Société

Rentrée scolaire: Les parents ont le couteau sous la gorge

De 500 à 10.000, voire 100.000 DH, c’est le prix de la rentrée selon les écoles. Pour les parents d’élèves, la saignée a commencé, et pour une année, ils devront faire face aux dépenses de leurs progénitures. par Noréddine El Abbassi


«Vu le prix des fournitures scolaires, pourquoi les supermarchés ne placent pas les stands de produits contraceptifs à côté», a-t-on vu passer sur les réseaux sociaux. Ce n’est évidemment pas une blague qui fait rire les parents d’élèves. Retour en arrière. C’était au mois de mai, lorsque Mohamed devait s’acquitter des frais de scolarité pour ses deux enfants, à la veille du Ramadan: «j’avais l’impression qu’on me prenait à la gorge. Je devais faire face à cette dépense, en plus des dépenses du mois sacré, qui arrivait», explique-t-il. Salarié, il ne peut compter sur aucun «extra», pour arrondir les fins de mois. Ses enfants sont scolarisés dans une école privée marocaine, «bilingue» comme on aime à le préciser. Mais dès le mois d’avril, la note s’annonçait salée: «on m’a demandé 6000 DH par enfant, tout compris. Ce qui me soulage, c’est de ne pas avoir à être derrière pour les fournitures. Mais tout de même, c’est une somme!» Pour tempérer ensuite: «tous les enfants sont à la même enseigne. A la mission, ils seraient complexés que je ne leur achète pas une trousse «de marque» à 150 DH ou un cartable à la mode, qui ne tiendra pas l’année mais qui me coûtera 700 DH. Là au moins, tous les enfants sont équipés à la même source», analyse-t-il. Que l’on soit issu d’un milieu défavorisé, ou d’une classe sociale aisée, les faits sont là: la rentrée rime avec saignée, pour les parents, mais pour les marchands de matériel et autres acteurs du business, c’est la curée…

Public ou privé, le choix ne se pose pas réellement
Adil, cadre supérieur de 45 ans, a scolarisé son enfant à la Mission Française. Il ne cesse de geindre: «dès avant la rentrée, on m’a demandé 7000 DH par enfant. Pourtant j’ai la nationalité française. Parfois je me dis que je ferais mieux de m’installer en France, pour éduquer mes enfants, malgré la montée de l’islamophobie. Avec deux SMIC, le niveau de vie est meilleur là-bas qu’ici. Chaque année les prix augmentent, et cela ne s’arrête jamais. En outre, les enfants doivent faire de la musique, du sport, partir en voyage… A chaque fois j’ai l’impression de me faire traire. Si j’avais su, jamais je ne serais rentré». Sa plainte on l’entend dans les cafés proches des papeteries, comme une litanie que beaucoup de pères répètent.
Hanane, 35 ans, divorcée, doit faire face à la rentrée toute seule: «heureusement que mes parents m’aident. Mon fils est scolarisé dans le privé, donc cela a tout de même un certain coût»… Rachid, intellectuel de 38 ans, lui, assène, «C’est presque une publicité pour le célibat, l’adoption ou carrément l’expatriation», tout en se rassurant: «mes enfants étudient dans un bon lycée public. ça va aller je pense. Ok, je dépense beaucoup en cours particuliers. Mais au final, l’école est en faillite partout.» Selon lui, l’école n’est plus en mesure de réaliser sa mission. Preuve selon lui? La multiplication des cours particuliers. A moins d’étudier au Lycée Louis Massignon, qui reste inabordable pour sa bourse, son constat est le suivant: «l’école doit apprendre aux élèves à lire, à compter, et à penser. Sauf que cela dépend des enseignants. Les parents, eux, ont pour mission d’éduquer les enfants et non de confier cela à l’école. Ils sont démissionnaires. Plus tôt dans ma vie, j’ai fait le choix de la famille et non de la carrière. Ce qui me permet de consacrer du temps à l’éducation et de l’argent à combler les lacunes de l’école».

Ecole américaine: réservée aux patrons?
Changement de décors dans les écoles anglo-saxonnes. Les espaces sont grands, aérés, loin des impressions de prisons à ciel ouvert des écoles publiques, avec des cours de sports et des espaces verts. ça sent la chlorophylle et les plantes odorantes. Vu les prix pratiqués, ont comprend qu’on a fait le choix de la qualité. Comme si une «super élite» avait vu le jour, trilingue et majoritairement anglophone. On adopte l’enseignement par projets, qui tire un trait d’union entre les différentes disciplines enseignées. La logique est celle de l’enseignement moderne, à la pointe des nouvelles «tendances américaines». Oui, c’est cher, très cher, 100.000 DH par enfant et par an en moyenne. Rares sont les parents qui peuvent se le permettre.
Houda 36 ans, commente: «l’enseignement traditionnel vise à créer de la hiérarchie. L’enseignement moderne à apprendre une méthodologie, un raisonnement et à dispenser un savoir. Ce qu’on n’est plus en mesure de faire de nos jours. Donc, au lieu d’harmoniser l’enseignement, on crée de la hiérarchie entre les écoles elles mêmes. Les patrons seront à l’école américaine, les cadres supérieurs et moyens à la française, espagnole et italienne, les cadres «ouvrier en col blanc» dans le privé marocain et les ouvriers, sans aucun avenir, dans le public. C’est simpliste, mais cela revient à cela!» Et à chaque étage on paie, pourrait-on ajouter, pour changer la «caste» dans laquelle évoluera son enfant…

Le réussite par l’effort: une loterie de l’avenir?
Autre aspect de l’école publique. Omar qui en a fait un choix conscient. Montant de la rentrée? 500 DH, avec en prime un reliquat de l’année passée. «J’avais prévu large, mais ça va. Les enseignants sont sympas et aiment leur travail. Ils ne voient pas souvent des enfants comme les miens, donc ça les change. Ce qui me coûte de l’argent, c’est les «extras», comme les cours particuliers et les cours de langue. Malheureusement, je ne peux pas leur offrir plus. Mais avec un peu de chance, ils pourront décrocher une bourse pour une meilleure école.» Pour confirmer cette hypothèse certes rare, Omar cite l’exemple de Maria, élève boursière de l’enseignement français. Aujourd’hui, elle fait de la recherche à l’Ecole Normale Supérieure, après un diplôme de l’Ecole Polytechnique. «Dans la vie, il y a aussi le facteur chance. Ok, il faut mettre tous les atouts de son côté. Mais parfois, même si l’on est né avec une cuillère d’argent dans la bouche, on n’est pas à l’abri d’un accident de parcours…»

 
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