Blog de Jamal Berraoui

Immobilier: situation préoccupante


N
ous avons la fâcheuse habitude d’attendre  que les crises s’installent, montrent tous leurs effets pour tenter de réagir. Le secteur de l’immobilier a tiré la croissance pendant près de deux décennies. Aujourd’hui, il tire la langue. Pour le créneau du luxe, c’est acté et expliqué. La demande subit le contrecoup de la crise en Europe, parce que les étrangers en constituaient une part  importante. Aujourd’hui, ce que l’on peut appeler le moyen, donne des signes d’essoufflement. Plusieurs projets sont très en retard sur leur programme de  ventes, même quand ils révisent leur prix à la baisse, par le biais d’offres de mobilier ou d’une cuisine équipée. Dans la région côtière de Casablanca, des appartements achetés il y a deux ans à 12000 DH le mètre carré, ne trouvent pas d’acquéreur à ce prix, alors qu’ils sont sur le marché depuis six mois. La classe moyenne au Maroc n’a pas subi de grand  choc économique qui expliquerait cette baisse de la demande. Il ne faut pas se précipiter sur les dernières mesures fiscales, plus symboliques que réellement confiscatoires pour expliquer le phénomène.


 On est dans une configuration où il faut une véritable étude, sérieuse pour déterminer la nature de la crise. Car, l’on peut être face à une contraction  psychologique, du genre anticipation de la crise économique, ou alors attentisme spéculant sur une éventuelle baisse des prix. Mais l’on peut aussi être  face à une diminution structurelle de la demande, les couples constituant la classe moyenne étant en majorité déjà propriétaires. Dans ce dernier cas, la restructuration de l’offre aura un coût financier pour  les promoteurs immobiliers. Les très grandes entreprises n’affichent des bénéfices en 2012 que grâce au logement social, qu’elles  continuent à présenter comme un engagement citoyen. Les autres sont en difficulté, à cause des tensions de trésorerie. C’est le constat fait par des banquiers de grande envergure.  Que peut-on y faire ? Si l’analyse aboutit à un tassement passager, rien. Mais si c’est structurel, il faudra sans doute une panoplie de mesures plus incitatives pour les acquéreurs, la classe moyenne.  

Plaider pour ce genre d’action publique n’est pas facile dans un environnement gangrené par le populisme. Pourtant, il faudra le faire pour plusieurs  raisons. La première, est que ce secteur est un gros employeur des jeunes sans qualification. Ce sont des emplois très difficiles à faire émigrer vers d’autres  activités. La seconde, c’est l’impact de l’immobilier sur l’industrie (les matériaux de construction), mais aussi sur l’artisanat. Pour l’instant, nous sommes face à un ralentissement  qui peut s’avérer passager, auquel cas tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais ce n’est pas le point de vue des professionnels qui  estiment que la situation est préoccupante et qu’on est face à une tendance sourde. Il leur faudra en convaincre l’exécutif. ■

 
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