Portrait

De la haute finance à l’e-commerce

 


Ils auraient pu avoir une carrière internationale dans des banques d’affaires de renom. Mais ces deux haut-potentiels ont préféré surfer sur la vague du commerce électronique au Maroc.

Taïbi Benhima et Sami Louali forment un tandem de choc: le manager et l’ingénieur. Autant Taïbi Benhima est volubile et directif, autant Sami Louali est calme et posé. Déformation professionnelle peut-être? Toujours est-il que le premier est lauréat d’une grande école de commerce française, qu’est HEC Paris, lorsque le second est ingénieur des Ponts et Chaussées. Fin et élancé, Taïbi porte une chemise marron et un pantalon assorti, lorsque Sami opte pour la chemise sur jean. On est bien loin du classicisme des banques d’affaires, avec leurs uniformes “corporate”, même si tous deux ont fait leurs armes dans le conseil.
Taïbi Benhima est né en 1984 à Marrakech. Second enfant d’un couple d’ingénieurs, il grandit à Khouribga, région où l’Office Chérifien des Phosphates (OCP) a sa base arrière. C’est dans la grande entreprise minière que le père de Taïbi est employé. A l’époque, Khouribga est une ville industrieuse, où les loisirs et les divertissements sont rares. “Le seul lieu de culture de la ville était la vidéothèque. On pouvait , certes, louer des films, mais il n’y avait guère d’alternative”, se remémore-t-il. A la maison, son éducation est stricte: pas d’argent de poche, et les études passent en premier. Une éducation “à l’ancienne”, sous l’oeil attentif de sa mère, ingénieur, mais également enseignante de mathématiques. Le petit Taïbi vivra dans la ville jusqu’à ses six années, avant de passer une année avec ses grands parents à Rabat. En 1991, il rejoint ses parents à Casablanca. De ces déménagements, il acquiert une forte capacité d’adaptation. Taïbi sera scolarisé dans le système privé marocain, l’institution Bennis. Ses loisirs s’élargissent et se partagent entre le basketball et la lecture de romans de science fiction. Pour les voyages, la famille se rend quelques fois en France, et plus régulièrement en Tunisie, où réside sa famille maternelle. Il poursuivra ses études au collège Anatole France, puis au Lycée Lyautey, avant de s’envoler pour Paris, en 2001, le bac en poche.

Une enfance internationale
Sami Louali est né la même année que Taïbi, en 1984, dans la région Lyonnaise, en France. Il est également le second enfant, d’un vétérinaire et d’une éducatrice spécialisée. Sami fréquente l’école publique française, dans une petite ville agréable dans l’agglomération de Lyon. C’est un environnement à taille humaine, où tout le monde se connaît. Il passera ses classes normalement, avant d’être scolarisé dans une école catholique, jusqu’au baccalauréat. Passionné de football, il pratique aussi des activités de plein air, comme le vélo, l’équitation et les randonnées pédestres. Il s’adonne également au judo pendant quinze ans. Nous sommes en 2002, et le jeune Sami décroche son bac. Il poursuit ses études en classes préparatoires à l’école Sainte Geneviève de Versailles. Prémonitoire ce hasard, puisque c’est dans le même établissement, que les deux fondateurs de Jumia préparent les concours des grandes écoles. Sami est alors en section scientifique, lorsque Taïbi est en préparation économique et commerciale, “prépa HEC”. Mais les deux ne se croisent pas à cette époque. Pour le premier, ce passage sera un tunnel où l’on travaille d’arrache-pied. Pour le second, les classes préparatoires sont une phase d’épanouissement où le sport est omniprésent et les escapades à Paris de “rigueur”. “Ce n’est qu’une question d’organisation,” confiera Taïbi.
Mais les efforts sont payants. Alors que Sami intègre l’école des Ponts et Chaussées, Taïbi décroche la prestigieuse HEC Paris. C’est pendant ces deux années d’école que les deux comparses s’épanouissent.

