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R&D : quelle relation entre universités et entreprises ?

Longtemps restée en retrait, l’entreprise a désormais pris toute sa place au sein de l’université.


Pour doper leur compétitivité et faire de l’innovation le fer de lance de leur croissance, les entreprises ont investi les universités. L’entreprise a besoin de recherches des chercheurs pour innover et continuer d’exister sur le marché et les chercheurs ont besoin de fonds de l’entreprise pour financer leurs divers projets de recherche. Une relation d’interdépendance qui, grâce à des partenariats bien ficelés, a amené les deux parties à joindre leurs efforts. Sous l’impulsion des pouvoirs publics, les universités du royaume ont commencé depuis plusieurs années à promouvoir la R&D. Même si c’est encore à un faible degré. Une chose est sûre, c’est que les universités ont développé une foultitude de programmes et créé des centres dédiés en leur sein, avec pour objectif d’étoffer la recherche scientifique et technique, et mettre la science et la technologie au service de la croissance de l’entreprise, et par conséquent au service du développement économique du Maroc. Ces différents interfaces et centres dédiés permettent de multiplier et de renforcer les formes de partenariat entre l’université et le secteur économique dans les domaines de la Recherche-Développement et d’expertise. Ces initiatives permettent, aussi, aux établissements universitaires de promouvoir le transfert technologique et de répondre aux besoins des entreprises. Dans ce sens, le Royaume regorge de plusieurs exemples. Tous ces efforts de part et d’autres ont continué de donner leurs fruits d’année en année. Ainsi, 1240 demandes de brevets d’invention ont été déposées auprès de l’OMPIC au titre de l’année 2016, ce qui représente une augmentation de 21% par rapport à 2015 et de 13% par rapport à 2014. Les dépôts des demandes de brevets d’invention d’origine marocaine et étrangère effectués au cours de l’année 2016 ont respectivement enregistré des augmentations de 6% et 26% par rapport à 2015. D’ailleurs, la ventilation des dépôts de demandes de brevets d’invention d’origine marocaine, par nature de déposant, montre que l’année 2016 a connu une progression significative des dépôts émanant des entreprises marocaines (+50%) et des universités (+20%) par rapport à l’année dernière. 56 % des demandes de brevet d’invention d’origine marocaine émanent des universités. De même, l’évaluation des demandes de brevets d’invention d’origine marocaine montre que 38% de ces demandes présentent un caractère nouveau et inventif contre 23 % pour l’année 2015 et 17% pour l’année 2014. Ce qui prouve une montée en gamme qualitativement et témoigne aussi de l’efficacité des efforts consentis à la fois par les centres de recherche des universités et les entreprises. Notons par ailleurs, que l’âge moyen des brevets d’invention en vigueur en 2016 est de 9 ans.

1 – INRH : pilier de l’innovation dans le secteur halieutique

esith-1L’Institut national de recherche halieutique (INRH) ne ménage aucun effort dans sa mission d’accompagner le secteur halieutique. Dans ce sens, et afin de renforcer son positionnement stratégique et son immersion dans l’écosystème halio-industriel national, l’INRH se mobilise avec une plus forte implication dans les projets collaboratifs RDI (Recherche-Développement-Innovation). Ainsi, l’institut a signé en 2016 un deuxième protocole de partenariat avec le Cluster AHP- Agadir pour la réalisation de cinq nouveaux projets collaboratifs RDI pour une durée d’un an. Soulignons que l’INRH est doté de plusieurs laboratoires qui lui permettent de réaliser ses travaux de recherche et d’innovation. Grâce à ses recherches, plusieurs techniques ont été mises au point dans le secteur halieutique. Son laboratoire des contaminants chimiques minéraux travaille, entre autres, sur l’évaluation des niveaux et des tendances de la contamination chimique du milieu marin, notamment par les métaux lourds, ou encore sur l’analyse des paramètres physico-chimiques dans l’eau de mer. De son côté, le laboratoire Biologie Ecologie travaille en particulier sur les paramètres biologiques servant à l’aménagement des stocks, notamment ceux relatifs à la croissance, la reproduction et le régime alimentaire. On note par exemple, que les travaux de recherche biotechnologiques sur les biopolymères marins, notamment la chitine à partir des écailles de sardines et la gélatine à partir des peaux et écailles de sardine, ont conduit à l’optimisation des paramètres opérationnels de l’extraction de la gélatine marine et la conception du système de déminéralisation des écailles pour la production de la chitine technique. De même, l’institut a développé la valorisation de la moule d’élevage et de ses coproduits en générant une gamme d’hydrolysat protéique à haute valeur ajoutée, et en procédant à la conception expérimentale des systèmes de valorisation des coquilles en vue de production de poudre calcique riche en carbonate de calcium et production d’extraits collagéniques à partir des byssus. Ces différents projets innovants réalisés notamment en 2016, sont venus enrichir le palmarès de l’INRH. 

