Dossier

SAMIR : les responsables du naufrage

La catastrophe de la SAMIR n’est pas le fait de la seule entreprise Coral et de son comportement de prédateur sans vergogne. Il y a bien des responsabilités nationales, jamais évoquées dans le débat public, alors que l’Etat et les banques y ont perdu près de 50 milliards de dirhams, que le Maroc ne dispose plus d’aucune raffinerie au péril de son indépendance énergétique, que des milliers de salariés ont été spoliés de leurs droits, que la catastrophe est d’une envergure inégalée.


Ceux qui attaquent l’opération de privatisation n’ont pas d’arguments convaincants. Elle a respecté les injonctions légales, l’offre concurrente était trop faible sur le plan financier bien que le prix payé représentait exactement le cash-flow de l’entreprise à l’époque. Ce que l’on feint d’oublier, c’est que le cahier des charges imposait le transfert de l’usine dans les cinq ans pour des raisons écologiques, mais surtout de sécurité, l’usine étant en plein milieu de la ville.

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Les responsabilités concernent les largesses accordées aux Saoudiens. La douane a tenté de réclamer son dû, et il y a eu une intervention du palais saoudien pour desserrer l’étau. Résultat, la créance a gonflé au fil des ans. Les banques sont allées au-delà de toute prudence et se retrouvent avec une créance irrécouvrable. Elles ont été beaucoup moins compréhensives avec un groupe marocain, très citoyen, très éthique, celui de la famille Sekkat dans l’affaire Maghreb Steel.

Le transfert de la raffinerie a été renvoyé aux calendes grecques. Or, c’est cette disposition qui a refroidi les candidats au rachat et baissé le prix de vente lors de la privatisation.

Le gouvernement actuel, qui a hérité de la situation sans en être le moins du monde responsable, enfile les perles quand il déclare chercher un repreneur. Dans la situation actuelle, il n’y en aura jamais.

L’endettement est abyssal, la remise en état de marche de la raffinerie est un investissement important et si la sécurité des habitants est toujours une priorité, il faudra bien prévoir le transfert de l’unité, fixer une date butoir et pour l’éventuel acquéreur les fonds propres qui vont avec. Même à un dirham symbolique, c’est inintéressant pour des investisseurs sérieux.

L’abandon des créances de l’Etat est légalement possible, techniquement faisable et politiquement indéfendable. Les tiers, en particulier les banques, ne peuvent envisager une telle issue. En tous cas, nul ne peut les y obliger même si le recouvrement est compromis.

Il faut tirer les conclusions de cette affaire. Des aigrefins ont profité d’une ambiance diplomatique, du palais saoudien, pour gruger le Maroc. Si le gouvernement et les banques avaient respecté les règles, les pertes auraient été plus limitées et la Samir viable.

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