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Soudan-Algérie : des similitudes flagrantes

Deux peuples face à une institution prégnante, l’armée, sans voie réelle vers une transition démocratique, c’est la même situation à Alger et à Khartoum.  


L’histoire du Soudan et celle de l’Algérie paraissaient très différentes. Le Soudan a connu une succession de coups d’Etat, souvent soutenus par les Islamistes sauf dans le cas de Hashem El Atta, qui était soutenu par les communistes et les syndicalistes de Mahjoub. Omar Bachir a régné pendant 36 ans, au début avec l’assentiment des Islamistes, qu’il a écrasés ensuite. Sa gestion dictatoriale, prédatrice, a abouti à la sécession du Sud-Soudan, à la guerre civile au Darfour et au Nil bleu. L’isolement diplomatique, les sanctions internationales liées au terrorisme, ont mis par terre une économie chancelante. Les manifestations ont débuté parce que Bachir a décidé sous l’oukase du FMI, de ne plus compenser le prix du pain.

« Alger comme Khartoum sont face au même défi. La rue réclame un gouvernement civil, la démocratie, une transition, l’armée veut contrôler la transition… »

L’histoire de l’Algérie est celle d’une révolution confisquée. Les leaders du FLN de l’intérieur ont été soit massacrés, comme Abbane ou Krim Belgacem, soit marginalisés. C’est l’armée d’Oujda qui a pris le pouvoir, alors que les maquisards voulaient une constituante, la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’étranger. Ben Bella ne fut qu’un intermède, Boumediène et Bouteflika, les caciques d’Oujda étaient au pouvoir dès le 4 juillet 1962. Les enfants de la toussaint Aït Ahmed et Boudiaf, en particulier, ont été éjectés dès l’indépendance, en même temps que Ben Khedda.

La République algérienne est un régime militaire qui se cache derrière des institutions bidons. La rente pétrolière a permis pendant 30 ans de calmer la crise sociale. Mais l’Algérie a connu la décennie noire déclenchée par le refus de l’armée de la victoire du FIS dans les urnes. Alger comme Khartoum sont face au même défi. La rue réclame un gouvernement civil, la démocratie, une transition, l’armée veut contrôler la transition, continuer comme avant juste en changeant de têtes, exit Bachir et Bouteflika, mais la structure du pouvoir veut perdurer.

Ce qui est saisissant, c’est que les régimes totalitaires sont malfaisants même quand ils tombent. Ils détruisent toute alternative possible. La rue algérienne n’a pas de porte-parole crédible, les opposants soudanais n’ont pas l’assentiment de l’ensemble de la population. Des Etats comme l’Arabie Saoudite et les Emirats soutiennent les militaires. L’Union africaine et l’Europe militant pour des transitions civiles et civilisées. Le pire n’est pas sûr, mais il n’est pas à écarter. Les centaines de morts au Soudan, nous rappellent que l’armée est liée à la violence, alors que les manifestants sont d’un pacifisme exemplaire. Une page d’histoire s’écrit sous nos yeux. 

Challengenews
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