Financement

Relance post-Covid-19 : un nouveau produit étatique inédit pour les entreprises marocaines

On en sait un peu plus sur les contours de la deuxième vague de produits financiers étatiques pour le soutien à l’économie dans la phase post-crise sanitaire qui a infligé au Maroc la pire récession depuis plus de vingt ans.


En effet, après y avoir travaillé en toute discrétion, la Caisse Centrale de Garantie (CCG) s’apprête à lancer un nouveau produit de financement des investissements viables portant sur la création, l’extension ou le renouvellement des capacités de production et dont la composante « immobilier/foncier » dans le volet d’investissement ne dépasse pas 25% du programme finançable. Intitulé Tamwil Relance, ce produit a été conçu sur le modèle de Damane Relance, le produit phare de la relance post-confinement mis en place en juin 2020 pour le financement du besoin en fonds de roulement des entreprises de moyennes et de grandes tailles impactées par la crise du Covid-19, mais il vient épouser tout de même les objectifs assignés au Fonds Mohammed VI pour l’Investissement tant en matière de secteurs prioritaires que d’horizon de financement. Aussi, Tamwil Relance sera le seul crédit d’investissement normé et distribué à grande échelle par le secteur bancaire dont la maturité peut atteindre 15 ans pour un différé ne pouvant atteindre 50% de la maturité du prêt (contre 7 ans au maximum pour Damane Relance pour un différé de deux ans) ! Une première pour les entreprises marocaines qui manquaient jusqu’alors cruellement de financement à long terme hormis pour une infime minorité qui pouvait aspirer à des financements structurés (notamment pour le financement des infrastructures dans le cadre des concessions publiques par exemple ou des secteurs particuliers comme l’hôtellerie).

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Par ailleurs, n’y seraient éligibles (du moins dans sa version bêta actuelle), que les sociétés relevant des finalités et des secteurs d’activité couverts par l’intervention du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement tels que décrit par la loi 76-20. Rappelons que dans ce texte législatif qui l’a porté aux fonts baptismaux, le bras armé de l’État dans la relance post choc du Covid-19, dont la stratégie de déploiement est en train d’être fignolée par les deux premiers groupes bancaires marocains à travers Upline Corporate Finance et Attijari Corporate Finance (respectivement filiales de la BCP et Attijariwafa bank), priorise « les domaines de la restructuration industrielle, de l’innovation et des activités à fort potentiel de croissance, de la promotion des petites et moyennes entreprises, des infrastructures, de l’agriculture et du tourisme ». Autant dire qu’avec le passage « promotion des petites et moyennes entreprises », cela peut toucher le monde ou presque à priori (sachant que la PME représente plus de 95% des entreprises au Maroc !), mais on verra bien lors du lancement effectif de Tamwil Relance. Sur un autre registre, et contrairement à Damane Relance qui est un crédit bancaire bénéficiant de la garantie de l’État pour une part allant de 80% à 90% (dépendamment de la taille des entreprises), Tamwil Relance est, lui, un véritable prêt à débloquer sur le bilan de la CCG mais en étant obligatoirement couplé à un crédit bancaire dans un mix (un tiers financé par l’Etat à travers la CCG et deux tiers apportés par la banque commerciale qui le distribue). La part de l’État étant plafonnée à 50 millions de DH, cela permettra aux bénéficiaires éligibles de disposer d’un prêt à long terme allant jusqu’à 150 millions de DH. Pour l’instant, le taux d’intérêt à appliquer à la tranche à financer par l’État n’est pas encore connu mais des sources proches de la CCG affirment qu’il ne dépassera pas 2,5% HT, et ce pour permettre un taux de sortie global moyen aux alentours de 4% HT.

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Enfin, une autre souplesse a été introduite par rapport au mécanisme Damane Relance à savoir la non exclusion automatique des dossiers de sociétés dont le ratio d’endettement (Dette nette/Excédent Brut d’Exploitation) dépasse 7. Pour cette catégorie de demandeurs à priori surendettés (puisque leur notation financière au regard de ce seul critère déterminant pour les agences de notation serait presque inexorablement C, soit celle juste avant le Défaut !), un examen ad hoc sera établi par la banque et la CCG si le business plan présenté est jugé probant. Rappelons qu’à fin décembre 2020, ce ne sont pas moins de 66.200 entreprises qui ont bénéficié de Damane Relance et/ou Damane Oxygène pour une enveloppe globale de 53 milliards de DH, hors établissements publics. Combien de sociétés vont-elles accourir cette fois-ci pour obtenir Tamwil Relance ? L’avenir seul nous le dira mais espérons que les financements en fonds propres (également dans la feuille de route du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement) ne tarderont pas à être déployés car les produits de dettes sont certes utiles pour investir et financer le cycle d’exploitation mais, utilisés à forte dose, ils peuvent avoir un effet létal pour ceux qui en bénéficient en hissant le risque d’insolvabilité et en y siphonnant les marges bénéficiaires.

 
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