Interview

Sara Bellali, membre de l’équipe du Pr Raoult : « Le taux de guérison du covid-19 au Maroc est très élevé »

Engagée dans la lutte contre le coronavirus au sein de l’équipe du Pr Didier Raoult à l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) de Marseille, Sara Bellali revient sur le nouveau rebondissement dans l’affaire de la chloroquine. Dans cette interview, la jeune marocaine ingénieure de recherche, analyse l’évolution de l’épidémie du nouveau coronavirus au Maroc.


Challenge : L’Organisation mondiale de la santé a annoncé mercredi avoir repris ses tests sur l’hydroxychloroquine, après les avoir suspendus suite à la publication d’une étude dans la revue médicale The Lancet. Que pensez-vous ?

Sara Bellali : Je précise de prime abord qu’il s’agit plutôt d’une étude basée sur l’observation puis publiée dans le journal britannique « The Lancet ». Il s’est avéré, selon une enquête, que ces supposés data de patients de plusieurs hôpitaux analysés par ses initiateurs, ne sont pas vrais. Ce qui a poussé l’éditeur du journal à retirer l’étude. Malheureusement, l’OMS s’est précipitée pour décider de la suspension temporaire des essais cliniques avec l’hydroxychloroquine. Heureusement également, qu’elle a tout de suite compris que cette étude était fausse et a décidé de reprendre les essais cliniques suspendus après la publication, dans « The Lancet », de cette étude remise en question par la revue elle-même. Il faut dire que plus d’une centaine de chercheurs dans le monde ont réagi par rapport à cette étude en envoyant des lettres signées au journal pour pointer des inquiétudes liées à la méthodologie même de cette étude et demander qu’elle soit réanalysée. D’ailleurs, les responsables de l’essai clinique britannique Recovery avaient envoyé à une lettre à l’OMS, annonçant que l’hydroxychloroquine n’augmente pas la surmortalité et qu’elle n’est pas non plus dangereuse pour les patients covid-19. Tout cela a amené l’OMS à reprendre les essais cliniques.

Challenge : Ce samedi 6 juin, le Maroc comptait 8132 cas confirmés depuis l’apparition de la pandémie.  Le nombre de patients déclarés guéris se chiffrait à 7278. Le nombre de décès se chiffrait à 208. Quelle lecture faites-vous de cette évolution sachant que le Maroc avait décidé de maintenir son protocole médical à base de chloroquine contre la pandémie ?

S.B : Beaucoup de pays avaient maintenu l’utilisation du traitement à base de chloroquine en dépit de la recommandation de l’OMS.  En effet, en se basant sur les résultats préliminaires du protocole thérapeutiques, ces pays ont tout simplement remarqué que depuis l’utilisation de ce protocole, le nombre de guérison n’a pas cessé d’augmenter avec un taux de mortalité très stable et très faible par apport à d’autre pays.  C’est pour vous montrer une fois encore que l’efficacité de ce médicament a été traduite par son résultat positif sur le terrain, ce qui a motivé ces pays de le maintenir. Les autorités marocaines l’ont certainement constaté d’où leur décision de poursuivre le protocole.  Le Maroc est dans la bonne voie. Le taux de guérison est très élevé et tout cela grâce aux décisions proactives que le gouvernement avait pris. Le Maroc a bien géré la situation, il est devenu un exemple à l’échelle mondiale dans la gestion de cette crise sanitaire.

La chercheuse en compagnie de Pr Didier Raoult (à gauche)

Challenge : A l’IHU Méditerranée Infection, l’équipe pilotée par Pr Didier Raoult dont vous faites partie a traité des milliers de patients atteints infectés par le coronavirus avec protocole médical à base de chloroquine. Quid des résultats ?

S.B : A l’IHU Méditerranée Infection,  plus de 3300 patients ont été traités avec ce protocole médical à base de chloroquine. Le nombre de décès est très faible (18 morts). Ainsi, à Marseille, nous avons le taux de mortalité le plus faible dans toute la France. Et tout cela, grâce à la stratégie de dépistage massive, en plus de l’isolation et du traitement des patients positifs. Je précise noter qu’à  l’IHU, il n’y a jusque-là aucun accident cardiaque ou effet indésirable très grave à cause du traitement. Pour le moment, la situation reste stable et nous n’avons presque plus de  cas positifs à Marseille en dépit du nombre élevé de tests réalisés.

Challenge : Comment expliquez-vous le fait que les pays africains utilisant la chloroquine dans le traitement du covid-19 affichent un faible taux de létalité alors que les pays européens qui en font de même ont un haut taux de létalité ?

S.B : L’hydroxychloroquine est l’un des traitements les plus prescrits dans monde, en prévention et en traitement du paludisme, mais également dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, de certaines formes de lupus, et en prévention des formes sévères d’allergie au soleil (lucite). Comment alors un médicament ou une molécule qui existe sur le marché depuis 50 ans, devient du jour au lendemain, le plus dangereux au monde ? C’est une grande question pour laquelle, on aura la réponse dans les prochains jours.

Pour revenir à votre question, je dirai que plusieurs raisons expliquent pourquoi ces pays ont mieux réussi à gérer la crise. Il faut noter d’abord que l’épidémie avait bien commencé par l’Europe avant d’arriver en Afrique où les pays ont eu le temps de s’y préparer. Leur stratégie consiste à dépister et traiter le patient avéré positif.

Autre facteur déterminant : la composition démographique qui n’est pas la même. L’Europe compte beaucoup de personnes âgées. Même si tout ceci reste encore   à démontrer par une analyse internationale, toujours est-il que la clé reste le dépistage, le traitement précoce et l’isolement.

 
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