2 – ESITH : vaisseau amiral de la R&D dans le secteur textile

esith-3L’ESITH fait partie de ces institutions qui s’investissent énormément dans l’innovation au service du secteur privé. Grâce à sa direction R&D très performante, l’Ecole supérieure des industries du textile a développé plusieurs solutions ces dernières années dans le secteur du textile. Ainsi, la Direction R&D de l’ESITH s’investit également au quotidien pour accompagner les entreprises dans des projets de développement et d’innovation. «Ceci s’inscrit parfaitement dans la stratégie de l’ESITH de positionner la R&D sur des thématiques porteuses et qui répondent à la fois aux problématiques de l’entreprise au quotidien et à ses besoins futurs en matière de développement de produits, d’outils de décision et de process innovants », précise d’ailleurs Omar Cherkaoui, Directeur de la R&D de l’ESITH.

Dans les détails, l’école a mis en place deux structures de recherches. Il s’agit du laboratoire de Recherche sur les Matériaux Textiles (REMTEX) et le Centre d’excellence en Logistique (CELOG). Le top management précise que plus de 49 projets de recherche appliquée, dont 19 projets concernant des thématiques répondant aux besoins des entreprises et 30 projets font l’objet de sujets de thèse. De même, ces derniers ont été couronnés par plus de 35 publications scientifiques et une quinzaine de brevets susceptibles d’intéresser les entreprises et de déboucher sur des développements industriels. Il va sans dire, que la direction R&D de l’ESITH se positionne de plus en plus comme un partenaire de choix pour prendre en charge la R&D des entreprises du secteur. « Le maintien de la compétitivité du secteur textile passe aujourd’hui nécessairement par l’innovation.

Depuis la création du Cluster des textiles à usage technique, les projets collaboratifs occupent une place stratégique dans ses activités en partenariat avec la R&D de l’ESITH. Ces projets collaboratifs rassemblent à la fois des entreprises du secteur, mais aussi des acteurs de la recherche et développement autour de nombreuses thématiques », fait remarquer Omar Cherkaoui. Parmi les projets collaboratifs développés, on note par exemple le projet «OPAQ’TEX » qui vise à développer une enduction permettant de rajouter les fonctions d’opacité, d’imperméabilité et d’ignifugation à un tissu. Il y a aussi le projet « ISO’TEX » qui vise le développement d’un non-tissé à base de laine pour l’isolation thermique et phonique dans le secteur du bâtiment. 

3 – La Fondation Mascir (Moroccan foundation for advanced science, innovation and research)

