Géopolitique

Sahara Marocain : tout concourt à la fin du Polisario

Les derniers évènements au poste-frontière de Guerguerat reliant le Maroc à la Mauritanie font entrer le Royaume dans un temps diplomatique nouveau qui lui est hautement favorable. Au-delà de l’incident de blocage des frontières par des miliciens du Polisario suivi du rétablissement de la circulation des biens et des personnes par les forces armées royales, comprendre le momentum et le contexte géopolitique de cette crise est plus révélateur que la crise elle-même.


Un contexte international favorable au Maroc

En effet à l’origine de la montée en tensions de la région, la décision du Polisario de procéder à la fermeture du passage frontalier de Guerguerat montre que les mercenaires ne veulent plus prolonger l’accord de paix de 1991 dans la mesure où le cessez-le-feu cantonne le différend sur le terrain politique. C’est précisément sur ce terrain que le Maroc a objectivement remporté de grandes batailles diplomatiques ces dernières années où pas moins d’une vingtaine de pays ont retiré leur reconnaissance de la RASD.
Si la défaite diplomatique n’est pas chose nouvelle, le Polisario a en revanche bien perçu le changement de ton que prenaient les Nations-Unies. Le Polisario en plus de perdre la bataille diplomatique a perdu considérablement de son influence au sein des organisations internationales. L’Union africaine a laissé l’exclusivité de la résolution de ce conflit aux Nations Unies, et cette dernière, du fait de la terminologie utilisée par son secrétaire général, mais aussi par l’hostilité de tous les membres du conseil de sécurité de la création d’un nouvel État dans la région fait que l’ensemble des bases de résolution de conflit converge vers le projet d’autonomie proposé par le Maroc.
Enfin le Polisario est mis à mal par sa branche la plus jeune qui, abreuvée pendant des années par le rêve d’un État se radicalise de plus en plus et veut quitter le terrain diplomatique. Cette pression est d’autant plus forte que la cooptation des anciens chefs du Polisario par l’Algérie n’est plus un argument d’autorité du fait de la crise systémique que traverse Alger.
Le deuxième momentum est amené par l’affaiblissement structurel de l’Algérie du fait des multiples ébranlements qu’elle traverse. En effet, en plus d’être le pays le plus touché de la région par la pandémie du Covid-19, l’Algérie traverse un séisme économique aux fortes répercussions sociales du fait de l’effondrement des prix du baril qui stagnent autour de 40 USD le baril de Brent, là où Alger aurait besoin de 157 dollars le baril pour avoir un budget à l’équilibre. Cet affaiblissement économique intervient précisément au moment où le pouvoir traverse une profonde crise politique; en plus de la tension politique suscitée par le Hirak, et la pression d’une possible reprise de ce mouvement, le gouvernement algérien a aggravé cette crise avec l’organisation d’un référendum fortement désavoué par la population avec un taux de participation de 26%, alors qu’elle était la mesure phare du gouvernement en réponse au Hirak. Enfin, l’hospitalisation prolongée du président Tebboune en Allemagne pour une durée inconnue a décapité l’exécutif algérien qui traverse une énième guerre des clans entre les partisans du président, de l’État-major de l’armée et ceux du DSS ( Département de Surveillance et de Sécurité, ndlr) .

Cette profonde crise systémique fait qu’aussi bien constitutionnellement que dans les faits, l’exécutif algérien est dans un brouillard total, incapable donc de réagir et de coordonner une politique efficace face à l’intervention militaire marocaine au Sahara.

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Enfin le troisième point contextuel que doit prendre en considération le Maroc est le retrait partiel des États-Unis dans les affaires internationales initié par Obama avec sa doctrine « leading from behind » et poursuivi par le président Trump avec son isolationnisme politique et son protectionnisme économique. Cette tendance diplomatique qui a toutes les chances d’être poursuivie par le président Biden affaiblit structurellement le poids de l’ONU dans les résolutions de conflits et ce sont donc davantage les rapports de force et les alliances multilatérales qui priment comme nous avons pu l’observer récemment avec le conflit du Haut Karabagh. C’est pour le Maroc, qui acquit à sa cause la majorité des chancelleries du monde sur sa souveraineté territoriale, une opportunité d’entrer dans un temps diplomatique nouveau.

Comment la diplomatie marocaine peut-elle tirer avantage de ce contexte ?

L’intervention des forces armées royales, des semaines après le début des blocages au poste-frontière de Guerguerat a permis d’acter que le Polisario avait violé le statuquo, comme en témoigne les nombreuses déclarations du Secrétaire General des Nations unies à ce sujet. Ainsi, dans ce conflit gelé depuis 1991, le Maroc agit en situation de légitime défense, mais doit utiliser cette situation de fait pour garder le contrôle et la surveillance militaire de la région tampon. Cela peut être facilement obtenu par la Mauritanie dans la mesure où Nouakchott a également souffert de ce blocage, et l’argument sécuritaire -en plus d’être prouvé par les incursions du Polisario- est un argument de poids à l’heure où les regards sont tournés vers le nord Mali et la Libye. Le Maroc est un pôle de stabilité que nul ne voudra fragiliser.
Ce conflit dès lors prend une autre tournure. Ce n’est plus aux yeux de la communauté internationale, deux belligérants qui œuvrent à une solution sur le terrain politique, mais plutôt un État qui veut résoudre le conflit par la voie diplomatique face à une entité qui veut perturber ces efforts et à tout prix passer par la voie des armes. Cela ne peut que renforcer le soutien au plan d’autonomie marocain auprès des Puissances membre du conseil de sécurité comme la Chine qui a besoin d’une région stable pour la mise en place de son vaste plan des routes de la soie, ainsi que de la Russie qui, après ces interventions en Syrie et Libye, a orientée sa doctrine diplomatique en soutiens aux États et à combattre toutes les entités qu’elle perçoit comme déstabilisatrices par nature. Le Maroc doit donc garder le conflit sur le terrain politique qui lui est hautement favorable et répondre si besoin au terrain militaire en conservant les avantages acquis sur le terrain.

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Enfin, il est possible que la branche jeune du Polisario parvienne à imposer sa vision d’un retour à une guerre auprès des anciens cadres du mouvement qui savent que le rêve d’indépendance relève depuis bien longtemps d’une chimère. Les jeunes du Polisario sont plus idéalistes, plus radicaux, mais n’ont en revanche aucune expérience militaire de terrain. Or le rapport de force est naturellement clairement en la faveur des FAR. Une guerre à proprement parler est improbable, mais des accrochages soutenus et violents ne sont en revanche pas à exclure. Dans ce cas de figure, la supériorité militaire marocaine ne va pas changer la séparation édifiée par le mur de sable, mais pourra tuer dans l’esprit de cette milice l’idée de victoire sur le plan militaire, comme la diplomatie marocaine a déjà tué l’idée d’une victoire sur le terrain diplomatique. Seulement, alors les vraies négociations débuteront, inéluctablement dans le cadre du plan d’autonomie proposé par le Maroc.

Par Anas Abdoun

Anas Abdoun est analyste en prospective économique et géopolitique chez Stratas Advisors, une compagnie de consulting spécialisée dans le secteur pétrolier, où il suit les marchés énergétiques au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, ainsi qu’en Afrique subsaharienne. Il est également consultant indépendant basé à Casablanca.

 
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