Un parcours d’élite
Taïbi obtiendra son diplôme de finances d’HEC en 2007. Immédiatement après, il entre dans la prestigieuse banque d’affaires Goldman Sachs comme analyste. Il y restera deux années, et travaille dans le conseil en fusions-acquisitions. Mais déjà, l’envie de retourner au pays se fait sentir, et l’opportunité se présente rapidement à lui. Il est recruté, en 2009, comme consultant dans le cabinet de conseil en stratégie, “Monitor Group”. Pendant trois années, Taïbi y développera des stratégies de croissance d’entreprises. Après quoi, il est recruté par Rocket Internet, une entreprise de commerce en ligne, et participe à la fondation du site d’e-commerce, Jumia.ma, dont il assure conjointement la direction.
Pendant ce temps, Sami prépare un DEA en mathématiques financières à l’Université Paris XII en parallèle de ses études d’ingénieur, qu’il décroche en 2008. Mais déjà, Sami sait qu’il sera plus proche de la gestion que des sciences appliquées. Preuve en est: les stages qu’il suit dans le domaine de la finance de marché. D’ailleurs, avant même d’obtenir son diplôme, Sami fondera une entreprise, Novelios. Puis changement de cap, il passera un an à Londres, comme trader, puis six mois à BNP Paribas. Mais rapidement, le secteur de la finance est rattrapé par la crise, et il décide de se réorienter. Il prend quatre mois de repos pour faire le point, voyager. Il traversera les Etats-Unis avec son sac à dos avant de décider de se réorienter. Il intègre une entreprise de conseil en stratégie à Paris, le cabinet Roland Berger, pour lequel il réalisera une quinzaine de missions. Au bout de deux ans, en 2012, il est recruté par Rocket Internet et prend la direction marketing et la direction de Jumia.ma. Tous les chemins mènent à Rome!

 

 

Bio express Taïbi Benhima

1984 : naissance à Marrakech
2001 : Bac S Lycée Lyautey
2007 : diplômé en finances HEC Paris Analyste Goldman Sachs
2009 : Consultant Monitor Group
2012 : Managing director Jumia.ma

 

Bio express Sami Louali

1984 : naissance à Lyon
2002 : Bac S lycée Champagnat
2008 : Diplômé des Ponts et Chaussées en mathématiques financières DEA en mathématiques appliquées
2009 : MBA du Collège des ingénieurs de Paris
2010 : Consultant Roland Berger
2012 : Managing director, head of marketing Jumia.ma

 

L’entreprise

Jumia.ma est un site de vente en ligne généraliste. Son actionnaire unique est le groupe Rocket Internet. Le site commercialise essentiellement des articles de mode et des accessoires. Dernièrement, la banque d’affaires JP Morgan y a injecté des fonds.

La face cachée

Taïbi Benhima
Le sport?
La course à pied, j’en pratique trois à quatre fois par semaine. Mon temps était d’une heure trente cinq et trente neufs secondes lors du derniers marathon de Marrakech.

La musique?
Je joue de la guitare sèche, mais mal. Autrement, j’écoute de la musique soul, de l’électro et tout ce qui passe à la radio.

La littérature?
La Science Fiction essentiellement. Que ce soit Dan Simmons, Frank Herbert ou Isaac Azimov je ne lis que cela.

Le cinéma?
Je suis un fan de l’oeuvre de Stanley Kubrik, de Quentin Tarentino et de Woody Allen. Autrement, je regarde tous les films dans lesquels joue Johnny Depp.

Les voyages?
Je me rend en Tunisie dès que je le peux.

 

Sami Louali
Le sport?
Je fais de la course, du squash et du football en salle.

La musique?
J’écoute de tout, mais j’ai une préférence pour le jazz et la vieille variété française comme Georges Brassens ou Jacques Brel.

La littérature?
Mon livre de chevet, en ce moment, est la biographie de Steve Jobs, ainsi que des ouvrages politiques et économiques. Un autre livre que je lis est “Grandeur et décadence des stars d’internet.”

Le cinéma?
Je suis un inconditionnel de Quentin Tarentino et de Woody Allen. J’apprécie également l’oeuvre des frères Cohen.

Les voyages ?
J’ai beaucoup voyagé en sac à dos. Les vols low-cost m’ont permis de visiter plusieurs endroits. J’ai été au Pérou, en Bolivie, au Chili, en Argentine, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Sans parler des capitales européennes que j’ai pratiquement toutes visitées.

 
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