esith-2En seulement dix années d’existence, la fondation MAScIR a réussi à se positionner comme un acteur incontournable dans la recherche appliquée et l’innovation au service des entreprises, notamment au Maroc. Dès sa création, la mission qui lui a été confiée est de promouvoir le développement d’un pôle d’excellence basé sur la recherche orientée sur les entreprises en matière des technologies de pointe. Une mission que MAScIR (Moroccan foundation for advanced science, innovation and research) a prise à bras le corps. En témoignent ses nombreuses publications dans des revues scientifiques de renom international. En effet, la fondation a publié pas moins de 500 publications ces dernières années et détient aussi 137 brevets dont 27 à l’international et 25 projets de recherche et développement (R&D). De l’agriculture aux énergies renouvelables en passant par l’industrie, l’eau, l’environnement, la santé jusqu’à l’électronique, MAScIR couvre pratiquement tous les secteurs en vue de permettre aux entreprises de garder une longueur d’avance sur la concurrence grâce à la R&D et l’innovation qu’elle met à leur service. La fondation, au fil du temps, a accumulé un vrai savoir-faire qui lui a permis de nouer des partenariats avec de grands groupes à l’instar de l’OCP, leader mondial. Aujourd’hui, plus de 100 entreprises sont en partenariat avec l’institution. Parmi ces entreprises pour lesquelles MAScIR développe des solutions innovantes, on note entre autres Masen, Dari Couspate, Jacobs, Cosumar, Africables, Managem, l’ONCF, Sothema, ONEE, Lesieur Cristal.

4 – Université Mohammed V de Rabat : une locomotive dans le secteur universitaire

32-48-61L’Université Mohammed V de Rabat est une référence dans le domaine de la R&D et de l’innovation sur le plan national. En effet, l’institution est très active dans ce sens, avec sa Cité de l’innovation dont l’objectif est de développer des partenariats avec des grandes entreprises et des PME dans l’innovation, la recherche, la formation continue entre autres. Dotée d’infrastructure d’accueil technologique arrimée aux standards internationaux et constituée d’un parc technologique à la hauteur de ses ambitions, l’Université Mohammed V de Rabat s’apprête à se positionner en incubateur de startups développant des solutions à haute valeur ajoutée. Plusieurs partenariats sont tissés avec les clusters existants. Parmi la dizaine de startups accompagnées actuellement, quelques unes sont d’ores et déjà sur le point de lancer la commercialisation de leurs produits sur le marché. Un exploit pour cette entité publique dont l’ambition est de favoriser le rapprochement entre l’Entreprise et l’Université à travers la mise en place d’une interface université-entreprise. L’autre objectif est surtout d’inciter ces apprenants à la création d’entreprises innovantes à travers un processus d’incubation. À terme, l’Université Mohammed V de Rabat entend développer 20 projets par an avec les entreprises, déposer 40 brevets annuellement et créer 10 entreprises innovantes par an. Et ce n’est pas tout. L’université organise aussi plusieurs événements dotés de prix en vue d’encourager les startups innovantes et les meilleurs projets R&D dans le royaume. Rappelons aussi que l’institution est dotée de plusieurs centres de recherche d’excellence. On note, par exemple, la création d’un centre en biotechnologies médicales en partenariat étroit avec l’industrie pharmaceutique et d’autres partenaires industriels.

5 – L’École marocaine des sciences de l’ingénieur : une référence

32-48-62L’EMSI mise gros sur la R&D. En contact direct avec le secteur industriel par le biais de la formation, l’école se doit d’être au point en matière de recherche et développement et d’innovation. Ainsi, grâce à son laboratoire «SmartiLab», relié à un écosystème technologique intégré constitué notamment de trois grands clusters (le Maroc Numérique Cluster, le Morocco Microelectronic Cluster, et le Cluster électronique-mécatronique et mécanique du Maroc), l’école développe plusieurs solutions. L’EMSI a aussi mis en place son Club de l’innovation qui regroupe plus de 50 étudiants. L’ambition de l’école est de développer une propriété intellectuelle «Made in Morocco» visant l’encouragement de l’innovation et l’accompagnement des porteurs de projets innovants, dans une démarche intitulée « From the Lab to the Fab ». Parmi les exploits du SmartiLab, on compte la création du premier compteur intelligent de la consommation électrique marocain baptisé « SmartiCount ». Il s’agit d’une innovation qui permet de suivre en temps réel la consommation en énergie électrique. Et pour les distributeurs d’électricité, SmartiCount permet, entre autres, une télé-gestion et une télé-tarification, et leur offre aussi la possibilité de détecter l’utilisation frauduleuse du réseau électrique. Notons que l’un des principaux objectifs du « SmartiLab », est d’offrir aux industriels marocains et étrangers des solutions technologiques à forte valeur ajoutée.

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