Economie

Quid du « Made in Morocco » ?

Tout porte à croire que l’industrie marocaine a de beaux jours devant elle.
Des réalisations concrètes ont été enregistrées depuis le lancement du pacte Emergence. Cependant, force est de constater que des ajustements s’imposent pour que cette stratégie puisse atteindre les objectifs escomptés.


L’industrie est remise au goût du jour partout dans le monde. C’est le constat sans appel auquel font référence les différents intervenants durant les 3ème Assises de  l’industrie. Et pour cause, seuls les pays ayant une industrie bien installée ont pu faire montre d’une bonne résilience face à la crise qui  sévit partout dans le monde. « Les industries restent la base de la solidité des nations. L’industrie est de nouveau perçue  comme la source essentielle de la croissance, pourvoyeuse d’emploi», avance Meriem Bensalah présidente de la Confédération Générales des Entreprises Marocaines (CGEM). Il n’y a donc nul doute que l’avenir appartient aux pays qui ont su développer  leur industrie. Cette tendance mondiale ne fait que conforter le choix fait par le Maroc.

Cependant, il y a un important gap entre les  ambitions et les réalisations. Car, au moment où les efforts fournis par l’Etat se multiplient, en atteste le Pacte National pour l’Emergence  Industrielle (PNEI), la part de l’industrie dans le PIB, quand à elle, recule significativement. Elle est passée de 17% en 2008 à 15% à fin  2011. L’industrie marocaine a perdu 38000 postes d’emplois en 2012. A la lumière de ces chiffres, il est clair que  des ajustements s’imposent à une stratégie nationale industrielle qui cherchait à concrétiser l’inverse de ces chiffres. Car de l’avis même  du ministre, malgré des réalisations non négligeables du PNEI (voir encadrés), il existe des points d’ombres qui nécessitent de la vigilance. Ils se  résument en trois points qui ne sont autres que le foncier industriel, les compétences spécialisées et le financement des PME et PMI.

Des points,  soit dit en passant, que Challenge a évoqués dans le cadre de son dossier des 40 mesures urgentes pour la relance  de l’industrie marocaine. «Ce sont des points auxquels il faut faire attention dès maintenant pour les intégrer dans la réflexion des prochains chantiers  », précise Abdelkader Aâmara, ministre de l’Industrie. En fait, ce qui pose problème au niveau du foncier c’est son indisponibilité au niveau de certaines régions convoitées comme Casablanca. Mais il n’y a pas que cela, la spéculation est également un obstacle qui empêche les  investisseurs d’accéder au foncier à un prix raisonnable. D’ailleurs, la problématique du foncier, transverse à tous les secteurs, préoccupe même le Chef du gouvernement qui en fait l’une de ses priorités. Cette situation pénalise davantage les PME dont les capacités d’investissement sont réduites.

La réflexion est menée pour proposer des solutions adaptées, comme peut être l’offre locative  pour débloquer la situation. Après le foncier, c’est l’accès des PMI au financement qui inquiète la tutelle, bien que le Groupement Professionnel  des Banques Marocaines (GPBM) soit un partenaire du pacte émergence depuis son lancement. «Nous devons réviser les différents programmes  réalisés jusque-là pour faciliter davantage l’accès des PME au financement», confie Aâmara. Voilà qui est dit. Le troisième et dernier  point de vigilance a trait aux compétences spécialisées. Dans ce sens, ce n’est plus la qualification de la main d’oeuvre qui est remise en cause  actuellement, mais plutôt son indispensabilité. Cet état de  fait crée une pression sur certaines compétences engendrant  ainsi des surenchères et des turnovers qui inquiètent les investisseurs.

Même si ces trois problématiques sont résolues, le problème de  l’industrie marocaine reste entier. Car aujourd’hui, la stratégie est presque totalement orientée vers l’export à tous les niveaux, quitte même à ce que ces exportations soient réalisées en majorité par des opérateurs étrangers implanté au Maroc. En matière d’investissement, tout  est fait pour attirer des IDE. Ce n’est pas plus mal, bien au contraire. D’ailleurs, les efforts fournis ont porté leurs fruits puisqu’en 2012, l’industrie  a occupé pour la première fois la première position en matière d’Investissement Directe à l’Etranger (IDE) avec pas moins de 8 milliards de dirhams en 2012. La même l’industrie automobile et 2 milliards sont à mettre au crédit de l’agro-industrie.

 De plus, peut-on concevoir une industrie qui répond aux besoins des marchés internationaux sans pour autant répondre au besoin  du marché local lui-même ? Jusque là, les stratégies en cours, visant à renforcer les exportations de l’industrie marocaine ont réalisé des  performances assez honorables. Mais le problème qui se pose actuellement, est que le Maroc continue à consommer étranger à outrance.  C’est ce qui fait mal à notre balance commerciale. Ne serait-ce pas aussi utile de développer une industrie capable de subvenir également  aux besoins du marché local. En tout cas, Meriem Bensalah, l’a bien résumé. «Il faut penser une stratégie industrielle nouvelle basée  non seulement sur les secteurs qui s’internationalisent, mais également sur des industries silencieuses dont on ne parle pas ou rarement, celles qui  travaillent pour le marché local». Une industrie Made in Morocco est possible à condition qu’on lui donne toutes ses chances !

Challengenews
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