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Sahara: les Etats-Unis s’en mêlent

Le département d’Etat cherche d’autres voies pour le règlement du conflit du Sahara. La situation au Sahel crée l’urgence. 


Les différentes rencontres entre le Maroc et le Polisario n’ont pas permis d’avancer sur la voie d’un règlement, chacun campant sur ses positions. Tous les pays membres du conseil de sécurité ont dit, plus ou moins clairement, que l’option séparatiste n’en est pas une, parce qu’elle ne peut être négociée et acceptée par les deux parties. La proposition marocaine d’autonomie élargie est donc la seule proposition crédible.
L’Algérie et le Polisario continuent à faire barrage à toute solution définitive. Malgré leurs échecs répétés, ils tentent toujours d’étendre le mandat de la Minurso au « respect des droits de l’homme », pour ouvrir une brèche dans le contrôle des provinces du Sud par le Maroc.
Cette situation de ni guerre, ni paix, ne gênait pas les grandes puissances. Mieux, elle leur permettait de sauvegarder leurs intérêts auprès des deux belligérants, le Maroc et l’Algérie, sans être obligées de prendre position. Le conseil de sécurité n’ayant pas la faculté d’imposer une solution au conflit, s’accommodait du cessez-le-feu respecté depuis vingt ans.
Seulement, l’aspect sécuritaire est venu déranger cette tranquillité. Ce qui se passe au Mali et dans les pays voisins inquiète au plus haut niveau les puissances occidentales. Si la perspective d’un Etat taliban au Mali est écartée, il n’en demeure pas moins que la menace terroriste persiste et qu’elle est capable d’ébranler des états, fragilisés par des conflits armés, le tribalisme et l’incurie des dirigeants.
Ce contexte nouveau a mis en lumière les liens entre les Jihadistes et le Polisario. Les jeunes des camps, désœuvrés parce que l’Algérie ne leur permet pas de travailler, ce qui est un droit pour les réfugiés, sont une proie facile pour « Al Qaïda ». L’on sait qu’ils sont présents dans les trafics transfrontaliers, or ceux-ci sont contrôlés par les Jihadistes depuis plusieurs années. Politiquement ces jeunes, nés et élevés dans les camps, ne voient aucun horizon et n’ont plus confiance dans une direction, celle du Polisario, qui ne leur propose que le statu quo. Ils sont prêts à troquer l’illusion séparatiste contre celle du califat islamique. Les camps sont en contact avec les frontières du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie, du Mali etc… L’Occident ne peut se permettre aucune déstabilisation de cette région, aux portes de l’Europe. C’est ce qui crée un sentiment d’urgence.

Christopher Ross, lors d’une rencontre dimanche 24 mars 2013 à Dakhla avec des parlementaires, élus et acteurs de la région d’Oued Eddahab-Lagouira.

Diplomatie parallèle
La France en guerre au Mali, n’a pas changé d’optique. Paris soutient ouvertement l’autonomie sous souveraineté marocaine, mais n’en fait pas son cheval de bataille. Elle insiste plus sur la nécessité de l’intégration régionale au niveau économique, du grand Maghreb, pour inciter à un règlement du conflit.
Les USA s’impliquent beaucoup plus. Manhasset n’ayant pas donné de résultats, le département d’Etat tente de prospecter d’autres voies. C’est maintenant officiel, des chercheurs, des universitaires marocains, sahraouis unitaires ou séparatistes vont se rencontrer, sans préalables, pour échanger sur l’avenir du territoire. Il ne faut pas en attendre des miracles, mais il est intéressant de constater l’originalité de l’approche. On fait appel à des forces relevant de la société civile, pour faire avancer les pourparlers officiels.
Il est clair cependant, que seul l’approfondissement de la démocratie en Algérie permettra de décongeler ce conflit factice. Car, même la menace terroriste n’a pas atténué la haine du Maroc, charriée par l’oligarchie militaire. Le peuple algérien continue à voir ses propres ressources entretenir, sur son propre territoire, le terrorisme qui le frappe. Cela fera sans doute partie des revendications dans le cadre du changement démocratique à venir. 

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