Interview

Stéphane Colliac, Euler Hermès : «Le Maroc doit aller plus loin dans ses réformes»

Euler Hermès, leader mondial de l’assurance-crédit, a récemment dévoilé ses prévisions économiques mondiales pour 2020. Stéphane Colliac, Economiste Senior chez Euler Hermès, revient sur le cas particulier du Maroc. 


Challenge : Dans ses prévisions économiques mondiales 2020, Euler Hermès est longuement revenu sur les défaillances d’entreprises qui ne cessent d’augmenter d’année en année pour le cas marocain. A votre avis, quelles sont les solutions à mettre en œuvre rapidement pour limiter la casse?

Stéphane Colliac : Il est temps de régler la problématique des délais de paiement. Ceux-ci créent un gâchis en faisant disparaître les startups marocaines par centaines. A quoi sert qu’une entreprise soit facile à créer, si elle ne peut pas avoir des conditions d’exploitation décentes? Disons-le, 84 jours de délai de paiement client moyen c’est trop, surtout que cette moyenne cache des paiements au delà de 150 jours aux très petites entreprises. Les entreprises marocaines s’effondrent faute de trésorerie. Ce faisant, les emplois qui disparaissent lorsque ces défaillances surviennent impliquent que le chômage ne se résorbe pas. Clairement, le Maroc doit aller plus loin dans ses réformes, afin de les rendre plus concrètes et nettement plus contraignantes. Défendre la petite entreprise face à la grande, est une impérieuse nécessité.

Il a été aussi question des conséquences du Brexit sur l’économie marocaine. A votre avis, quel est le niveau d’exposition du Royaume aux impacts négatifs du Brexit ?

L’impact direct serait limité. Le Royaume-Uni est certes un débouché, mais c’est un débouché parmi d’autres. Par contre, l’impact d’un Brexit sans accord sur les autres pays européens aurait des conséquences lourdes pour le Maroc. L’Europe, dans son ensemble, est un débouché majeur du Maroc et une Europe liquéfiée par le Brexit, verrait sa croissance diminuer suffisamment pour amputer du tiers la croissance des exportations marocaines anticipée pour 2020 : sur 10 milliards de DH anticipés, 3,5 milliards de DH s’évaporeraient ainsi, en raison d’une croissance plus basse en Espagne, en Italie et en France principalement.

Le Maroc a signé des Accords de libre-échange avec une cinquantaine de pays. Toutefois, sa balance commerciale est déficitaire avec la majeure partie de ses partenaires. Comment rectifier le tir à l’aune du nouveau modèle de développement qui sera bientôt implémenté pour impulser une nouvelle dynamique à l’économie marocaine?

Le Maroc a encore beaucoup de mal à valoriser ses exportations. La montée en gamme reste insuffisante et la valeur contenue dans les importations reste supérieure à celle contenue dans les exportations. La montée en gamme est évidemment la clé, mais force est de constater que celle-ci prendra du temps. La qualification de la main d’oeuvre doit progresser, mais le système éducatif actuel prépare mal le pays à cela. Le chantier est immense et le Maroc devra à l’avenir faire beaucoup plus afin d’améliorer son système de formation.

Challengenews
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