette augmentation des investissements dans le secteur des BTP au Maroc au cours de ces dernières années. Le rythme des appels d’offres lancés par les pouvoirs publics pour les gros contrats a également augmenté. Désormais, les entreprises portugaises surveillent systématiquement les projets locaux. « Le recours au financement de type concessionnel est un facteur ayant permis aux entreprises lusitaniennes de s’imposer et de pénétrer aisément le marché marocain », analyse cet opérateur marocain du secteur du BTP. La réalisation du tronçon d’autoroute à Fnideq et la construction de 30 km d’autoroute entre Fès et Taza, pour un total de 122 millions d’euros par Lena Maroc, filiale de Grupo Lena Construções en est un exemple. Idem pour le groupe Efacec qui a réalisé la mini centrale hydroélectrique d’Ait Messaoud, dans la Province de Beni Mellal. Ce contrat visant la réalisation « clef en main » des installations électriques de cette mini centrale a été adjugé par l’ONEE.

Aujourd’hui, rares sont les segments du BTP où les entreprises portugaises ne sont pas présentes au Maroc. Même dans le secteur cimentier, les portugais y sont présents depuis 1996 à travers le groupe Cimpor avec sa filiale Asment Témara. Depuis, le cimentier lusitanien a non seulement augmenté au fil des années la capacité de ses unités de production, mais a créé également la Société Bétocim, spécialisée dans le béton prêt à l’emploi.

Avec la multiplication des chantiers de BTP dans le royaume, l’ingénierie a fini par attirer les opérateurs lusitaniens. La société Tabique SGPS, spécialisée dans l’ingénierie en génie civil dans le secteur de l’infrastructure et les grands complexes d’habitation et l’énergie, s’est installée à Casablanca, il y a quelques mois, en y créant sa filiale Tabique Maroc. L’immobilier n’est pas en reste, avec le groupe de maîtrise d’œuvre Edificadora Luz & Alves qui a récemment  porté à 6 millions de DH le capital de sa jeune filiale marocaine, Luz & Alves Maroc sise à Témara. Il vient de boucler la réalisation d’un complexe résidentiel de 504 appartements à Kénitra. L’immobilier professionnel intéresse également les sociétés portugaises. C’est le cas de Sonae Sierra, spécialisée dans la gestion des centres commerciaux, et qui a signé en septembre dernier avec Marjane Holding, un deuxième contrat portant sur la gestion du développement d’un centre commercial à Casablanca, après des travaux de rénovation et d’extension. 

Avec leurs homologues marocains, il arrive aussi souvent que les opérateurs montent des entreprises communes, comme c’est le cas entre Cobermetal, une société portugaise avec 15 ans d’expérience dans la fabrication et le montage de couvertures métalliques autoportantes, et Longofer, une PME locale avec 20 années d’expérience dans le domaine du profilage et la fabrication des tubes soudés. Elles ont créé en 2001 Couvermetal, basée à Casablanca et spécialisée dans la fabrication et le montage des couvertures métalliques autoportantes, des structures métalliques et tôles profilées. « Nos principaux clients sont les industriels, la logistique et le ministère de l’Equipement et celui des Sports. Nous avons réalisé au Maroc plus de 1 500 000 m2 de bâtiments couverts. Nous employons actuellement 75 personnes, dont 15 cadres », explique Pedro Martinho, directeur général de Couvermetal.

Le Royaume, flanqué de son Plan Maroc Vert, n’est pas sans attirer les investisseurs lusitaniens en quête d’expansion internationale. Ce n’est pas un hasard si la coopération entre les deux pays dans le domaine agricole est en passe d’être  redynamisée. Un mémorandum d’entente a été en marge du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) en avril dernier. L’agroalimentaire, le développement de l’espace rural et des zones de montagne, ainsi que la valorisation des produits du terroir seront les principaux domaines à soutenir par le Portugal. En plus du renforcement des capacités de production, ce mémorandum vise le développement de l’innovation et de la recherche, de la formation technique professionnelle, ainsi que de l’enseignement supérieur agricole. En attendant cette concrétisation, le groupe SOVENA, qui contrôle 75 % du marché des huiles végétales au Portugal, a pris les devants depuis quatre ans en s’associant avec la SOMED pour investir dans l’oléiculture à travers Saprolives, la première implantation du groupe lusitanien en Afrique. 

