Dossier

Ressources humaines dans la santé. Le Maroc peut-il gagner la bataille ? [Dossier]

Le système marocain de santé souffre d’un manque cruel en ressources humaines et d’un déséquilibre régional dans leur répartition.  Le Maroc qui ne dispose que de 8.442 médecins généralistes et 14.932 spécialistes, a besoin aujourd’hui de 97.566 professionnels, dont 32.522 médecins et 65.044 infirmiers. Le taux d’occupation des postes (médecins, infirmiers et techniciens), lui, ne dépasse pas 30%.  Et pour ne rien arranger, chaque année, 600 médecins formés dans les facultés de médecine et de pharmacie du Royaume quittent à grand flux le pays pour des destinations qui présentent des conditions de travail plus attrayantes.


Pour faire face à l’énorme déficit en ressources humaines, à l’aube de la généralisation de la couverture médicale, le gouvernement a décidé de valoriser le capital humain, à travers la levée des obstacles imposés sur la pratique des médecins étrangers au Maroc, la création d’un statut de la fonction publique de santé, l’amélioration de l’attractivité du secteur public, la motivation du capital humain et la réforme de la formation. Le Royaume peut-il gagner cette bataille après avoir essayé depuis 2007 de renverser la tendance ? 

Les prochaines élections n’ont pas fait perdre de temps aux parlementaires. Malgré la précampagne électorale, la Commission des secteurs sociaux du Parlement a pris le temps, le mercredi 16 juin 2021, d’examiner, en présence du ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, le projet de loi modifiant et complétant la loi n°131.13 relative à l’exercice de la médecine et destiné à réviser les conditions d’accès pour les médecins étrangers au Maroc, dont le texte est déjà adopté en Conseil du gouvernement (voir témoignage de Saida Ait Bouali, Présidente de la commission des secteurs sociaux à la Chambre des représentants).

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Il faut dire, que non seulement la pandémie a remis sur le devant de la scène la réforme du système de la Santé, mais ce chantier s’est rapidement accéléré au lendemain du discours royal sur la généralisation de la protection sociale. Cette future généralisation destinée à terme à couvrir 22 millions de personnes actuellement dépourvues d’assurance maladie, nécessitera des ressources humaines médicales pour sa réalisation. C’est pourquoi, dans l’un des principaux fondements de la réforme du système de santé, figure en très bonne place la valorisation des ressources humaines en levant les obstacles imposés par la loi 131.13, sur la pratique des médecins étrangers au Maroc, en promulguant de nouvelles règles qui s’appuient sur le principe de l’égalité de traitement entre les médecins marocains et leurs confrères étrangers.

Le but, selon Khalid Ait Taleb,  est que le médecin étranger pourra exercer sa profession selon les mêmes conditions appliquées à son confrère marocain et les médecins étrangers qui pratiquent actuellement au Maroc. Mais pour les médecins, du moins ceux du secteur privé, la vérité se trouve ailleurs. Sous l’impulsion du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM), leurs représentants, qui tiennent à préciser qu’ils ne s’opposent pas à l’ouverture de la porte aux compétences étrangères, ont déposé sept propositions d’amendements de la loi, qui à leurs yeux, permettront de renforcer le système de santé.

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Ils demandent ainsi, à ce que le recrutement des médecins étrangers soit dirigé de façon prioritaire vers le secteur public qui souffre d’un grand déficit en ressources humaines, l’accès au secteur privé ne leur soit ouvert que dans les déserts médicaux et suivant les besoins déterminés dans le cadre d’une carte sanitaire et pour deux ans (renouvelables en cas de nécessité), le contrôle de leurs compétences soit assuré par les ministères de la Santé, de l’enseignement Supérieur, et de l’Intérieur. Ils proposent également, que la préférence aille en priorité vers les médecins nationaux exerçant à l’étranger par la mise.

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