Des investissements ambitieux, mais une administration lente et pas assez polyglotte

Outre l’agriculture et l’agroalimentaire, le secteur de l’industrie pharmaceutique a accueilli Tecnimede. Aujourd’hui, ce spécialiste ibérique des médicaments génériques vient de terminer la construction d’une deuxième unité de production à Casablanca pour un investissement de plus de 50 millions de DH. L’objectif du groupe pharmaceutique portugais est de faire du Royaume sa plateforme industrielle pour l’Afrique du nord et l’Afrique de l’ouest. C’est cette même ambition qui habite le spécialiste portugais de la logistique et du transport, le groupe Urbanos, s’est installé à Casablanca, il y a un peu moins de trois ans. «  Urbanos a derrière elle 20 ans d’expérience dans la logistique et dans le transport express au niveau européen avec des internationalisations au Maghreb, en Angola et au Brésil. Au-delà, le Maroc dispose d’une économie prometteuse en constante évolution et surtout aujourd’hui, donnant le tempo aux autres pays de la région. Il est donc un passage obligé. Nous avons une bonne place actuellement dans le pays : nous sommes consultés régulièrement pour les appels d’offres et surtout nous donnons un excellent service à nos clients. Nous sommes présents sur tous les secteurs au Maroc, principalement les secteurs cosmétiques et électroniques avec un grand avantage donné à la distribution », souligne Jose Maria Teixeira, PDG d’Urbanos Maroc.

Le dernier opérateur de poids à lui emboiter le pas dans la capitale économique est certainement le groupe international de tourisme et de loisirs, Pestana, qui a élu son quartier général à Anfa Place living resort à Casablanca. Le groupe lusitanien y exploite 73 appartements parmi les 104 du complexe comme des résidences immobilières de promotion touristique (RIPT). Pestana au Maroc est actuellement en négociations avancées avec trois hôtels 5 étoiles dans les villes de Marrakech et Agadir. 

Le secteur des nouvelles technologies n’est pas en reste. Sur ce créneau par exemple, Open Idea, une filiale de PT Inovação SA, développe des services et des solutions innovantes pour le marché des télécoms et l’industrie des TIC. « Le Maroc représente un marché énorme et avec grand potentiel. En outre, nous comptons faire du Royaume notre base pour l’ensemble de l’Afrique du Nord par son emplacement privilégié et la disponibilité des ressources humaines qualifiées », précise Manuel Andrade, DG d’ Open Idea.

Mais dans leur volonté d’investir toutes les branches de l’économie marocaine, les entreprises portugaises ne sont pas sans nourrir quelques craintes. Que redoutent-ils ? Tout d’abord, les entreprises portugaises présentes au Maroc constatent que les procédures administratives sont compliquées. C’est là la raison pour laquelle, disent-elles, ils s’adossent à des partenaires marocains jusqu’à hauteur de 80% de parts dans le capital de leur entreprise. Il en va ainsi pour Technimed, à travers son porte-parole, le vice-président Miguel Ruas, pour lequel leurs principales difficultés, lors de leurs installation ont été les lenteurs administratives. Depuis, le groupe pharmaceutique s’est adapté. C’est aussi là, ce que regrette José Maria Teixeira. Pour le président de l’Association Maroco-Portugaise des Affaires (AMPA), l’expérience marocaine des entreprises portugaises est bonne. D’autant plus que ce sont aujourd’hui des PME-PMI qui désirent s’implanter au Maroc. Pour lui, les incitations tant fiscales, notamment dans l’immobilier industriel, font partie des points forts du Royaume. Les ressources humaines sont également disponibles, et à un prix abordable, mais ce sont essentiellement les barrières de la langue qui posent encore des problèmes. Autre motif d’attrait du Maroc, sa stabilité politique. Les récents évènements ont prouvé la pérennité du régime, et donc une sécurité des investissements sur le territoire. Reste qu’il y a beaucoup d’opportunités pour les entreprises portugaises, et pas uniquement dans le BTP et le tourisme. Cependant, les Portugais sont conscients de devoir s’adapter au pays pour y faire des affaires. C’est pourquoi, ils recherchent avant tout des partenaires pour s’y installer. C’est en tout cas là une des opportunités qu’à trouvées un homme d’affaires présent lors de la conférence: Paulo M. Ramos, PDG de Bond (building on network dynamics). Son entreprise est présente sur deux créneaux qui trouvent des échos au Maroc. D’une part, son coeur de métier s’article autour des technologies de l’information. Tout naturellement, le Maroc présente des opportunités de développement de ses activités dans le domaine de l’offshoring. L’autre pendant de son activité concerne les solutions agroalimentaires. Pour lui, s’implanter au Maroc n’est qu’une question de temps, mais il lui faudra auparavant trouver un partenaire fiable et solide financièrement. Pour Rita Cabral, la représentante de Vibeiras, une entreprise qui opère dans le BTP et qui a déjà décroché quelques contrats de paysagiste, les difficultés rencontrées sont dans l’accès aux marchés. Pour ce faire, dit-elle, il faut pouvoir s’appuyer sur un réseau, et le marché reste, si ce n’est dominé par les francophones ou les Espagnols. 

Paolo Portas, ministre portugais aux Affaires étrangères résume la situation comme suit: « les relations entre les deux pays sont bonnes, et les hommes d’affaires portugais conscients de l’opportunité qu’il y a à s’installer au Maroc. Déjà, plus d’un millier d’entreprises portugaises désirent s’installer ». La balle est dans le camp des marocains. A eux de s’avérer des partenaires fiables et solides économiquement. 

Challengenews
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